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BURKINA FASO
Reconstituer l’intégrité physique des femmes victimes de l’excision
Brahima Ouédraogo

OUAGADOUGOU, 4 juin (IPS) - La construction d’un centre de reconstitution du clitoris permettra aux femmes victimes de l’excision de reconstituer leur intégrité physique grâce la création de la «Maison du plaisir» à Bobo-Dioulasso, dans l’ouest du Burkina Faso, estime l’Association voix des femmes pour l’épanouissement (AVFE).

Cette organisation non gouvernementale (ONG) a obtenu, avec l’aide de partenaires étrangers, la réalisation de ce centre en construction, entièrement financé à quelque 80 millions de francs CFA (environ 160.000 dollars) par l’association ‘Clitoraid’ basée aux Etats-Unis. Des médecins se rendront sur place pour restaurer gratuitement le clitoris amputé, selon l’AVFE.

«Les femmes de la sous-région seront traitées sur place, surtout les pays environnants où l’excision se poursuit», confie à IPS, Mariam Banemane la présidente de AVFE.

Banemane, 54 ans, a été excisée depuis l’âge de 13 ans et a été restaurée en 2006 par des gynécologues burkinabé. C’est grâce à son témoignage ainsi qu’à ceux d’autres femmes que l’association Clitoraid a lancé une opération de collecte fonds pour la construction du centre à Bobo-Dioulasso.

«Quand on sait que grâce à la science on peut recouvrer le clitoris, on est curieux de savoir qu’on peut avoir ce qu’on a perdu depuis l’enfance», ajoute Banemane qui affirme découvrir le plaisir qu’elle n’avait jamais connu après l’excision.

Au Burkina Faso, plus de 200 femmes se sont déjà fait restaurer le clitoris depuis 2006, selon le professeur Michel Akotionga, l’un des pionniers de la restauration de cet organe féminin dans ce pays d’Afrique de l’ouest et dans la sous-région. Plusieurs patientes venues d’Europe et d’Amérique ont même déjà subi l’opération de restauration du clitoris dans des cliniques à Ouagadougou, la capitale burkinabé, indique Akotionga à IPS.

«Les femmes excisées ont aujourd’hui de l’espoir car quelle que soit la cruauté de l’excision, on peut retrouver son organe», se réjouit Abibata Sanou, 37 ans, aujourd’hui restaurée après avoir été excisée au septième jour de sa naissance.

Sanou admet avoir senti que quelque chose lui manquait après des échanges avec des filles non excisées. «Maintenant, j’ai recouvré mon intégrité physique. J’avoue que je me sens bien et lors des rapports sexuels, je n’ai plus de douleur. Je me suis habituée à cela maintenant», ajoute-t-elle.

La restauration consiste à rouvrir la cicatrice laissée par l’excision et ressortir le reste du clitoris laissé par l’ablation, l’extérioriser et le fixer. Cette opération se fait sans douleur, affirme Akotionga.

"Par restauration il faut entendre remettre en place quelque chose qu’on a enlevé pendant l’excision. Il n’y a que deux centimètres qui sont à l’extérieur et c’est ça que les exciseuses enlèvent et il reste...huit centimètres à l’intérieur", explique Akotionga à IPS.

Les mutilations sexuelles sont pour la plupart pratiquées sur des jeunes filles entre l'enfance et l'âge de 15 ans, et à l'occasion sur des femmes adultes. En Afrique, elles menacent environ trois millions de jeunes filles par an, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Entre 100 millions et 140 millions de jeunes filles et de femmes dans le monde vivent actuellement avec les séquelles de ces mutilations sexuelles. En Afrique, environ 92 millions de jeunes filles âgées de dix ans et plus ont subi cette pratique, selon l’OMS.

Au Burkina, une étude menée en 2005 par le Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE), indique que le taux de prévalence de l’excision est passé de près de 77 pour cent au début des années 1990 à 49 pour cent aujourd’hui.

Les complications comprennent des douleurs violentes, des hémorragies, les infections, le tétanos, les fistules et la stérilité, auxquelles il faut ajouter le VIH/SIDA.

Selon le professeur Akotionga, 10 pour cent des femmes qui subissent au Burkina le type A de l’excision (ablation du clitoris) connaissent des complications contre 70 pour cent du type B (ablation du clitoris et des petites lèvres).

Depuis 1989, environ 700 femmes ont pu avoir des réparations des séquelles de l’excision, qui reste la priorité des associations et du CNLPE.

«Nous pensons que ce (la restauration) n’est pas une priorité à l’étape actuelle de notre lutte. Ce qui nous intéresse en tant que CNLPE, c’est la réparation des séquelles de l’excision afin de permettre aux femmes de mener une vie harmonieuse», explique à IPS, Marie Rose Sawadogo, la secrétaire permanente du CNLPE.

Selon Sawadogo, le coût élevé (entre 140 et 400 dollars environ) de la restauration renvoie l’intervention à un luxe tout simplement. «C’est un luxe parce qu’il y a combien de femmes au Burkina qui peuvent se payer 150.000 FCFA ou plus (300 dollars ou plus) pour cette chirurgie. Est-ce la priorité absolue dans un pays sous-développé où les gens ont des problèmes de survie, de scolarité?», demande Sawadogo.

«Ce n’est pas la peine de se fatiguer, c’est de la chirurgie, des frais, or l’excision n’ôte pas tout à la femme puisqu’elle peut jouir sans problèmes», affirme, pour sa part, Fati Maïga, membre de l’ONG «Voix de femmes» qui lutte contre l’excision au Burkina.

Les critiques de Maïga sont rejetées par le professeur Akotionga, qui est également vice-président du Comité national de lutte contre la pratique de l’excision. «La femme est psychologiquement touchée par le fait qu’on lui a enlevé son clitoris et retrouve son équilibre après la restauration; ce n’est pas un luxe, c’est plutôt la réparation d’une injustice», estime-t-il.

Selon Banemane, la restauration devrait être gratuite car, ajoute-t-elle, «on n’a pas demandé à être excisée». Elle dit avoir dépensé quelque 500 dollars pour sa restauration.

Plus de 200 femmes se sont déjà inscrites pour la restauration gratuite dès la fin des travaux de construction du centre, parmi lesquelles une vieille dame de 60 ans, confie Banemane IPS. (FIN/2009)

 

 

 

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