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DEVELOPPEMENT
L'UE et les contradictions de sa politique agricole
David Cronin

BRUXELLES , 19 juil (IPS) - L'Union européenne (UE) doit parfois accepter les contradictions de sa politique agricole commune vis-à-vis des pays pauvres, a estimé cette semaine le commissaire européen au développement, Louis Michel, alors qu'il s'exprimait devant les eurodéputés à Bruxelles.

Bien que l'UE se soit engagée, en 2001, à supprimer progressivement toutes les subventions permettant à ses agriculteurs de vendre leur production en dehors de ses frontières, les 27 Etats membres ont cependant convenu, en décembre dernier, d'accorder des restitutions à l'exportation pour la viande porcine en raison des difficultés de ce secteur.

Cette décision a été vivement critiquée par les militants de la lutte contre la pauvreté, car elle cause un tort énorme aux producteurs africains. Ces subventions permettent en effet aux denrées européennes d'être vendues à des prix que ceux-ci ne peuvent pas concurrencer sur le marché local. Au Cameroun, par exemple, le prix de la viande porcine européenne congelée est de 1 euro le kilo (1,60 dollar), soit 1,70 euro de moins que la viande de proc produite localement.

Cette semaine, le commissaire au développement a réagi à ces critiques devant ses collègues du Parlement européen à Bruxelles. Il a notamment déclaré qu'il était fondé "d'un point de vue éthique et intellectuel" d'attaquer l'Union européenne sur ce terrain, alors que les 27 ont exprimé leur volonté d'aider à lutter contre la pauvreté dans le monde. "Mais d'un point de vue politique, vous avez peut-être tort", a ajouté Michel.

"Je reconnais la contradiction, mais parfois, nous devons l'accepter. Nous essayons toujours de mettre dans la balance les intérêts de nos producteurs et ceux des agriculteurs des pays en voie de développement", a-t-il dit.

Avant d'entamer son mandat de commissaire européen en 2004, Michel avait plaidé en faveur de plus de cohérence dans les activités et les politiques d'aide au développement de l'UE, notamment en matière de commerce, d'agriculture et de pêche, de façon à ce que celles-ci n'affectent pas les pauvres.

"Dans un laps de temps raisonnable, nous devrions être en mesure de mettre fin à certaines inconstances en la matière", a toutefois affirmé le commissaire. "Mais il y a des limites à ce que nous pouvons faire. Ce qui est faisable en terme de politique a des limites", a-t-il souligné.

Michel faisait ainsi référence à une proposition qui doit être examinée à la fin de ce mois par la Commission européenne. Il s'agit d'accorder un milliard d'euros d'aide aux agriculteurs des pays pauvres, afin que ceux-ci puissent faire face à la hausse des prix des denrées alimentaires, qui affecte une quarantaine de pays dans le monde, entraînant parfois des émeutes violentes.

Durant le débat au Parlement européen, Michel a également défendu avec vigueur les Accords de partenariat économique (APE) que l'UE négocie avec presque 80 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Selon lui, ces accords commerciaux ne sont pas "des instruments de libéralisation du marché", mais des accords qui permettront aux pays ACP de sortir de la pauvreté.

D'autres intervenants ont cependant dénoncé ces APE.

Pour Talla Fall, un diplomate sénégalais, ces accords ne servent qu'à contraindre les gouvernements africains à ouvrir leurs économies aux denrées européennes. Il a également rejeté l'argument présenté par la commission, selon lequel l'Afrique pourra bénéficier de ces accords, car ceux-ci offriront à ses exportateurs un accès sans restriction au marché européen et pour presque tous leurs produits.

"Tout est basé sur une libéralisation en bloc, il n'y a rien d'autre dans ces APE", a-t-il indiqué. "On parle de fausse symétrie lorsqu'on explique que l'Afrique pourra exporter sans limite. Les gens oublient que certains pays d'Afrique ne peuvent pas exporter trop, alors que l'Europe a une structure industrielle", a-t-il ajouté.

Le Sénégal est l'un des plus virulents opposants aux APE. Jusqu'à présent, 35 pays ACP ont accepté de signer un APE avec l'Union européenne à la date du 31 décembre 2007, date butoir précédemment fixée par la commission. Le Sénégal a refusé de signer.

Pour Fall, l'UE compromet les tentatives d'intégration au niveau régional et au niveau du continent africain. A l'origine, le Sénégal négociait au sein d'un groupe constitué de ses principaux voisins d'Afrique de l'ouest, mais lorsqu'il est devenu évident que le Sénégal et le Nigeria ne signeraient pas l'accord proposé, l'UE a décidé de négocier individuellement avec le Ghana et la Côte d'Ivoire.

Cette volonté apparente de creuser un fossé entre voisins a un air de "Balkanisation", a estimé Fall, faisant référence aux tactiques de fragmentation survenues en Europe du sud-est. "Les Etats africains sont divisés comme cela a été fait du temps de la colonisation. Si ce n'est pas une Balkanisation rampante, cela y ressemble", a-t-il ajouté.

Mamadou Cissokho, qui préside le ROPPA, un réseau d'agriculteurs africains, a estimé de son côté que la libéralisation économique envisagée par la commission était en contradiction avec sa propre expérience politique et commerciale complexe.

"Je ne pense pas que vous puissiez dire aux gens (en Afrique) que dans 15 ans, vous serez riches. L'Union européenne s'est construite en 50 ans et il y a toujours des problèmes aujourd'hui", a-t-il souligné.

Pour Mareike Meyn, chercheuse à l'Institut sur les politiques et stratégies de développement à Londres, la "Commission européenne n'est pas intéressée par le dialogue" au sujet des APE, car elle n'a publié "aucune information" relative au 35 accords conclus fin 2007.

En outre, certains pays africains plus pauvres ne se sont pas vus proposer des "accords plus généreux", en comparaison avec d'autres pays de la zone plus riches et membres du Forum des Caraïbes (Cariforum). "En fait, on constate aujourd'hui que les pays du Cariforum sont ceux qui ont les meilleurs accords", a-t-elle ajouté. (FIN/2008)

 

 

 

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