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ENVIRONNEMENT-SENEGAL
L’extraction démesurée du sable marin affecte Malika
Koffigan E. Adigbli

DAKAR, 9 avr (IPS) - La commune de Malika, située sur le littoral au nord de Dakar, dispose d’un cordon de dunes sableuses et d’une bande de filaos lui servant une haie contre l’érosion marine. Mais l’extraction démesurée du sable marin, depuis plus de 20 ans, fait avancer la mer qui détruit en partie la haie de filaos.

Selon Momar Tall Gadiaga, le maire sortant de la commune de Malika, l’Etat du Sénégal est au courant de la destruction de la bande de filaos par l’avancée de la mer qui emporte également de nouvelles constructions le long de la plage, mais il ne réagit pas.

«La commune s’est plaint maintes fois auprès des autorités compétentes du ministère de l’Environnement, des Eaux et Forêts et du service des mines, mais c’est comme si la situation les arrangeait. Vu le danger qui menace notre commune, nous allons tout faire pour que l’extraction du sable marin cesse dans notre collectivité», souligne-t-il.

Au ministère de l’Environnement, personne ne veut fournir d’explications sur cette affaire d’extraction du sable marin, mais un fonctionnaire, qui a requis l’anonymat, a indiqué à IPS que le Domaine public maritime est violé au Sénégal et reconnaît que l’Etat est en partie responsable de la dégradation de l’écosystème à Malika.

«Au Sénégal, les gens ne respectent plus le domaine public. L’espace est occupé de manière anarchique et les constructions sur ces sites ne sont pas réglementées», explique-t-il. «L’Etat a une part de responsabilité dans cette affaire aussi, ce sont les gros bonnets du pays qui sont propriétaires des camions de ramassage de sable marin, les taxes ne sont plus régulièrement payées à l’Etat qui occasionne une perte de plus de 300 millions de francs CFA (environ 600.000 dollars) par an».

Il ajoute que des gens sans autorisation vont nuitamment extraire le sable marin avec des charrettes ce qui, selon lui, contribue également à l’envahissement de la commune par l’eau de mer.

IPS a constaté vers la fin-mars, sur le site d’extraction de sable marin à Malika, que les camionneurs, avant d’arriver, passent au bureau du service des mines pour verser 5.000 FCFA (environ 10 dollars) constituant le droit d’extraction du sable.

«Nous versons chaque jour cette somme au poste d’entrée du service des mines sans compter 1.000 FCFA (deux dollars) qu’on paie aussi à la police», explique le camionneur Abdou Thiam à IPS.

Des centaines d’ouvriers les pieds dans l’eau sont sur le site, munis de pelle. Chacun dispose d’un tas de sable, tandis qu’une centaine de camions patinent pour être remplis.

A une question sur les conséquences environnementales causées par l’extraction du sable marin, Ndégene Sène, un des ouvriers, affirme qu’ils sont sur le site depuis plus de 20 ans et que cela n’a aucun effet sur l’environnement.

Bassirou Diagne, un autre ouvrier indique que l’extraction fait nourrir des centaines de familles. «Les retombées de l’extraction nourrissent des familles, même ici à Malika. Nous dépensons des milliers de francs CFA chaque jour, aussi nous travaillons sous le contrôle de l’Etat du Sénégal», déclare-t-il à IPS.

Pourtant, selon Libasse Sow, le chef du village de Malika, la mer avance à grand pas vers sa commune. «Regardez! Les infrastructures hôtelières sont toutes dans l’eau. Les filaos qui jalonnent la bordure de la mer sont noyés. Il y a quelques jours encore, ces arbres se trouvaient loin de la mer», explique-t-il à IPS.

Selon Sow, sa commune a maintes fois écrit au président de la République afin d’attirer son attention sur les risques liés à l’environnement, mais en vain. «Regardez! Même l’école n’est pas épargnée, les fenêtres des classes étaient en métal, elles sont actuellement détruites par l’érosion marine», dit-il, ajoutant : «L’eau était à des centaines de mètres de l’école il y a quelques mois, mais actuellement, vous voyez qu’elle est à peine à 30 mètres, si rien n’est fait, c’est toute la commune de Malika qui risque de disparaître».

Dans l’une des maisons en partie rasée par la mer, habitent Abdou Seye et sa famille. Selon Seye, maçon de profession, toutes ses tentatives pour que les autorités de la commune et du gouvernement l’aident à sauver sa maison sont restées vaines.

«Pour moi, c’est comme si l’Etat est complice, c’est comme si les 60.000 habitants de Malika n’intéressent pas les autorités. Mais avec les dernières élections locales (22 mars), on nous a demandé de voter pour eux, cela ne s’est pas passé comme ça, c’est parce qu’on est frustré, il faut que nos maisons et notre environnement soit sécurisés», clame Seye à IPS.

Selon l’infirmier du dispensaire de Malika, Abdoulaye Thiam, son service reçoit en moyenne 15 patients par jour, en majorité des enfants, et les maux sont des problèmes respiratoires, la diarrhée et des infections aux pieds occasionnant des plaies béantes.

«L’extraction du sable marin cause énormément de problèmes aux enfants de Malika. Ici, les enfants marchent pieds nus dans l’eau, ce qui fait que leurs pieds sont infectés. Même l’air respiré est pollué, ce qui cause aussi des infections respiratoires», déclare-t-il. «Les autorités doivent prendre des décisions pour que l’extraction anarchique du sable marin cesse dans la commune, cela va de l’intérêt de tous».

Thiam reconnaît aussi que l’extraction du sable marin profite à la fois aux familles et au service des mines du Sénégal, mais ne comprend pas que l’Etat puisse cautionner, pendant des années, de tels actes qui détruisent graduellement Malika, ses habitants et son environnement.

«L’Etat doit vite réagir pour sauver d’abord la bordure du littoral de Malika et replanter les arbres. Cela va limiter l’avancée de la mer, et les maisons ne seront plus envahies par la mer», plaide-t-il. (FIN/2009)

 

 

 

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