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Q&R
"Les pays pauvres luttent pour intégrer le genre au commerce"
Annelise Sander s’entretient avec SIMONETTA ZARRILLI, une responsable de la CNUCED

GENEVE, 4 mai (IPS) - Le commerce affecte différemment les hommes et les femmes. Les femmes peuvent être particulièrement défavorisées par la libéralisation du commerce. Malgré ce fait, l’analyse de genre est d’habitude absente dans les négociations et accords commerciaux.

Le commerce influence le marché du travail, les flux migratoires, les petites et moyennes entreprise et le secteur agricole. Il est probable que des changements dans ce secteur aient plus d’impacts négatifs sur la femme que sur l’homme. Les politiques et accords commerciaux ignorent le genre et sont "neutres".

Les décideurs ne sont pas formés pour prendre le genre en considération. Au cours d’une réunion organisée en mars par la Conférences des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les experts ont demandé si cela devrait changer.

Mais le genre ne devrait pas être un critère supplémentaire pour l’accès au marché, puisque les pays en développement, notamment en Afrique, auraient de difficulté à satisfaire à de nouvelles conditions, estime Simonetta Zarrilli, la responsable de la CNUCED qui a coordonné cette rencontre des experts, dans un entretien avec Annelise Sander.

IPS: La libéralisation du commerce améliore ou aggrave-t-elle les vies des femmes?

Simonetta Zarrilli (SZ): Les résultats ne sont pas seulement à sens unique. Il y a des cas où le commerce a amélioré les conditions de la femme, notamment en créant de nouvelles opportunités d’emploi dans les secteurs formel et informel. Dans d’autres cas, la libéralisation du commerce a eu un impact négatif en détruisant les secteurs où travaillent des femmes.

IPS: Comment les échanges commerciaux affectent-ils la femme africaine en particulier?

SZ: Généralement parlant, la libéralisation du commerce crée de nouveaux emplois, mais pour pouvoir en profiter, les individus doivent s’adapter et acquérir de nouvelles aptitudes. Pour les femmes, cela est particulièrement difficile parce qu’elles sont moins qualifiées, moins mobiles et ont beaucoup plus de tâches dans le ménage. D’habitude, les femmes obtiennent les emplois les plus mauvais à cause de la disparité entre leurs compétences et les exigences du marché.

La libéralisation des échanges commerciaux augmente également la migration. Environ 50 pour cent des immigrés internationaux sont des femmes. Mais dans les pays d’accueil, elles finissent par faire des travaux pour lesquels elles sont trop qualifiées parce qu’elles sont confrontées à un double préjudice, comme des femmes et des immigrées. Malgré cela, elles gagnent de l’argent qu’elles envoient au pays, habituellement à d’autres femmes qui sont autonomisées par ces envois de fonds.

Les femmes immigrées ont tendance à envoyer une part plus élevée de leur revenu au pays, et plus régulièrement, que les hommes immigrés.

Le commerce affecte également l’agriculture parce que la libéralisation du commerce est bien pour les cultures commerciales, telles que le café et le cacao. Le problème est que ces cultures sont d’habitude récoltées par des hommes, pendant que les femmes travaillent dans l’agriculture de subsistance. La libéralisation des marchés agricoles ne profite pas aux femmes.

Et l’abandon des cultures traditionnelles au profit des cultures commerciales peut même entraîner des problèmes pour la sécurité alimentaire, qui touche singulièrement les femmes puisqu’elles (continuent) d’être responsables du ménage. La libéralisation du commerce crée un dynamisme à côté du secteur agricole où les femmes ne sont pas présentes.

Finalement, la libéralisation du commerce a un impact sur les petites et moyennes entreprises (PME). En Afrique, comme dans d’autres régions en développement, les femmes dirigent 40 – 50 pour cent des PME. Le commerce international crée des opportunités pour les petites entreprises, à condition qu’elles deviennent plus compétitives dans le marché libéralisé.

Mais pour y parvenir, elles ont besoin d’une meilleure technologie et d’une revalorisation des compétences. Le problème est que les femmes ont de difficulté à trouver du temps pour se faire former et améliorer leurs compétences. Elles manquent souvent d’informations sur les marchés et de connaissances sur les nouvelles technologies.

La tradition et les coutumes rigoureuses régissant leur comportement font souvent également qu’il leur est difficile de voyager en dehors de leurs villes et villages. (Ce qui signifie que) les femmes n’ont tout simplement pas souvent les compétences que le marché exige.

IPS: Comment les politiques commerciales peuvent-elles prendre en compte la femme africaine?

SZ: Quel type de politiques commerciales? Lorsque les politiques commerciales sont élaborées et les accords commerciaux négociés, la composante genre est presque toujours absente. Les négociateurs commerciaux ne pensent pas aux impacts sur ceux qui sont très pauvres, sur les femmes, sur les jeunes. L’idée est (simplement) que le commerce est bon pour la croissance économique.

Les politiques commerciales ignorent d’habitude le genre, tant au sein de l’Organisation mondiale pour le commerce (OMC) que dans les accords bilatéraux et régionaux.

IPS: Pourquoi?

SZ: Parce que les décideurs ne sont pas formés pour examiner cet aspect. Aussi, l’évaluation de l’impact du commerce sur les femmes est complexe. Vous avez besoin de données, vous devez connaître le secteur dans lequel les femmes sont employées. Cela exige une capacité analytique que la plupart des pays en développement n’ont pas, du fait de ressources financières et humaines limitées.

IPS: A la rencontre de la CNUCED en mars, quelle était l’image qui a émergé de l’intégration de genre dans la politique commerciale, notamment dans le contexte africain?

SZ: Il y a une très faible intégration de genre, même dans les pays développés. De nombreux pays font semblant de le faire. Ils disent que la femme devrait être autonomisée, mais cela demeure simplement une déclaration d’intention qui est difficile à intégrer dans des programmes et des actes.

Les accords commerciaux et de coopération se réfèrent de plus en plus au genre. Mais d’habitude, ces références sont dans les parties de l’accord qui ne sont pas obligatoires, comme le préambule. Ou bien l’accord dit que les pays devraient essayer de prêter une attention à la composante genre, en même temps que d’autres contraintes environnementales et sociales.

Toutefois, les exigences liées au genre ne devraient pas devenir une nouvelle condition sine qua non pour l’accès au marché. C’est qu’une chose est d’aider à l’autonomisation des femmes et l’autre est de commencer par imposer des exigences très strictes et à introduire de nouvelles conditionnalités auxquelles les pays seraient aptes à répondre. Ce serait contreproductif et deviendrait pourtant un autre obstacle. (FIN/2009)

 

 

 

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