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AFRIQUE DE L’OUEST :
Les producteurs agricoles veulent un tarif extérieur commun protecteur
Brahima Ouédraogo

OUAGADOUGOU, 18 fév (IPS) - Le Réseau des organisations paysannes et des producteurs d’Afrique de l’ouest (ROPPA) appellent a l’adoption, par les dirigeants des pays membres de la CEDEAO, d’un tarif extérieur commun (TEC) régional d’au moins 50 pour cent pour mieux protéger leur agriculture.

Réunis la semaine dernière à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, les producteurs ont rejeté le taux de 35 pour cent proposé par le comité conjoint de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de la Communauté des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Et ils proposent un taux minimum de 50 pour cent pour le TEC qui, selon eux, permettra également le développement de leurs productions agricoles.

Le TEC est une taxe payée par les importateurs pour tout produit entrant dans la zone UEMOA qui comprend huit : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.

Les producteurs ouest-africains justifient leur refus des 35 pour cent qu’ils trouvent trop inférieurs aux 60 pour cent que les pays d’Afrique de l’est appliquent au lait importé et l’Union européenne (UE) dont les produits alimentaires de base (céréales, produits laitiers et viande) sont taxés à plus de 50 pour cent en moyenne.

«Tout ce que nous avons vécu avec le TEC-UEMOA (de 25 pour cent au maximum) ne nous a pas permis de protéger notre agriculture et de concrétiser notre marché régional», regrette Bassi Ka Dao, président de la Confédération paysanne du Faso (CPF), une organisation membre du ROPPA.

Une étude du ROPPA en 2008 sur cinq produits sensibles comme les céréales, les oléagineux et la viande bovine, a montré que seul un taux de 50 pour cent de droit de douane pouvait mieux protéger ces produits.

«Lorsque l’on va relever le tarif extérieur commun, les produits venant de l’extérieur seront surtaxés pour permettre à nos producteurs ruraux de jouir du fruit de leur labeur et de voir leur produit coûter le prix et l’effort qu’ils investissent», estime Jacques Bono, le vice-président du ROPPA.

Depuis le 12 janvier 2006, un tarif extérieur commun calqué sur celui de l’UEMOA a été mis en place. Il comporte quatre bandes dont la plus élevée est 25 pour cent. Mais en janvier 2008, les chefs d’Etat ont demandé à la Commission de la CEDEAO d’instaurer une nouvelle bande tarifaire dont le taux devrait être plus élevé que le taux le plus élevé de l’UEMOA.

«Nous estimons que l’agriculture est actuellement mal protégée, notamment avec le TEC de l’UEMOA en cours de la région qui a été pris avant qu’il y ait une politique sectorielle, notamment la politique agricole de la CEDEAO», explique Babacar Ndao, un technicien du ROPPA.

Selon Ndao, une nouvelle bande tarifaire devrait mieux protéger les produits sensibles, «ceux qui sont concurrencés de manière injuste sur notre marché alors qu’ils contribuent à l’alimentation du paysan, au développement rural, à une préservation de nos valeurs et normes culturelles».

Ces produits d'exportation sensibles des pays de la CEDEAO sont, entre autres, le coton, le café, l'arachide, l'oignon, la tomate, le niébé. La CEDEAO compte 15 Etats de la sous-région.

Le ROPPA considère le TEC actuel comme minant la mise en œuvre effective de la politique agricole ouest-africaine. La politique agricole adoptée en 2005 par les chefs d’Etat des 15 pays membres de la CEDEAO avait pour but de réduire la dépendance alimentaire, et d’assurer la sécurité alimentaire de la sous-région.

Selon le ROPPA, seule l’adoption d’un nouveau TEC et de mesures de sauvegardes appropriées permettra de réaliser la souveraineté alimentaire sous-régionale. Les producteurs estiment que les produits, définis comme «sensibles» dans le cadre de la libéralisation avec l’UE, sont libéralisés dans le cadre du TEC appliqué à l’ensemble des partenaires.

«Les éléments de politique communautaire pour protéger notre agriculture sont en déphasage avec la réalité, alors maintenant, nous avons une chance de corriger cette politique au niveau de la CEDEAO», estime Ndao.

Les producteurs ouest-africains demandent l’enregistrement de l’union douanière de la CEDEAO comme personnalité juridique de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour négocier au nom des 15 Etats membres.

Selon les organisations paysannes de la sous-région, un TEC élevé permettrait d’exclure de la libéralisation plus de 60 pour cent des produits agricoles vivriers et plus de 80 pour cent des produits alimentaires à base de céréales. La bande tarifaire élevée permettrait également de protéger plus de 60 pour cent des produits des filières cacao, café et confiserie, 58 pour cent des produits animaux et 77 pour cent es lignes correspondant aux produits textiles.

Les chefs d’Etat de la CEDEAO avaient reconnu l’année dernière, lors de leur conférence ordinaire, que le TEC est un instrument de développement et devrait être établi en fonction des besoins de sécurisation des secteurs de production agricole.

En dehors d’une nouvelle bande tarifaire, le ROPPA demande une amélioration des «mesures complémentaires» de la CEDEAO, qui pourraient être utilisées dans des situations conjoncturelles.

Le réseau souhaite une période d’ajustement de plus de dix ans pour la taxe dégressive de protection de la CEDEAO pour permettre la restructuration et l’amélioration de la compétitivité des secteurs de production.

Il souhaite également l’extension de six mois à un an de la taxe de sauvegarde à l’importation, et qu’on ramène le seuil de déclenchement du mécanisme de sauvegarde de 50 pour cent à 10 pour cent du volume importé et de 25 pour cent à 15 pour cent du produit importé.

Selon les producteurs ouest-africains, ces mesures devraient permettre la création d’un marché sous-régional pour les produits locaux. «Toute agriculture qui n’a pas de marché ne peut pas se développer», affirme Ousséni Ouédraogo, chargé de programme au ROPPA.

«C’est un essor important pour le développement des filières», dit-il à IPS, ajoutant qu’il faut «une préférence communautaire en mettant un TEC qui protège suffisamment et qui crée cette préférence communautaire pour réussir le développement de l’agriculture».

Citant la FAO, les producteurs ouest-africains regrettent que les atouts n’aient pas pu entraîner un boom agricole dans la sous-région où la valeur ajoutée par travailleur ne dépasse pas 523 dollars, et qui importe des produits vivriers pour un montant de plus de quatre milliards de dollars par an.

La région ouest-africaine couvre une superficie cultivable de plus de 197 millions d’hectares, dont seulement 54 millions sont emblavés et 120 millions d’hectares de pâturages, selon des documents de la CEDEAO. (FIN/2009)

 

 
 

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