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SANTE-KENYA
Le planning familial, pas seulement pour les femmes
Joyce Mulama

KISUMU, Kenya, 27 juin (IPS) - Dans une salle de fortune à l’intérieur d’une construction inachevée de la banlieue de Manyatta, dans la ville de Kisumu, dans l’ouest du Kenya, les hommes du quartier se réunissent régulièrement pour discuter des questions de la communauté, d’habitude en présence du chef de la zone.

Mais la 'baraza' (une réunion du chef) du 21 mai était d’un type différent. Un agent de santé communautaire a engagé, devant plus de 50 hommes, le sujet sur le planning familial, une question qui les indispose.

"Le planning familial est seulement pour les femmes. Et il fait qu’elles couchent avec tout le monde. Je ne conseillerais jamais ma femme d’utiliser ces choses [contraceptifs] parce que le rôle d’une femme est de mettre au monde des enfants", a observé Zaddock Odhiambo, 28 ans, père de six enfants.

Son homologue, Damascus Chemonges, affirme que le planning familial est dangereux. "J’apprends qu’il fait que les femmes donnent naissance à des enfants sans oreilles et sans yeux. Je pense que les couples devraient espacer leurs enfants à travers des moyens naturels seulement. Ils le faisaient avant l’introduction du planning familial de toute façon".

Lorsqu’on lui a demandé s’il était informé de la vasectomie (une petite intervention chirurgicale qui empêche le sperme de sortir lorsque l’homme éjacule), Chemonges a déclaré : "Lorsqu’un homme subit la vasectomie, cela causera la mort dans la maison. En plus, l’homme deviendra impuissant et sa femme commencera par coucher dehors et lui amènera des enfants qui ne sont pas les siens".

La réponse au cours des réunions telles que celle-ci a soulevé des questions sur l’implication des hommes dans la santé maternelle et de la reproduction.

Les hommes ne jouent pas leur partition

Il y a deux ans, un rapport du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) indiquait : "Ce sont les hommes qui d’habitude décident du nombre et de la variété des rapports sexuels, la durée et la fréquence de l’activité sexuelle et de l’utilisation de contraceptifs, parfois à travers la force ou la violence".

Deux années plus tard, il y a encore trop d’exemples de cela. "J’ai commencé par prendre des pilules discrètement parce que je ne voulais plus d’autres enfants, étant donné que j’en ai déjà quatre. Lorsque mon mari a constaté cela, il a cherché les pilules et les a jetées, menaçant de me tuer si je continuais de les prendre", a confié à IPS, Margaret Akoth de Manyatta.

Plus tard, elle est allée dans un centre de santé et a demandé qu’on lui donne une méthode de planning familial que son mari ne découvrirait pas si facilement. Elle est maintenant sur un contraceptif injectable de trois mois. "Je suis obligée de me cacher derrière le fait d’amener le bébé pour le contrôle afin d’aller au centre de santé pour obtenir l’injection. Il me demande maintenant pourquoi je ne tombe pas enceinte", a ajouté Akoth.

Ce ne sont pas seulement les épouses qui sont menacées. Des agents de santé communautaires, qui veulent fournir l’éducation sur le planning familial et distribuer des contraceptifs, ont été confrontés à l’hostilité des hommes qui les accusent de ruiner des familles. Rose Ochieng', une femme agent de santé communautaire à Nyalunya, à 17 kilomètres de Kisumu, a déclaré à IPS qu’elle a été plusieurs fois confrontée à des hommes qui ont menacé de "lui enseigner une leçon", si elle continue avec son travail.

Elle a cité un incident au cours duquel certains de ses collègues ont fui pour sauver leurs vies, chassées par des hommes hostiles. Les praticiens de la santé craignent que l’objectif de réduire de 75 pour cent les décès maternels d’ici à 2015, le délai prévu par l’ONU, ne soit pas atteint sans les efforts concertés de tous, y compris les hommes.

Questions autour de l’implication des hommes

Mais la faible acceptation des hommes et le rejet presque du planning familial sont dus à plusieurs raisons, selon les résultats préliminaires d’une étude conjointe menée par 'Kisumu Medical Education Trust' – une organisation non gouvernementale impliquée dans la fourniture des services de santé de la reproduction dans l’ouest du Kenya – et l’Université de Boston, aux Etats-Unis.

