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DEVELOPPEMENT-AFRIQUE
Le G8 invité à tenir ses promesses
Julio Godoy

BERLIN , 16 mai (IPS) - A quelques semaines seulement du sommet du groupe des huit nations les plus industrialisées (G8), l'Afrique et ses immenses besoins sont une fois encore le thème à l'ordre du jour.

Le Premier ministre du Niger Hama Amadou et le Premier Ministre du Togo Yawovi Agboyibo étaient à Berlin la semaine dernière pour présenter leurs demandes au sujet de la coopération économique avec le G8.

Ils avaient eu du soutien. Des professeurs d'université, des musiciens, des philosophes, des représentants d'églises et des responsables politiques de plusieurs pays s'étaient également réunis à Berlin pour discuter des voies et moyens d'aider les populations africaines à faire face à leurs défis sociaux et économiques.

Du 6 au 8 juin, les chefs de gouvernement de Grande-Bretagne, du Canada, de France, d'Allemagne, d'Italie, du Japon, des Etats-Unis et de Russie se rencontreront dans la station balnéaire allemande d'Heiligendamm près de la mer Baltique.

Comme avec les sommets du G8 au cours de ces deux dernières années, le programme du G8 cette année inclut un sommet spécial sur l'Afrique. ''L'attention sera également focalisée sur des problèmes urgents en Afrique liés au développement économique, à la réduction de la pauvreté et à la lutte contre le VIH/SIDA'', indique une note officielle sur le sommet.

Mais des promesses du genre, réitérées par des dirigeants du G8 depuis des années maintenant, ne suscitent que du scepticisme dans le rang des experts en développement et des organisations non gouvernementales.

Des évêques catholiques venus de pays africains et européens s'étaient réunis à Berlin le 2 mai pour déclarer qu'ils étaient ''déçus'' par ''l'absence de progrès'' de la part des pays du G8 par rapport aux objectifs de l'aide au développement fixés au sommet du G8 à Gleneagles, en Ecosse, en 2005.

Cette absence de progrès est plus visible dans l'aide publique au développement (APD) qui est tombée à 5,1 pour cent en 2006, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), un groupe de 30 nations riches.

Selon le rapport de l'OCDE, l'aide à l'Afrique subsaharienne a augmenté seulement de deux pour cent, mis à part l'allègement de la dette pour le Nigeria. Cette faible hausse contraste avec les grandes promesses de doublement de l'aide à l'Afrique d'ici à 2010, que les chefs d'Etat du G8 ont faites au cours de leur sommet de 2005 à Gleneagles.

Les évêques ont demandé au G8 de s'engager une fois encore à atteindre l'objectif de 0,7 pour cent du produit intérieur brut (PIB) pour l'aide au développement d'ici à 2015, l'un des objectifs des Nations Unies en vue de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement. Ces objectifs, essentiellement destinés à réduire la pauvreté et à promouvoir la santé et l'éducation, ont été convenus par des dirigeants de la planète en 2000.

''Nous voyons la fortune et la richesse matérielle en même temps que la pauvreté abjecte'', ont indiqué des évêques allemands dans un communiqué conjoint. ''Alors que le nombre de millionnaires et de milliardaires augmente rapidement dans certaines parties du monde, le nombre de personnes souffrant d'extrême pauvreté persiste à rester élevé''.

Laurent Monsengwo, l'archevêque de Kisangani, un diocèse en République démocratique du Congo, a demandé aux dirigeants du G8 de ''se rendre compte qu'il y a eu une mondialisation de la croissance économique et que par conséquent, il doit y avoir une globalisation de la charité et de la responsabilité''.

L'ancien musicien de rock Bob Geldof a fait une demande similaire à une rencontre à Berlin. Geldof, qui avait lancé une campagne pour lutter contre le SIDA en Afrique avec une série de concerts de rock au début des années 1980, fait campagne depuis lors pour mobiliser des ressources financières afin de soutenir des politiques de développement en Afrique.

''Si quelque chose marche, c'est l'aide au développement'', a souligné Geldof à une conférence de 'Intellectual Live 8', le 2 mai. Geldof a également demandé que l'Allemagne, en tant que pays hôte, atteigne l'objectif de 0,7 pour cent du PIB pour l'aide au développement.

''Il n'y a pas manque d'argent, il y a une pénurie d'idée'', a déclaré Geldof.

'Intellectual Live 8' a présenté huit mesures politiques pour soutenir l'Afrique. Ces propositions vont de l'ouverture unilatérale des marchés européens et nord-américains aux produits agricoles d'Afrique au soutien financier à l'agriculture africaine, à la santé et à l'éducation, en particulier pour les filles et les femmes, ainsi que la construction d'infrastructures dans de grandes villes, notamment la fourniture de l’eau, et le traitement des eaux usées.

Officiellement, le G8 prend en considération tous ces sujets cette année. Mais des autorités allemandes n'ont pas caché le fait que l'intérêt du G8 en Afrique se focalise également sur les ressources naturelles abondantes sur le continent, et les avancées des pays en développement émergents comme l'Inde et la Chine dans l'exploitation de ces ressources.

Les échanges commerciaux africano-chinois se sont multipliés par cinq depuis 2000 pour atteindre 50 milliards de dollars en 2006. L'investissement chinois est passé depuis 2000 à plus de 5,5 milliards de dollars dans 43 pays africains, faisant de la Chine le troisième plus grand partenaire économique de l'Afrique, seulement après les Etats-Unis et la France.

Une telle croissance a amené la chancelière allemande Angela Merkel à déclarer que l'Europe ''ne devrait pas abandonner à la République populaire de Chine l’engagement à l’égard de l'Afrique''.

''Nous devons prendre place en Afrique'', a déclaré Merkel à une conférence sur le développement urbain à Berlin en novembre, moins d'une semaine après un sommet Afrique-Chine sur affaires et politique, à Beijing.

''Il est évident que l'accès aux ressources naturelles, comme le pétrole et le cobalt, rend l'Afrique intéressante pour l'Allemagne et l'Europe'', a indiqué à IPS, l'expert allemand en développement, Torben Ehlers. ''Et également, que l'énorme investissement de la Chine, de l'Inde, de l'Iran et d'autres pays asiatiques met la pression sur l'Occident pour qu'il rétablisse un contrôle hégémonique sur cet accès''. (FIN/2007)

 

 

 

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