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DROITS-RD CONGO
Encore un projet sur les violences sexuelles!
Analyse d'Emmanuel Chaco

KINSHASA, 9 juin (IPS) - Une nouvelle initiative visant à lutter contre l’impunité des auteurs des violences sexuelles, vient d’être lancée début-juin en République démocratique du Congo (RDC) par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Des rapports de plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) congolaises et des Nations Unies affirment que la RDC est un des rares pays en Afrique et au monde à avoir connu le taux le plus élevé des violences sexuelles basées sur le genre ces dernières années.

Selon une enquête menée dans toute la RDC pour le compte du PNUD et dont les résultats ont été compilés en avril 2009, on dénombre, en moyenne par mois dans chacune des 11 provinces du pays, environ une dizaine de cas de violences sexuelles liées au genre rapportées soit à la police soit déférés devant la justice ou dans un hôpital.

Ce chiffre ne prend en compte donc que les cas rapportés et ne comprend pas ceux dont les officiers de justice s’autosaisissent et pour lesquels ils réservent l’information à leurs seuls supérieurs hiérarchiques. Il ne comprend donc pas ce qu’on appelle en criminologie «le chiffre noir» qui est l’ensemble des violences non rapportés et qui semblent constituer le plus grand nombre, indique l’enquête.

Le projet lancé par le PNUD, dont copie est parvenue à IPS, vise à «renforcer la capacité de réponse technique et programmatique dans le domaine de l’autorité de la loi, de la protection et de la sécurité des filles et des femmes, et du relèvement communautaire», selon Karounga Keita, coordonnateur de l’Unité gouvernance du PNUD en RDC, qui a présidé le lancement de l’initiative.

Des observateurs se posent déjà des questions sur la spécificité de ce nouveau projet lancé après plusieurs autres qui existent dans le même domaine et qui ont coûté ou qui continuent à coûter des centaines des milliers de dollars sans résultats concrets ni aucune réponse aux victimes des violences sexuelles.

Répondant aux questions de IPS, Sihaka Tsemo, qui est conseillère principale du PNUD à l’Unité Etat de droit, estime que ce projet, contrairement à plusieurs autres qui sont développés en RDC, «a le mérite d’intégrer l’approche genre pour améliorer la parité homme/femme dans le nouveau scénario institutionnel, et particulièrement en apportant une contribution spécifique et complémentaire aux efforts en cours».

Ce projet, dont le coût n’est pas déterminé, couvre la période de 2009 à 2012 et vise à renforcer le leadership du gouvernement dans la prévention de ces violences et la protection des femmes. Il cherche également à promouvoir le statut des femmes et des filles dans la société, à lutter contre l’impunité, et à s’assurer que les victimes reçoivent une réparation globale.

Le projet voudrait encore contribuer à construire une base pour la réhabilitation des agresseurs pour permettre la réconciliation et commencer la refondation de la cohésion. Il voudrait réaliser les huit points de l’agenda du PNUD pour l’autonomisation des femmes en période de conflit et de post-conflit à travers trois composantes : la sécurité; la justice et la protection des droits des femmes et des enfants; la capacitation des femmes et la réintégration socio-économique...

Barthélemy Kalambayi, professeur et chef du département des sciences de la population et du développement à l’Université de Kinshasa, partage l’avis selon lequel un «tel projet a un intérêt majeur pour le pays, puisqu’il intègre plutôt les efforts en cours et vise à les renforcer, notamment sur le plan institutionnel et étatique».

Toutefois, Fernandez Murhola, qui est le coordonnateur du Réseau national des organisations de défense des droits de l’Homme en RDC et président de la société civile de la ville de Kinshasa, la capitale congolaise, affirme «que ce projet sera une nouvelle activité de saupoudrage».

«Il s’agit d’un projet qui n’a rien de spécifique», indique Murhola, estimant que «tous les bureaux des Nations Unies en RDC ont chacun un programme sur les violences sexuelles. Ceux qui bénéficient des centaines des milliers de dollars, qui y sont investis, sont les agents des Nations Unies eux-mêmes, et pas les victimes. De plus, ce chevauchement des programmes similaires manque d’efficacité à cause de l’absence de leur coordination».

Murhola déclare que «Les Nations Unies doivent cesser avec leurs programmes de saupoudrage et coordonner tous leurs projets pour être efficaces à donner des réponses attendues, notamment par les victimes des violences sexuelles».

Upio Kakura, le ministre congolais des droits humains est presque du même avis, mais apporte une nuance en parlant à IPS : «Il faut un peu plus de coordination de tous ces efforts pour des raisons d’efficacité responsive aux problèmes soulevés par les violences sexuelles en RDC».

Pour le ministre «le gouvernement congolais vient de mettre en place un cadre national relatif à la lutte contre les violences sexuelles, et ce cadre a besoin de capitaliser toutes les initiatives existantes pour éviter la dispersion des énergies et des moyens». Selon Kakura, une bonne action ne peut que viser trois aspects : «la prévention, la réponse et la réhabilitation des victimes», objectifs déjà pris en compte par le cadre national de lutte contre les violences sexuelles en RDC.

L’idée d’une coordination de tous les projets sur les violences sexuelles, fait bon écho, certes, mais pour ce qui est de la RDC, il faudra qu’elle se traduise en une politique gouvernementale.

Mais cette option est loin de la réalité dans ce pays d’Afrique centrale, étant donné «qu’il n’existe déjà pas un programme gouvernemental sur les droits humains et, moins encore, sur la lutte contre l’impunité», affirme à IPS, Esther Kamwanya, directrice du service genre et protection de l’enfant au ministère du Genre, de la Famille et de l'Enfant. Cette opinion est partagée également par Pierre Kibaka, un activiste de l’ONG la Coalition congolaise pour la justice transitionnelle, basée à Kisangani, dans le nord-est de la RDC, une des parties du pays qui a le plus subi les affres des guerres et des graves violations des droits de l’Homme.

«Un nouveau projet dans la lutte contre l’impunité des violences sexuelles ne sera jamais de trop», souligne Liliane Kamashi, avocate et activiste défenseur des droits des victimes des violences sexuelles au sein de l’Association des femmes avocates du Congo. «Et on a encore un énorme besoin de nouvelles initiatives tant le pays et les besoins en matière de protection de toutes les victimes - qui ne sont pas protégées et qui vivent dans la peur des représailles de leurs bourreaux si elles les dénoncent - sont énormes». Pour elle, «il ne s’agit ni d’une dispersion d’énergie ni d’un double emploi face à l’ampleur du nombre toujours croissant des victimes». (FIN/2009)

 

 

 

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