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ENVIRONNEMENT-CONGO
Pointe-Noire et environs victimes de la pollution pétrolière
Arsène Séverin

BRAZZAVILLE , 18 mars (IPS) - Après les guerres civiles, le Congo a relancé son économie basée essentiellement sur le pétrole qui représente 90 pour cent des exportations du pays. Mais la prospérité économique affecte l’environnement, notamment dans la zone côtière de Pointe-Noire où les populations dénoncent la pollution des eaux, des sols et de l’air.

Depuis 2003, le budget du Congo a dépassé les 2,8 milliards de dollars pour atteindre plus de quatre milliards de dollars entre 2005 et 2008. «Le produit intérieur brut pour cette année est prévu à 9,8 pour cent, contre 6,4 l’année dernière, à cause de l’exploitation pétrolière qui augmentera de 23 pour cent en 2009», explique à IPS, Joseph Tsika, économiste, enseignant à l’Université de Brazzaville, la capitale congolaise.

Selon Ange Edouard Poungui, ancien Premier ministre, le Congo a progressivement amassé des richesses suite aux cours intéressants du baril sur le marché international. «En 2002, le baril était vendu à 16 dollars, alors qu’en 2008, il a flirté les 150 dollars», a-t-il déclaré à la presse, le mois dernier à Brazzaville.

L’activité du pétrole a connu une accélération avec la mise en exploitation, en 2008, des gisements de Moho Bilondo (90.000 barils par jour) au large de Pointe-Noire, dans le sud de ce pays d’Afrique centrale.

Mais, les populations de Ndjeno, une localité située à 17 kilomètres de Pointe-Noire, affirment respirer des odeurs insupportables. «Le soir surtout, nous respirons à peine, c’est comme une odeur des œufs pourris», affirme Marcel Koulandji, un habitant de Ndjeno, joint au téléphone par IPS.

«Ici à Ndjeno, les maladies diarrhéiques et les infections pulmonaires sont constantes», indique Alphonse Mpaka Makaya, un autre habitant de la localité.

Interrogé par IPS, Théodore Massala Mabiala, un étudiant de la Faculté des sciences de Brazzaville, explique que ces odeurs sont entre autres l’émanation, par des torchères, du sulfure d’hydrogène. «A un taux très élevé, il peut causer des pertes en vies humaines», dit-il.

Dans un rapport publié en janvier à Pointe-Noire, une organisation non gouvernementale (ONG), Rencontre pour la paix et les droits de l’Homme (RPDH), basée dans cette ville, indique que les populations dans la localité de Mboukou, voyaient des flaques d’huile sur l’eau et que les poissons goûtaient le pétrole.

«Ce type d'incident arrive souvent dans l'industrie du pétrole. Mais, le plus important se trouve dans la qualité de la réponse rapide donnée», souligne à IPS, Christian Mounzéo, secrétaire général de la RPDH.

En 2004, un accident s’était produit au village Tchinkanou (au sud de Pointe-Noire), provoquant le déversement important du brut dans la rivière Samba, principale source d’eau des populations. «Les habitants ne savaient pas quoi boire, et la catastrophe s’est propagée vers d’autres villages», témoigne à IPS, un originaire de Tchinkanou résidant à Pointe-Noire, connu sous le pseudonyme de Tchatcho Mbala.

«Dans mon village à Tchimboussi, les paysans sont lassés de cultiver, car le manioc, l’igname et la patate moisissent ou pourrissent avant la maturité, à cause des déchets du pétrole enfouis dans les sols», affirme à IPS, Igor Taty, étudiant à l’Ecole normale supérieure de Brazzaville.

Selon Mounzéo, le gouvernement ne fait pas assez. «Le pétrole doit cesser d'être un conducteur de mort, de pauvreté, et d'enrichissement illicite; il doit davantage financer le développement».

La constitution du Congo Brazzaville en son article 36 dispose que «toute pollution ou destruction résultant d’une activité économique donne lieu à une compensation». Mais les sommes versées aux des communautés ne règlent pas le problème sur le terrain. Il s'agit de l'argent que compagnies pétrolières payent comme dédommagements aux populations qui viennent manifester à leurs portes à Ndjeno. Le montant n’est pas connu, mais est souvent remis au chef du village qui le partage au sein de la communauté.

Par ailleurs, les compagnies pétrolières font des actions sociales telles que la construction d'un hôpital à Ndjeno, Mahouata et à Mpita par Total et Eni Congo, ou encore la réalisation des fontaines d'eau à Ndjeno, à Mboukou, à Pointe-Noire, à Madingo Kayes et à Loango, dans le sud. Ces actions sont répertoriées dans les cahiers de charges des populations riveraines des sites d'exploitation.

"C'est vrai, entre les inscriptions budgétaires et les réalisations sur le terrain, il y a un grand écart. Ce qui fait que nous n'avons pas les moyens de surveiller les sociétés pétrolières", indique à IPS, Valentin Tchibota Ngoma, directeur de la Cellule anti-pollution du ministère des Hydrocarbures.

Pour Poungui, «il faut appliquer pour toutes ces sociétés pétrolières le principe du pollueur-payeur. Nous ne pouvons pas laisser nos côtes dans une telle pollution».

«Maintenant, il ne s'agit pas de se cantonner sur ce principe. Il s'agit de contraindre les sociétés pétrolières à éviter le plus de pollution, car dans ce secteur, la pollution zéro n'existe pas», reconnaît Tchibota Ngoma.

La RPDH affirme dans son rapport : «Bien que la législation nationale traitant de la protection de l’environnement existe, le respect et l’application de celle-ci sont défaillants».

Néanmoins, la Cellule anti-pollution se félicite de certaines avancées. "Nous avons demandé que la boue de forage, les eaux de rejet et les sables souillés soient traités avant d'être enfouis dans le sol ou jetés dans la nature", souligne Tchibota Ngoma, ajoutant : "Aucun enfouissement ne se fait plus sans nous".

Tchibota Ngoma se réjouit également d'avoir contraint les sociétés à respecter les normes internationales. Par exemple, dans les rejets de gaz, elles sont passés de 50 parties par millions (PPM) à 20 PPM aujourd’hui, en deçà même des normes qui sont fixées à 25 PPM, dit-il, ajoutant : «D'ici cinq ans, nous réduirons considérablement l'échappement des gaz par des torchères, et il n’y aura plus des odeurs".

Travaillant en synergie avec la cellule, les communautés des villageois ou des pêcheurs alertent aussitôt qu'il y a un incident sur la mer. "Ce système d'alerte marche très bien", indique Tchibota Ngoma.

Mais les ONG minimisent l'action de cette cellule, estimant qu'elle devrait faire mieux. «Interpellée plusieurs fois, la cellule se dit incapable de mettre fin à ces pratiques ou d’assurer la réparation à cause d’une législation imparfaite", souligne Mounzéo.

"C'est vrai, il nous faut des lois plus adaptées. Nous ne fonctionnons sérieusement qu'avec les textes internationaux en la matière", admet Tchibota Ngoma. (FIN/2009)

 

 

 

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