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DROITS-SENEGAL
Les éducateurs agressent sexuellement leurs élèves
Koffigan E. Adigbli

DAKAR, 21 juil (IPS) - Les enseignants sont responsables de 20 pour cent des cas d’agressions sexuelles sur les 46 cas de viols recensés cette année sur des filles élèves, et 96 pour cent des victimes sont des adolescentes vivant dans des banlieues de Dakar, la capitale sénégalaise, selon une étude de la Direction de l’enseignement moyen secondaire général au Sénégal.

Engagés pour donner une bonne instruction aux élèves, certains enseignants violent ou engrossent les filles sans être inquiétés par les parents de la victime ou par la justice, indique l’étude.

Dr Jean Charles Moreau, professeur et chef du service de clinique gynécologique et obstétricale à l’hôpital Le Dantec de Dakar, révèle, après une étude prospective entre janvier 2005 et avril 2009, que le profil épidémiologique des victimes des agressions sexuelles est celui d’une adolescente âgée en moyenne de 14 ans et que l’agresseur est souvent d’une trentaine d’années vivant dans l’entourage de la victime.

Quelque «96,5 pour cent des filles violées vivent dans les banlieues de Dakar et 70 pour cent des agresseurs appartiennent à l’entourage de la victime. Le contact génito-génital (rapport sexuel) représente 67,3 pour cent des cas d’agressions sexuelles et 94,6 pour cent des cas de viols se font sans protection», explique-t-il à IPS.

Sur le plan clinique, Moreau indique également que 70,9 pour cent des patientes présentent des signes de traumatisme génital récent et 54,5 pour cent des filles agressées sexuellement ont des lésions hyménales. «Au cours du suivi de 55 patientes élèves admises suite à des viols, trois grossesses sont survenues et 9,1 pour cent des victimes ont pu bénéficier d’une assistance psychologique», souligne-t-il.

Marie Siby, chargée des questions du genre au ministère de l’Education, reconnaît que c’est un phénomène très répandu dans le système éducatif sénégalais. «La violence sexuelle à l’école est réelle, malheureusement on ne s’est pas encore mobilisé pour venir à bout de ce phénomène», déplore-t-elle à IPS.

Pourtant, les conséquences de ces agressions sexuelles ont un impact direct sur la scolarisation des filles, car si elles ne tombent pas enceintes, elles risquent d’être contaminées par le VIH/SIDA. «Je suis persuadée que certaines contre-performances des filles à l’école sont liées à cette violence. Lorsque les enfants subissent des violences à l’école, le problème de démotivation survient. Les filles s’absentent et quittent définitivement l’école», déclare-t-elle.

Pour l'année 2008, l’étude de la Direction de l'enseignement moyen secondaire place Kolda (région sud du Sénégal) en tête des agressions sexuelles contre les filles à l’école. En 2008, quelque 100 cas de grossesses non désirées ont été enregistrés dans les écoles à Kolda. A Dakar, il y a eu 29 cas de grossesses dont huit avortements.

Siby incrimine les croyances socioculturelles, qui sont, selon elle, les causes des agressions sexuelles sur les filles. «Nos croyances n’accordent toujours pas à la femme ses droits. L’école est considérée comme un lieu qui engendre la révolte et la désobéissance chez les filles», explique-t-elle, un peu gênée.

Selon Siby, la fille qui va à l'école au Sénégal est lésée par rapport au garçon, parce que la femme, dans la culture locale, est considérée comme un être inférieur, qui doit tout subir et tout accepter sans broncher. Ensuite, ajoute-t-elle, le rôle de l’islam n’est pas toujours positif dans l'éducation des filles. Et à tout cela, s'ajoute la dislocation du tissu social.

Mame Bousso Samb Diack, directrice du Forum des éducatrices africaines (FAWE) au Sénégal, une organisation qui lutte pour la scolarisation et le maintien des filles à l’école, estime que la famille et l’école ont un grand rôle à jouer pour prendre à bras le corps le phénomène des agressions sexuelles sur les filles.

Elle a également fustigé l’attitude de certains directeurs d’école qui sont prompts à jouer au médiateur entre l’enseignant et la famille de la victime. «Il faut responsabiliser les chefs d’établissements et les inspecteurs d’académie pour la prise en charge des cas d’agressions sexuelles», insiste-t-elle.

«La première fois que mon professeur des sciences de la vie et de la terre m’a violé, c’était le 12 février 2009, il m’avait donné ses effets en me disant de lui amener ça à la maison. Quand je suis arrivée chez lui, il est aussi apparu et a sauté sur moi. Après, il m’a menacée en me demandant de ne rien dire», déclare Aïda en pleurs, une élève de 15 ans au lycée des Parcelles assainies, une banlieue de Dakar.

Néné, 16 ans, une élève au lycée de Ziguinchor, dans le sud du Sénégal, explique aussi que les cas de viols sont plus fréquents à l’intérieur du Sénégal qu’à Dakar, mais que souvent les parents interviennent pour noyer l’affaire.

«Vous savez, le plus souvent, on a honte de dire ça aux parents. On a aussi peur des professeurs et des représailles. Moi aussi, j’ai été violée. Pour mettre fin à ça, j’ai changé d’établissement, c’est pourquoi j’ai préféré venir à Dakar pour fréquenter, mais Dakar, c’est pire», explique-t-elle, un peu agacée.

Jeannette 17 ans, une élève au lycée Blaise Diagne à Dakar, reconnaît qu’il y a des professeurs vicieux, mais ajoute que ce sont les jeunes filles qui les provoquent le plus souvent. «Les filles font tout pour avoir de bonnes notes, on appelle cela les notes sexuellement transmissibles. On les connaît dans notre établissement. Le plus souvent, elles viennent en retard aux heures du professeur qu’elles lorgnent, elles portent des choses pour provoquer les professeurs», affirme-t-elle à IPS.

Un professeur de français dans un lycée de Dakar, qui a requis l’anonymat, déclare à IPS que le problème de viol sur les filles est très complexe. Selon lui, la responsabilité est partagée.

«Je ne défends pas les collègues, mais nos élèves filles nous provoquent. Elles donnent des sobriquets à chaque professeur; elles vont parfois jusqu’à écrire des lettres d’amour aux professeurs. L’autre part de responsabilité revient à l’Etat qui engage les jeunes professeurs qui ne sont pas psychologiquement formés. Lorsqu’ils voient les jeunes filles, le contact entre eux se fait rapidement et bonjour les dégâts», explique-t-il à IPS.

La question d’abus sexuel sur les filles à l’école, estime Aliou Niang, un père de famille, est liée à une bonne éducation. «Moi, mes filles ne me cachent rien. Lorsqu’un garçon écrit une lettre à une de mes filles, elles me la montrent. C’est pour vous dire que je discute avec elles sur tous les sujets sans tabou, et elles savent ce que je veux», dit-il à IPS.

Pour sa part, Samba Faye, un conseiller au ministère de la Justice, a reconnu l’absence totale, dans le Code pénal sénégalais, des aspects juridiques relatifs aux agressions sexuelles. Le code devrait, selon lui, apporter une réponse judiciaire au traitement des auteurs d’agressions sexuelles, de même que des mesures d’assistance matérielle, médicale et psychologique au profit des victimes. (FIN/2009)

 

 

 

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