Cette recherche a été menée entre décembre 2008 et janvier 2009 dans le Rift Valley, Nyanza et dans les provinces de l’ouest et a constaté que la plupart des hommes étaient réticents à fréquenter les centres de santé de la reproduction pour des conseils sur le planning familial parce qu’ils voyaient ces centres comme un 'endroit pour les femmes', et n’ont pas voulu se mêler aux femmes, de peur d’être vus comme des hommes menés par le bout du nez par leurs femmes ou considérés comme des efféminés.

Les facteurs principaux sont les mythes et les mauvaises conceptions généralisés sur le planning familial pour les femmes et les hommes. Une majorité des hommes interrogés ont indiqué que le planning familial rend la femme froide au lit, pendant que plusieurs autres ont souligné les craintes que la vasectomie les rendrait incapables d’avoir des rapports sexuels. Ils ont affirmé que cela nuirait à leur position dans la société et amènerait leurs épouses à chercher d’autres partenaires.

Les fournisseurs des soins de santé citent le besoin de dissiper de telles rumeurs afin d’accroître l’intérêt pour les méthodes du planning familial. Par exemple, la vasectomie, considérée comme l’une des méthodes les plus efficaces de contrôle des naissances, est offerte gratuitement au centre de santé Marie Stopes à Kisumu. Déjà, Dr Charles Ochieng' en a effectué six depuis le début de l’année – et ce chiffre est une amélioration, comparativement aux années précédentes.

La peur de ce qui pourrait se produire au cas où un homme perdait des enfants, soit à travers la mort ou le divorce, étant donné que la vasectomie est irréversible, prédomine également. "...ce n’est pas que nous ne voulons pas la vasectomie, mais j’ai vu une situation où un de mes amis qui avait quatre enfants les a tous perdus – et sa femme. Je ne m’imagine pas en train de faire de tels miracles à mon corps", a déclaré un des hommes interrogés dans l’étude.

Pendant que certaines de ces inquiétudes peuvent être valables, Ochieng' – qui a subi lui-même une vasectomie – veut que ces mythes soient dissipés. "Ce n’est ni vrai que la vasectomie fait qu’un homme perd sa pulsion sexuelle, ni que l’homme devienne impuissant. Un homme qui a subi la vasectomie s’acquitte de ses devoirs sexuels normalement, seulement que la femme ne peut pas tomber enceinte, c’est pourquoi c’est une méthode efficace de contrôle des naissances".

Nécessité d’une approche plus large

Des autorités disent qu’une stratégie sur la santé communautaire, lancée il y a trois ans, offre une approche globale pour résoudre toutes les questions de la santé, y compris le planning familial, expliquant bien clairement la participation des hommes.

"Suivant cette stratégie, des agents de santé et d’extension communautaires ont été sur le terrain, parlant à tout le monde, y compris les hommes, du planning familial. Ils sont en train de sensibiliser sur différentes méthodes pour les hommes et les femmes et par conséquent, les hommes devraient montrer de l’intérêt pour le planning familial", a expliqué à IPS, Josephine Kibaru, directrice du département de la santé familiale au ministère de la Santé publique et de l’Assainissement.

Plusieurs institutions de la santé de la reproduction ont conçu d’autres façons d’atteindre les hommes pour assurer une implication accrue dans le planning familial. Par exemple, le centre de santé Marie Stopes à Kisumu est en train de cibler des hommes et de jeunes garçons pendant leurs moments de distraction préférés. Le centre a commencé par organiser des compétions de football, de barques et de bicyclettes, au cours desquelles des responsables profitent de l’opportunité pour disséminer des informations sur le planning familial.

"Il y a des progrès. Nous commençons par voir des hommes participer aux débats sur le planning familial. Ils posent des questions, et même certains ont commencé par visiter le centre pour plus d’informations", a déclaré George Yogar, un directeur adjoint du centre.

Un programme de planning familial au Zimbabwe a été cité comme une histoire de succès pour avoir organisé une campagne pour atteindre les hommes, exploitant les canaux de communication qui leur faisaient appel. Le projet de 1993 à 1994 a utilisé une combinaison des programmes de la radio et de la télévision, des matériels imprimés et des évènements communautaires tels que les contes et des évènements sportifs pour encourager les couples à s’embarquer sur des méthodes de contrôle des naissances à long terme. Ainsi, cette campagne a réussi à promouvoir la participation des hommes à la prise de décisions sur le planning familial. (FIN/2009)

 

 

 

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