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COTE D'IVOIRE
Les mesures du gouvernement ne rassurent pas les consommateurs
Fulgence Zamblé

ABIDJAN, 9 avr (IPS) - Les associations de défense des droits des consommateurs de Côte d'Ivoire craignent que les décisions prises par le gouvernement, de réduire les prix des denrées alimentaires de première nécessité, ne soient que de simples promesses. Une semaine après ces décisions, rien n'a changé pour le panier de la ménagère face à cherté de la vie actuelle.

Au marché de Belleville, dans le quartier populeux d'Abobo à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, IPS a constaté que les aliments affichaient toujours leurs prix initiaux quand ils n'ont pas augmenté. Le sac de riz de 50 kilogrammes, vendu à environ 40 dollars, il y a trois mois, est passé à 70 dollars, soit une augmentation de 75 pour cent.

Pour le litre d'huile de table, il faut débourser environ 20 dollars contre 15 par le passé. "Nous maintenons encore le prix parce que les produits que nous avons ont été acquis avant les mesures gouvernementales", explique à IPS, Ahmed Traoré, un grossiste de riz et d'huile de table.

Selon Traoré, la baisse des prix ne peut-être immédiate. "Si nous écoulons tout notre stock actuel, nous allons songer à une réduction". Mais, prévient-il, si la contre-partie financière de l'Etat n'est pas effective et si les tracasseries policières ne prennent pas fin contre les commerçants sur les routes, "nous ne baisserons rien".

Debout devant une étale de poissons au marché d'Adjamé, un quartier commercial d'Abidjan, Monique Akéssé se dit stupéfaite face aux prix de trois carpes, fixé à deux dollars. "Avant, je pouvais discuter avec la vendeuse pour avoir ces poissons à 1,5 dollar. Mais, en ce moment précis, je me demande si les manifestations n'ont pas provoqué une autre hausse du prix", dit-elle avec amertume.

De violentes manifestations contre la vie chère ont secoué la capitale économique la semaine dernière, faisant deux morts et plusieurs blessés, selon le ministère de l'Intérieur.

Au lendemain de ces manifestations, le gouvernement ivoirien a décidé de la suspension temporaire des droits de taxes à l'importation pour certains produits de première nécessité comme le riz, l'huile, le lait, la farine de blé, le sucre, le poisson... pour une durée de trois mois.

"La réalité est que les différentes mesures prises par le gouvernement ne sont pas encore effectives", déclare Mathieu Kouadja, de l'Association des consommateurs unis de Côte d'Ivoire (ACU-CI), basée à Abidjan. "Pour les consommateurs, toutes les dispositions devraient être prises pour l'entrée en vigueur immédiate des décisions du chef de l'Etat. Malheureusement, les prix n'ont pas baissé et le doute commence à s'installer", ajoute-t-il à IPS.

Pour sa part, Michel Beta, président de l'Association des journalistes consommateurs (AJC), basée à Abidjan, affirme que "les décisions de l'Etat n'ont été prises que pour calmer les esprits. Mais, nous attendons des mesures de longue durée qui vont permettre aux populations de pouvoir se procurer de quoi manger convenablement".

Au ministère ivoirien du Commerce, les responsables et les agents refusent de faire de déclarations. "Pour l'instant, nous nous en tenons aux mesures de l'Etat qui a décidé de mettre en place un comité de surveillance des prix. Lorsqu'il sera opérationnel, vous irez leur soumettre vos préoccupations", lance à IPS, un agent du ministère qui a également refusé de décliner son identité.

Et depuis l'annonce des mesures gouvernementales en Conseil des ministres, les autorités n'ont plus fait aucune autre déclaration officielle sur la question de la vie chère.

Toutefois, le quotidien pro-gouvernemental, 'Fraternité-Matin', avait écrit, mardi, qu'en attendant que les mesures d'exonération fiscales produisent leurs effets, les producteurs d'huile de table et les importateurs de riz auraient décidé de faire baisser les prix au détail. Ainsi, le litre d'huile coûterait désormais environ 18 dollars dans les boutiques de ce pays d'Afrique de l'ouest.

De son côté, le président des importateurs de riz, Yacouba Touré, a indiqué mardi à la télévision nationale, que le nouveau prix de ce produit de grande consommation dans le pays, est fixé à 0,80 dollar le kilogramme sur le marché.

"A l'analyse, les entreprises et les importateurs volent au secours de l'Etat", commente Boniface Yao, économiste et responsable d'une entreprise d'exploitation laitière. Selon lui, "dans la perspective de la subvention (environ 20 millions de dollars) que va décaisser l'Etat, certaines entreprises et des importateurs ont pris l'engagement de réduire les coûts sur leurs produits".

Yao explique que "si cela est effectif dans l'immédiat, il y a de fortes chances que les consommateurs, même s'il s'agit d'une solution à court terme de trois mois, bénéficient quelque peu de la situation. Mais les risques sont réels pour un nouvel endettement de l'Etat au niveau interne".

Yao prévient "que dans le cas où le paiement de la subvention ne serait pas effectif, il n'est pas à exclure que le retour du bâton (des entreprises et des importateurs) soit fatal aux consommateurs. Le problème dans le fond n'est donc pas encore résolu".

La Côte d'Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis plus de cinq ans, des ex-soldats ont pris les armes pour lutter contre l'exclusion présumée des populations de cette partie du pays. Mais avec l'accord de Ouagadougou, signé en mars 2007, le pays s'est engagé sur une nouvelle voie de sortie de crise qui devrait déboucher sur un territoire réunifié et des élections vers le milieu de cette année. (FIN/2008)

 

 

 

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