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ENVIRONNEMENT-GUINEE
L'incinération des ordures à domicile aggrave le problème
Amadou Touré

CONAKRY, 27 juin (IPS) - L'incapacité du service chargé du transfert pour le traitement des ordures ménagères de la ville de Conakry, pousse les citoyens à les incinérer sur place, accentuant la pollution de l'atmosphère et provoquant des infections respiratoires aiguës, selon des spécialistes.

Vivant à environ 10 mètres de la décharge publique de Hamdallaye, un quartier de la banlieue de Conakry, Dr Delphine Tounkara, un médecin de la capitale guinéenne, déclare craindre pour sa santé et celle de sa famille. "Ici, on brûle souvent les ordures avec de vieux pneus usés. La fumée noire qui se dégage ainsi contient du cuivre et peut faire des retenues au niveau des poumons de l'homme", affirme Tounkara à IPS.

Les interminables fumées, qui s'élèvent de ces montagnes de déchets, rendent la vie insupportable aux citoyens. Pour éviter des problèmes de santé à ses enfants, cette femme médecin, chargée d'études à la section hygiène publique au ministère guinéen de la Santé publique, les fait consulter deux fois par an à l'hôpital et leur fait avaler souvent quelques antibiotiques pour contenir les risques médicaux de ce qu'elle appelle un "fléau social".

La pratique de l'incinération des ordures ménagères et autres déchets solides est la conséquence des défaillances des autorités dans le ramassage quotidien des ordures par les petites et moyennes entreprises (PME) chargées de la collecte dans le cadre d'un partenariat avec le Service public de transfert des déchets (SPTD). Le SPTD relève du gouvernorat de Conakry qui est l'autorité de tutelle des cinq communes que compte la capitale.

Selon le gouvernorat de Conakry, 36 PME sont répertoriées à son niveau, mais la quasi-totalité d'entre elles ne travaille plus actuellement à cause d'un manque de fonds et de logistique.

"Les citoyens sont très exposés à la bronchite, aux cas de pneumonie et autres maladies respiratoires aiguës, à cause de l'incinération des ordures ménagères. Cela est d'ailleurs plus dangereux chez les nourrissons", souligne Dr Tounkara.

Tounkara espère que la nouvelle équipe gouvernementale mise en place ce mois s'attellera à régler d'urgence le problème de ramassage et de transfert des ordures de la capitale de ce pays d'Afrique de l'ouest.

Toutefois, l'incinération des ordures ménagères est perçue de manière différente par les résidents des quartiers de Conakry.

"On met le feu aux déchets parce qu'on ne peut pas dégager la quantité existante. Et quand cela devient ingérable au niveau des foyers, les citoyens les rassemblent pour y mettre le feu", indique à IPS, Abdoulaye Somparé, un diplômé sans emploi de la commune de Dixinn. Il reconnaît néanmoins que la pratique est nuisible à l'environnement mais, selon lui, la population n'a pas le choix.

Pour le professeur Ibrahima Boiro, directeur du Centre d'études et de recherches en environnement (CERE) de l'Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, mettre le feu aux ordures est la pire des solutions envisageables pour assainir une localité. "Quand on brûle les déchets, il y a une mauvaise combustion et il n'y a pas seulement que le gaz carbonique qui se dégage. Il y a également l'oxyde de carbone qui peut être toxique", explique-t-il à IPS.

"Lorsqu'il y a incinération et que le gaz carbonique est produit, sachez qu'il y a là le gaz type de l'effet de serre. Cela s'ajoute à la destruction de la couche d'ozone et au réchauffement de l'atmosphère", souligne Boiro.

Il estime qu'il ne faut pas envisager d'incinérer des ordures dans une cité comme Conakry où la population ne cesse d'accroître. Elle fait trois millions d'habitants, selon les estimations du gouvernorat de la ville.

Depuis trois ans, le Projet de développement urbain (PDU) appuie le Service public de transfert de déchets en terme d'investissements pour l'achat de nouveaux équipements, et finance également le fonctionnement quotidien de ce service. Le PDU est financé par la Banque mondiale, l'Etat guinéen et le gouvernorat de la ville de Conakry.

Selon le directeur général du SPTD, Mody Mahi Barry, 800 tonnes de déchets sont déversées chaque jour par les habitants de Conakry. En principe, les camions du SPTD doivent se rendre dans les différents lieux de collecte pour ramasser les ordures et les transférer à une décharge publique.

Les ordures, une fois à la décharge de Hamdallaye en banlieue de Conakry, sont traitées par enfouissement avec compactage sans apport de terre latéritique, indique Barry.

"Nous avons besoin en moyenne d'un budget mensuel de 300 millions de francs guinéens (environ 66.000 dollars) pour le traitement de ces déchets. Mais les difficultés de mobilisation des recettes de l'Etat aujourd'hui créent des problèmes de financement des activités du SPTD", avoue Barry. "Si le financement du budget est régulier, constant et suffisant, le SPTD fera face à l'ensemble des contraintes".

Boiro conseille aux autorités d'associer les populations à la gestion des déchets pour rendre plus efficace leur traitement. "La gestion des ordures doit être d'abord une affaire de gouvernance locale. C'est dans les quartiers qu'il faut commencer à traiter les ordures. Personnellement, je crois que le gouvernorat de la ville de Conakry doit ramener cela dans les quartiers", dit-il.

Abdoulaye Djimbo Baldé, administrateur civil, habitant la commune de Dixinn, invite les autorités à prendre leurs responsabilités. "Souvent, quand les femmes le font (l'incinération), l'odeur nauséabonde qui s'échappe m'étouffe et je pense qu'elle est peut être source de maladies pour les nourrissons et les vieilles personnes. Donc je ne partage pas du tout l'avis de ceux qui brûlent ces ordures", dit-il à IPS.

Les problèmes d'assainissement demeurent donc un véritable casse-tête dans ce pays qui a déjà été frappé durement par de graves épidémies de choléra ou de fièvre typhoïde. L'épidémie de choléra, enregistrée l'année dernière, a fait une cinquantaine de morts, selon des sources médicales.

Mohamed Coker Bangoura, attaché de cabinet du gouverneur de Conakry, condamne l'incinération des ordures, espérant que la signature prochaine d'un contrat avec une société sud-africaine, spécialisée dans la collecte et le traitement de déchets, aidera à améliorer la situation dans la ville. (FIN/2008)

 

 

 

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