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AFRIQUE
L’agriculture biologique pourrait être une solution à l’insécurité alimentaire
Stephanie Nieuwoudt

LE CAP , 22 juil (IPS) - Les fermiers commerciaux échouent parfois dans l’agriculture biologique parce qu’ils décrochent très rapidement, enfouissant tous les produits chimiques, ce qui est aussi traumatisant pour le sol "qu’un toxicomane arrêtant la drogue d’un seul coup".

Voici comment Cornelius Ootshuizen, le directeur de l’équipe de gestion de l’Institut Biofarm d’Afrique du Sud, explique pourquoi il existe des histoires de succès de l’agriculture biologique, relativement peu nombreuses, en Afrique du Sud. L’Institut Biofarm d’Afrique du Sud fait la promotion d’une agriculture naturelle et biologique durable et rentable.

"L’échec survient lorsqu’un fermier, qui utilise des produits chimiques sur un champ depuis longtemps, tourne soudainement vers 100 pour cent d’agriculture biologique. Si vous avez 1.000 hectares de terre, vous ne pouvez pas commencer une agriculture biologique de monoculture sur toute la terre. L’on doit d’abord cultiver naturellement avec des produits chimiques non nuisibles.

"Si vous enlevez brusquement tous les produits chimiques sur la terre qui a été chimiquement cultivée, elle est confrontée au traumatisme. C’est comme un toxicomane qui arrête brusquement la drogue".

Le sol doit être préparé – les micro et macro minéraux doivent être équilibrés; le système écologique doit être rétabli (il doit exister une forte activité des insectes et des vers dans le sol); et l’érosion du sol doit être maîtrisée de diverses façons. Avec l’agriculture naturelle, des produits chimiques non nuisibles sont utilisés alors que l’agriculture biologique ne permet l’utilisation d’aucune sorte de produits chimiques.

Cela constitue l’un des problèmes qui ont besoin d’être réglés si des agriculteurs sud-africains doivent entamer l’agriculture biologique qui est non seulement lucrative, mais règlera également l’éternel problème de la sécurité alimentaire du continent africain.

Le marché international pour les produits agricoles biologiques s’élève à 50 milliards de dollars par an, mais le potentiel de l’Afrique dans ce domaine est encore largement inexploité.

L’agriculture biologique peut être la solution aux problèmes de la sécurité alimentaire du continent. En juin, l’organisation d’aide, Oxfam, a prévenu que l’Afrique subsaharienne connaîtra d’importantes pertes de maïs atteignant deux milliards de dollars chaque année en raison des conditions climatiques changeantes.

La région est prédisposée à une pénurie d’eau, aux catastrophes naturelles et à la sécheresse. Des experts avertissent que les ressources rares de l’Afrique doivent être exploitées prudemment afin d’assurer la sécurité alimentaire.

Selon Raymond Auerbach, un célèbre défenseur de l’agriculture biologique en Afrique, une étude faite par un nombre d’organisations montre que l’agriculture biologique peut doubler ou tripler la production dans le monde en développement. Elle réduit l’utilisation de l’énergie solaire de 33 à 56 pour cent; elle utilise l’eau jusqu’à 40 pour cent plus efficacement et les aliments biologiquement produits ont des niveaux plus élevés de nutriments essentiels.

Auerbach est le directeur de la Fondation Rainman Landcare, basée en Afrique du Sud. L’organisation apprend aux producteurs à cultiver d’une manière écologiquement saine et à faire une utilisation optimale des rares ressources en eau de l’Afrique. Elle aide également les fermiers à s’organiser dans des groupes efficaces et à développer des marchés.

Un rapport de 2008 du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a montré que dans 114 projets, dans 24 pays africains, les rendements des cultures ont plus que doublé lorsque des méthodes d’agriculture biologique ont été utilisées.

Toutefois, l’ignorance et la résistance à l’agriculture biologique ainsi que la domination financière des entreprises de semences et de l’engrais avec des relations politiques solides constituent quelques-unes des raisons pour lesquelles les marchés des produits biologiques n’ont pas été totalement développés.

Auerbach a confié à IPS que les agriculteurs de produits biologiques sud-africains sont confrontés à beaucoup d’obstacles. "Premièrement, il y a localement peu de recherches pour les guider. Deuxièmement, le gouvernement n’assistera pas souvent les agriculteurs sauf s’ils utilisent des engrais et des poisons. Et, troisièmement, l’obtention de 'produits biologiques' certifiés est difficile et coûteuse.

