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COMMERCE-KENYA
Les Africains de l'est pourraient être dépossédés du Kikoi
Joyce Mulama

NAIROBI, 6 avr (IPS) - Des activistes kényans luttent pour conserver des lignes culturelles qui ont été développées en Afrique orientale mais sont en train d'être brevetées par des compagnies dans des pays riches. Après avoir perdu la marque déposée du panier kiondo en faveur du Japon, le motif du tissu populaire kikoi est actuellement menacé d'être breveté par une firme britannique.

La Coopération pour un commerce équitable en Afrique (COFTA), un groupe d'organisations non gouvernementales basé à Nairobi, est en train d'attaquer la compagnie britannique Kikoy qui a demandé d'être enregistré comme seul propriétaire de la marque déposée kikoi.

Le kikoi est un tissu en coton aux couleurs vives historiquement porté par des hommes et des femmes le long de la côte de l'Afrique orientale. Il est également utilisé pour fabriquer des sacs, des chapeaux et des articles ménagers, dont des rideaux, des petits tapis et des couvre-lits. Il s'est également révélé populaire dans des pays occidentaux.

C'est la deuxième fois qu'un motif typiquement est-africain est en train d'être revendiqué par des étrangers. Les Kényans ont déjà perdu la propriété de la ligne du panier traditionnel de sisal tissé à la main connu sous le nom de kiondo. L'année dernière, le nom kiondo a été breveté au Japon et dans d'autres pays asiatiques.

Le panier était fabriqué au début par des femmes kikuyus et kamba dans les régions du centre et de l'est du Kenya.

Le 29 août 2006, la Compagnie britannique Kikoy a introduit une demande auprès de l'office britannique des brevets pour enregistrer le kikoi comme sa marque déposée. Si cela est accordé, la firme jouira d'un monopole sur la commercialisation des produits kikoi, ce qui signifie qu'elle sera l'entité qui décidera de la production, la vente et de l'exportation des produits kikoi.

L'Union européenne (UE) est le plus grand acheteur des produits kikoi. Ils sont exportés en Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie, en France, en Espagne et aux Pays-Bas, selon la COFTA qui fait campagne pour l'éradication de la pauvreté à travers un commerce équitable. Le commerce de vêtements pour le marché lucratif de l'UE s'est accru au cours des huit dernières années.

Accorder la marque déposée à la firme britannique signifierait que les Kényans doivent demander la permission à cette compagnie pour commercialiser les produits kikoi bien que cela soit un tissu traditionnel au Kenya et dans le reste de la région.

Ceci entraînera des pertes de revenus et d'emplois étant donné que des centaines de personnes dans la région, en particulier au Kenya, vendent des articles kikoi pour gagner leur vie. Le secteur des arts et métiers est le deuxième plus grand pourvoyeur de devises étrangères du Kenya après l'agriculture et le secteur informel qui apportent environ 18 pour cent du produit intérieur brut du pays.

La demande de la firme britannique a été violemment critiquée par la COFTA. L'organisation soutient que même si le mot est écrit différemment, la prononciation est la même. Selon la COFTA, kikoi est un nom commun qui ne peut être la propriété d'une seule entité.

On espère beaucoup que l'audience sur la question, attendue en juillet 2007, verra le Kenya conserver le kikoi comme une partie de son héritage traditionnel. ''Nous n'avons pas perdu le kikoi. Nous avons d'arguments solides en notre faveur et un bon soutien. Nous pouvons prouver que kikoi est synonyme de Kenya et de la côte d'Afrique de l'est'', a déclaré à IPS, Joan Karanja, coordonnatrice de programme de la COFTA.

''Une entité ne peut pas posséder la culture d'un groupe d'individus donné. Si la demande britannique est acceptée, cela voudra dire que n'importe qui peut prendre possession de la culture d'un autre. Cela signifiera que tout ce que nous avons est menacé, y compris nos marmites'', a-t-elle souligné.

