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Q&R
"Pour avoir un vaccin contre le VIH/SIDA, il faut être un peu plus créatif"
Raphaël Mvogo s'entretient avec FRANÇOISE BARRE-SINOUSSI, Prix Nobel de médecine 2008

YAOUNDE , 1 déc (IPS) - Co-lauréate, avec son compatriote et collègue le professeur Luc Montagnier, du Prix Nobel de médecine 2008, pour leur découverte du virus du SIDA en 1983, la chercheuse française Françoise Barré-Sinoussi, 61 ans, a effectué une visite de trois jours au Cameroun à la fin de la semaine dernière, à la veille de la Journée mondiale de lutte contre le SIDA.

Invité du Centre Pasteur du Cameroun et de la Fondation Total, le professeur Barré-Sinoussi a donné une conférence publique dans ce centre à Yaoundé, la capitale camerounaise, sur le thème "L'identification du VIH : un exemple de succès de la recherche translationnelle, en réponse à une pathologie émergente". Ensuite, elle a accordé une interview au correspondant de IPS au Cameroun, Raphaël Mvogo, dans laquelle elle a analysé les perspectives de la recherche pour un vaccin contre le VIH.

IPS: Que représente pour vous votre prix Nobel de médecine, qui vous été attribué, ainsi qu'au Pr Luc Montagnier, en octobre dernier?

Françoise Barré-Sinoussi (FBS): Pour moi, ça représente plusieurs choses. Premièrement, c'est un énorme honneur que je souhaite, à titre personnel, partager avec toute la communauté internationale qui travaille sur le VIH/SIDA depuis des années. C'est une reconnaissance, pas seulement de Françoise Barré-Sinoussi ou de Luc Montagnier. C'est une reconnaissance de toute la communauté de chercheurs, de médecins, mais aussi de personnels soignants et de personnes qui vivent avec le VIH/SIDA.

IPS: En apprenant la nouvelle, qu'avez-vous ressenti?

FBS: Le premier sentiment que j'ai eu à l'annonce de ce prix, par exemple, c'était de penser aux malades atteints de VIH/SIDA qui, malheureusement, ne sont plus là aujourd'hui. Quelque part, dans mon esprit, c'est un petit peu une dédicace envers eux. L'autre sentiment que j'ai eu, c'est un énorme sentiment de responsabilité vis-à-vis de tous, plus particulièrement vis-à-vis des malades. Ce prix me donne peut-être la possibilité de m'exprimer sur les priorités de demain et sur la nécessité pour les pays industrialisés de respecter leurs engagements.

IPS: Vous avez donné une conférence à Yaoundé, sur le thème "L'identification du VIH : un exemple de succès de la recherche translationnelle, en réponse à une pathologie émergente". Qu'entendez-vous par recherche translationnelle et qu'apporte-t-elle à la recherche menée pour lutter contre le SIDA?

FBS: La recherche translationnelle, c'est une recherche d'interface entre la recherche fondamentale et la recherche clinique. Entre ces deux recherches, il y a une interdépendance totale. L'une alimente l'autre et vice-versa. La recherche translationelle est donc une recherche très pointue dans le domaine de l'immunologie, par exemple, dans le domaine de la génétique hors SIDA. Mieux comprendre quels sont les mécanismes de notre défense immunitaire, c'est quelque chose qu'on connaît encore mal aujourd'hui.

IPS: Quelles sont aujourd'hui les chances de découverte d'un vaccin contre le SIDA?

FBS: Difficile de répondre à cette question. J'aimerais pouvoir vous dire que le vaccin, on y sera demain. Non, je ne peux pas vous dire ça. Parce que ça fait depuis 1985 ou 1986 qu'on travaille sur un vaccin. Des efforts internationaux sont faits dans le domaine de la recherche vaccinale, sans aucun succès jusqu'à présent. De ces échecs en même temps, on apprend beaucoup. On apprend pourquoi ça a échoué.

IPS: Concrètement donc, à quel stade se trouve la recherche?

FBS: Aujourd'hui, on est simplement à un stade où il y a tout un agenda international qui est constitué pour les programmes de recherche vaccinaux de demain. Cet agenda est important, d'abord parce qu'il va se faire dans le cadre d'une coordination internationale des projets de recherche dans le domaine du vaccin. Deuxièmement, parce qu'il prend en considération ce qui, à mon sens, est essentiel : c'est le retour aux fondamentaux de la recherche. Je veux dire par-là que, pour moi, pour avoir un vaccin contre le VIH/SIDA, il faut être un peu plus créatif, innovateur que nous l'avons été aujourd'hui.

IPS: Voulez-vous dire que les stratégies adoptées n'ont pas été efficaces?

FBS: Les stratégies d'aujourd'hui ont été des stratégies que j'appelle conventionnelles. Avec un virus comme le VIH/SIDA qui s'attaque à notre défense immunitaire, beaucoup plus vite que notre défense immunitaire est capable de se développer, pour lutter contre une infection comme celle-là, les stratégies conventionnelles ne vont pas marcher.

IPS: Y a-t-il des raisons d'espérer pour les personnes contaminées par ce virus?

FBS: Les raisons d'espérer, premièrement c'est l'accès au traitement à tous et à toutes. C'est l'objectif des Nations Unies pour 2010. Mais 2010, c'est dans deux ans, c'est court. Je ne suis pas sûre qu'on va atteindre cet objectif. Pour l'instant, ce qu'on peut dire simplement, c'est que l'espoir se situe dans les progrès de ces dernières années. Puisque si l'on se place en arrière, je veux dire il y a encore quatre ou cinq ans, on était à trois pour cent seulement de patients sous traitement.

Là aujourd'hui, on est à un peu plus de 30 pour cent. Donc, ça montre quand même combien les choses évoluent. Bien sûr, on voudrait que ça évolue très vite. Mais, ça évolue très bien grâce aux efforts internationaux. C'est peut-être le moment de dire combien il est important, dans une période de crise économique internationale, que les pays industrialisés, qui se sont engagés à soutenir les politiques d'accès aux anti-rétroviraux, à travers le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, le paludisme et la tuberculose, respectent leurs engagements.

IPS: Il existe sur le continent des chercheurs qui affirment avoir mis au point des traitements contre cette pandémie, dont le Pr Victor Anomah Ngu du Cameroun. Mais, ces traitements ne sont pas reconnus par les instances internationales. N'est-ce pas une marginalisation?

FBS: Pas du tout. Pour l'instant, je n'ai vu aucun résultat convaincant, personnellement. (FIN/2008)

 

 

 

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