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ENVIRONNEMENT-AFRIQUE DU SUD :
L'eau radioactive, le prix de l'or
Steven Lang

JOHANNESBURG, 6 déc (IPS) - Des défenseurs de l'environnement accusent les grandes compagnies minières qui exploitent les gisements d'or situés à l'ouest de Johannesburg, la capitale économique de l'Afrique du Sud, de contaminer les cours d'eau avec des polluants radioactifs.

C'est le cas du 'Wonderfontein Spruit' ("cours d'eau " en Afrikaans) qui s'étend sur près de 90 kilomètres depuis les faubourgs de Johannesburg et traverse, au sud-ouest, les villes de Krugersdorp, Bekkersdal, Carletonville et Khutsong, avant de se jeter dans la rivière Mooi à hauteur de Potchefstroom.

Mariette Liefferink, qui milite au sein d'une association de défense de l'environnement, accuse les compagnies minières d’être responsables de la forte teneur en métaux lourds (arsenic, cadmium, cuivre, cobalt ou zinc) dans l'eau de la rivière. Elle s'inquiète également des niveaux de concentration en uranium, dont certains des éléments comme le polonium ou le plomb sont radioactifs.

"Nous sommes très préoccupés par le Wonderfontein Spruit parce que, chaque année, les mines d'or déversent environ 50 tonnes d'uranium dans la rivière", explique-t-elle. "D'après la Commission de la recherche pour l'eau (un organisme parastatal), la concentration en uranium atteint 1.100 mg par kilo d'uranium en amont et 900 mg/kilo en aval", ajoute-t-elle.

Plusieurs agences gouvernementales sud-africaines ont été chargées d'entreprendre des études d'évaluation afin de déterminer la gravité de la pollution de l'eau du Wonderfontein Spruit. La dernière en date, connue sous le nom de "rapport Brenk", avait été commandée par l'Autorité de sûreté nucléaire (NNR), qui surveille la production et l'usage de matériaux nucléaires en Afrique du Sud, et placée sous la direction du physicien allemand Rainer Barthel.

Au départ, le gouvernement sud-africain était tellement embarrassé par les conclusions de l'étude qu'il a d'abord hésité à les publier. Barthel devait officiellement présenter ses travaux lors de l'événement 'Environmin 2007', une conférence qui se tenait du 24 au 25 juillet dernier en Afrique du Sud, mais à la dernière minute, les organisateurs de la manifestation ont été priés de retirer le physicien de la liste des orateurs.

Le rapport Brenk a été finalement public en août, mais avec comme conséquence une série de messages contradictoires. Dans ses conclusions, le physicien estimait notamment que l'eau de la rivière avait absorbé du polonium et du plomb et que celle-ci n'était pas sans danger pour les êtres humains, les animaux ou les plantes.

Suite à la publication de ce rapport, la compagnie Harmony Gold, l'un des cinq plus gros producteurs d'or au monde accusé d'être responsable de déversements d'uranium dans la zone, a envoyé aux agriculteurs exploitant une partie de ses terres une directive de la NNR indiquant que le bétail ne devait pas consommer l'eau du Wonderfontein Spruit.

Toutefois, la ministre de la Gestion des Eaux et Forêts, Lindiwe Hendricks, a été interrogée à ce propos au parlement. Dans une réponse écrite, elle expliquait qu'aucun des 47 échantillons prélevés dans le Wonderfontein Spruit n'excédait la limite réglementaire imposée par la NNR. "L'eau peut donc être consommée, mais il faut cependant garder à l'esprit qu'elle est âpre et qu'il s'agit d'une eau de rivière non traitée selon des standards de traitement de l'eau potable".

Dans cette même réponse, la ministre soulignait cependant que "des niveaux de contamination radioactive avaient été détectés dans les sédiments prélevés le long des berges et des barrages de la rivière et que ceux-ci pouvaient présenter un risque en cas d'ingestion par le bétail".

Le directeur exécutif de la NNR, Maurice Magugumela, a également tenté de rassurer l'opinion publique en expliquant que l'eau et les sédiments ne constituaient aucune source de danger.

Dans la foulée, le Conseil municipal de la ville de Potchefstroom, dont l'eau potable provient du barrage de Boskop alimenté en partie par le Wonderfontein Spruit, s'est également voulu rassurant. "L'eau traitée au barrage Boskop et celle de Potchefstroom est d'une qualité fiable, notamment en ce qui concerne sa teneur en métaux lourds et en uranium", a affirmé dans un communiqué Kaizer Mohau, le porte-parole du maire.

Mais si la qualité de l'eau traitée distribuée aux habitants confortablement installés en ville est certifiée par les autorités, celle consommée par les quelque 150.000 personnes qui vivent dans les bidonvilles établis le long des berges du Wonderfontein Spruit, par contre, est directement puisée dans la rivière.

Outre la pollution de l'eau, les défenseurs de l'environnement mettent également en cause le traitement, par les compagnies minières, du drainage acide provoqué par les mines et qui libère également des métaux lourds dans l'environnement. Lorsque des composants lourds et sulfureux sont stockés dans le sol, ils peuvent entraîner un phénomène de drainage acide qui pollue les sites plusieurs années encore après leur fermeture.

En 2002, des eaux acides ont commencé à s'échapper de la mine de Randfontein Estates, située à 42 km au sud-ouest de Johannesburg. A l'époque, le site était la propriété de la compagnie Harmony Gold qui, aux yeux de la législation nationale, devait prendre en charge leur traitement.

Dans l'urgence, la compagnie avait cependant décidé de les drainer jusqu'au Lac Robinson, une zone de pêche prospère. Aujourd'hui, ce lac présente une forte concentration en uranium (16mg/litre) et un PH de 2,2, ce qui rend son eau aussi acide qu'un jus de citron. La zone du lac a été classée zone radioactive par la NNR. (FIN/2007)

 

 
 

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