Des activistes du 'Maasai Market Empowerment Trust' (MMET), (un marché de promotion de l'art maasai), sont également à pied d'œuvre pour faire appel de la décision sur le kiondo. ''Nous voulons que le kiondo revienne. C'est notre richesse, notre culture. Nous ne dormirons pas tant que nous ne l'aurons pas récupéré'', a indiqué Murage Kamore, chargé de programmes du MMET. Le MMET est une organisation représentant 5.000 commerçants dans le marché Maasai à Nairobi.

La menace sur l'utilisation du motif kikoi a servi d'avertissement à certains Kényans. ''Tellement de gens sont venus depuis à nous pour demander de protéger leurs produits'', a dit à IPS, James Odek, le directeur général de 'Kenya Industrial Property Institute' (Institut kényan pour la propriété industrielle - KIPI). Le KIPI est une agence gouvernementale ayant pour mandat de gérer les droits de propriété industrielle et d'apporter l'information au public.

Mais plusieurs artistes n'ont toujours pas conscience du danger du vol des motifs. Kamore a dit que le MMET a commencé par éduquer ses membres. ''Plusieurs n'ont aucune idée sur les droits de propriété intellectuelle. J'ai dit à l'un d'entre eux que son motif risquait d'être volé par quelqu'un d'autre s'il ne le protégeait pas. Il a répondu qu'il proposerait un autre dessin si cela arrivait. C'est le comble de l'ignorance''.

Les membres du MMET vendent pour la plupart des articles traditionnels dont des perles, des paniers, des objets d'art, des objets manuels et des curiosités. Fréquenté par des touristes, le marché Maasai a donné à l'industrie du tourisme un important coup de pouce.

Kamore a ajouté que le MMET voulait sensibiliser des artistes sur la protection de leur travail par un brevet. ''Nous réunissons des concepteurs et des artistes pour les éclairer sur la question. Nous organiserons des séminaires, des ateliers et des forums publics et nous créerons une base de données. Nous verrons ceux qui abusent des droits de propriétés''.

''Si nous ne faisons pas cela, il y a beaucoup de choses qui peuvent être emportées'', a averti Kamore.

Le manque de statistiques documentées sur le secteur des arts et objets manuels constitue un obstacle majeur. Les activités du secteur ne sont pas réglementées, a noté Murage.

Les prix élevés perçus pour faire breveter un produit constituent un autre obstacle. Faire une demande de brevet coûte jusqu'à 500 dollars dans un pays où plus de 50 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.

Pour cette raison, le KIPI est en train de passer des accords avec des secteurs vitaux pour les encourager à demander des brevets pour leurs produits. A titre d'exemple, un accord d'entente avec la fédération de 'Jua Kali Associations' (se référant aux entreprises informelles ou aux petites entreprises) qui verrait le KIPI renoncer aux frais de demande de brevet.

On croit que l'absence de législation sur les motifs culturels ou traditionnels a exposé les dessins ou autres connaissances autochtones au piratage.

''Même le droit international n'aborde pas la question. La question n'a pas été réglée. Nous sommes en train d'élaborer un traité. Nous avons conçu un projet pour les pays africains. Le problème a été de définir ce qu'est la tradition'', a souligné Odek.

Des nations en développement sont en train de recommander l'adoption d'un tel traité, quelque chose auquel sont opposées des nations industrialisées. Des compagnies des pays riches tirent d'énormes profits de l'exploitation de la connaissance autochtone des pays pauvres, d'où leur opposition.

Njeri Wangari, une artiste de African Colours, une organisation basée à Nairobi, qui commercialise des objets d'art à travers Internet, est préoccupée par le vol de motifs. Elle s'est demandé s'il y avait une arrière-pensée derrière l'exposition sur le commerce équitable qui a pris fin la semaine dernière à Nairobi.

''Pourquoi a-t-on demandé aux Kényans d'apporter tous leurs produits à l'exposition? La plupart ne sont pas soumis à la question de droits de propriété intellectuelle. Ceci pourrait offrir une possibilité de pirater leurs œuvres'', a dit à IPS Wangari. Le commerce équitable avec le thème ''Un village Un produit'' a été soutenu par le gouvernement japonais. (FIN/2007)

 

 

 

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