"La résistance à l’agriculture biologique est alimentée par deux facteurs – les droits acquis et l’ignorance professionnelle. Des entreprises soutiennent les méthodes qui permettent de vendre leurs produits. Mais à qui profitent les produits biologiques? Pas les firmes, mais les fermiers et leurs clients, ainsi que l’environnement", a-t-il affirmé.

"Au plan professionnel, il a été dit à ceux qui ont été formés dans nos écoles professionnelles et universités (sud-africaines) que les engrais, les poisons et les semences GE (génétiquement modifiées] sont scientifiques et progressistes, alors que les 'veilles' méthodes ne sont pas scientifiques".

Pourtant, le revenu potentiel issu de l’agriculture biologique est énorme. Selon Auerbach, les agriculteurs des produits biologiques en Ouganda génèrent annuellement 22 millions de dollars de recettes d’exportations. Ils fournissent également des vivres aux communautés locales.

Oosthuizen a ajouté que les fermiers commerciaux sont motivés par la recherche du profit, et que la quantité leur est par conséquent plus importante que la qualité. "Les agriculteurs doivent montrer un profit et ils utiliseront les semences et l’engrais qui leur permettent d’atteindre cet objectif – même si le produit résultant est faible en valeur nutritive".

Les semences génétiquement modifiées assurent des rendements importants des cultures, et les pesticides ainsi que les herbicides sont pulvérisés en grandes quantités sur les cultures. Les entreprises multinationales de semences et de pesticides, qui développent ces produits, ont souvent des relations avec des responsables du gouvernement. Ainsi, ils assurent qu’ils ont le premier accès aux marchés.

"L’engrais, par exemple, est un sous-produit de l’industrie pétrochimique. Des milliards de dollars ont été investis dans ces industries. Les agriculteurs de cultures biologiques n’achètent pas chez ces multinationales. Alors, il y aura bien sûr la résistance des multinationales à l’agriculture biologique", a expliqué Oosthuizen.

Selon Auerbach, "la sécurité alimentaire réside au cœur du mouvement biologique. En général, les grandes organisations de l’agro-industrie sont moins intéressées par la sécurité alimentaire que par la vente de leurs produits.

"Même certaines organisations d’aide opérant en Afrique se glorifient que l’essentiel de l’argent qu’ils investissent dans le développement revient aux Etats-Unis sous la forme de paiement aux experts techniques américains et pour la fourniture de technologies et de produits".

Pour Oosthuizen, la réponse à l’insécurité alimentaire réside dans le retour de l’agriculture au niveau local en Afrique. "Chaque village devrait avoir ses propres champs, son propre moulin et sa propre boulangerie pour nourrir sa population. Lorsque les populations locales sont nourries, alors l’on peut regarder vers des marchés plus larges.

"C’est là où les gouvernements pourraient jouer un rôle important. Les stratégies de marketing devraient être centralisées et coordonnées. Par exemple: un gouvernement pourrait nommer 20 petits agriculteurs dans une certaine zone pour fournir conjointement cinq tonnes de maïs à un client spécifique".

L’autonomisation des femmes paysannes peut être réalisée lorsque ce modèle est suivi. En Afrique, les femmes forment l’épine dorsale de l’économie agricole. Les avantages potentiels pour les femmes sont évidents si les gouvernements appliquent un principe de l’égalité de genre dans l’attribution des projets.

A travers l’Afrique du Sud, les femmes urbaines et rurales pauvres luttent toujours contre la faim avec des jardins communautaires. Les produits agricoles qui en résultent non seulement les nourrissent avec leurs familles, mais l’excédent alimentaire est également vendu dans les marchés locaux, générant un revenu pour les femmes qui sont souvent les seules pourvoyeuses dans les familles élargies.

Dans les zones rurales, les femmes peuvent bénéficier de l’agriculture biologique de deux façons, affirme Auerbach. "Elles peuvent utiliser les intrants qu’elles trouvent autour de la ferme, alors, elles ne sont pas obligées de voyager loin pour acheter des intrants chers. Elles sont aussi celles qui utilisent la nourriture pour leurs enfants; donc, dans la production et dans la consommation, personne ne sera exposé aux poisons". (FIN/2009)

 

 

 

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