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POLITIQUE-MALAWI
''Deux éléphants piétinant l'herbe''
Pilirani Semu-Banda

BLANTYRE , 29 mars (IPS) - L'adage africain selon lequel ''lorsque deux éléphants se battent, c'est l'herbe qui en souffre'' se confirme actuellement dans la politique du Malawi.

La brouille et la lutte pour le pouvoir qui s'en est suivie entre les deux plus grands leaders du pays -- le président Bingu wa Mutharika et son prédécesseur Bakili Muluzi -- ont affecté négativement un groupe spécifique de personnes : les citoyens touchés par la pauvreté qui constituent plus de 65 pour cent de la population.

Le pays ploie sous une pauvreté abjecte, une question qui préoccupe beaucoup Ulemu Kaziputa, un petit exploitant agricole. ''Avec toutes les difficultés économiques dans ce pays, nous avons besoin de dirigeants appropriés. Nous ne pouvons plus supporter des jeux politiques qui nous coûtent nos droits humains'', souligne Kaziputa.

Depuis février 2005, lorsque le conflit entre les deux leaders a éclaté, le Malawi a connu une tension politique qui a donné lieu à une scission dans les débats parlementaires et le système judiciaire.

La querelle entre Muluzi et Mutharika a atteint son paroxysme après que ce dernier a pris fonction sous la bannière du Front démocratique uni (UDF) -- qu'il a ensuite quitté pour former un nouveau parti politique. Mutharika n'a pas par la suite acquis un soutien dans les rangs de l'opposition et dispose d'une minorité au parlement.

La bataille entre les deux leaders a probablement contribué à amener le président du parlement Rodwell Munyenyembe à souffrir d'une grave attaque et d'un arrêt cardiaque en juin 2005. Il s'est effondré alors qu'il tentait de calmer une intense bagarre verbale qui a éclaté entre des forces rivales au cours d'un débat parlementaire.

Ceci intervenait juste après qu'il a décidé qu'une motion d'impeachment (mise en accusation en vue d'une destitution) ne pouvait être entendue à l'Assemblée nationale. Le président du parlement n'a jamais repris conscience. Il est mort quatre jours plus tard dans un hôpital sud-africain et la session parlementaire a été suspendue pour une durée indéterminée.

Cette suspension inattendue a fini par retarder un vote budgétaire vital qui aurait dû débloquer une aide financière pour s'attaquer à la famine affligeant quelque cinq millions sur les 12 millions d'habitants du pays. Un rapport des Nations Unies indiquait que des hôpitaux étaient débordés de patients souffrant de maladies liées à la malnutrition.

L'hostilité actuelle entre les deux leaders a également conduit à plusieurs affaires judiciaires. Ces procès politiques ont pris le pas sur d'autres procès parce qu'ils impliquent le procureur de la République du pays, le procureur général ou le Bureau anti-corruption -- contrairement aux affaires traitées par des juges ordinaires.

Un procès politique qui domine actuellement les tribunaux est celui où le gouvernement accuse le vice-président du pays, Cassim Chilumpha, et l'homme d'affaires Yusuf Matumula de trahison et de conspiration pour assassiner Mutharika.

Chilumpha a été arrêté en avril dernier avec 10 autres individus pour avoir soi-disant recruté des hommes pour tuer son patron. L'Etat a depuis abandonné les charges contre la plupart des personnes arrêtées, excepté le vice-président et Matumula, tous deux de proches alliés de Muluzi.

Il y avait d'importantes chamailleries entre Mutharika et son adjoint depuis la rupture entre le président et Muluzi. Plusieurs hauts responsables de l'UDF l'ont suivi lorsque le président a quitté le parti qui l'a amené au pouvoir, mais Chilumpha est resté loyal à l'ancien président.

Un peu avant que le gouvernement n'accuse Chilumpha de complot pour assassiner le président, Mutharika a annoncé que son vice-président avait démissionné de ''façon constructive'' de son poste en ne prenant pas part à plusieurs réunions du cabinet. Le président a également accusé son adjoint d'insubordination et de gestion d'un gouvernement parallèle.

Cette question a créé une autre longue bataille juridique qui a, en fin de compte, vu Chilumpha être rétabli dans ses fonctions en tant que vice-président du Malawi.

Les Malawites croient que ces batailles juridiques perpétuelles ont contribué au retard dans l’examen des affaires judiciaires. Les prisons du Malawi sont pleines à craquer.

Selon la Réforme pénale internationale, le pays fait partie des nations africaines dont les prisons connaissent les pires niveaux de surpeuplement.

L'une des nombreuses personnes affectées par le retard dans les procédures judiciaires est Glady Zolima (45 ans). Son mari a été arrêté depuis plus d'un an parce que soupçonné d'avoir tué sa nièce. Elle doit parcourir 20 kilomètres à pied chaque jour pour apporter à manger à son mari parce les prisons n'offrent qu'un repas par jour à ceux qui sont en détention préventive.

''Je sais que mon mari est innocent, mais on lui a refusé la libération sous caution à cause de la gravité de l'accusation contre lui'', affirme Zolima. L'affaire ne va pas en audience parce que les tribunaux sont submergés ''d'affaires plus importantes''.

''Le gouvernement amène au tribunal ses petites affaires impliquant des politiciens plutôt que de juger des affaires de meurtre. Beaucoup d'innocents languissent dans les prisons du pays et se voient refuser la justice'', déplore Zolima.

Un groupe de défense des droits civiques, le Centre pour les droits humains et la réhabilitation, a condamné la bataille juridique entre les leaders puisque cela coûte cher aux contribuables malawites. Le centre a également attiré l'attention des Malawites sur les dangers de raviver l'animosité politique.

La lutte entre les camps de Muluzi et de Mutharika n'augure rien de bon pour la démocratie du pays. La tension règne parmi les partisans des deux leaders, avec toutes sortes de menaces planant tout autour chaque fois que l'un des dirigeants prend la parole à un meeting.

Dans son discours de nouvel an à la nation, le président Mutharika a déversé son courroux sur les membres du judiciaire et les journalistes et les a accusés d'être de connivence avec l'opposition pour renverser son gouvernement. Il a également averti qu'il prendrait des mesures non spécifiées contre Muluzi pour le faire taire.

Le politologue Noel Mbowela reconnaît que les batailles politiques entre le président et son prédécesseur sont désastreuses pour la démocratie du pays et nuisibles à son programme de développement.

''Elles favorisent également la haine entre les Malawites au lieu d'œuvrer pour des valeurs démocratiques comme l'unité. Le pays est peu à peu divisé à cause de ces deux leaders'', souligne Mbowela.

La Commission des affaires publiques, un regroupement d'organisations œcuméniques, travaille à réconcilier Mutharika et Muluzi. Cela semble ne pas marcher puisqu'aucun des deux ne veut faire de compromis. (FIN/2007)

 

 

 

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