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RD CONGO
L’exploitation anarchique des ressources détruit l’environnement
Emmanuel Chaco

LUBUMBASHI et KANANGA, 28 juil (IPS) - La société civile ne cesse de dénoncer la destruction de l’environnement dans les provinces du Katanga et du Kasaï occidental en République démocratique du Congo (RDC), ainsi que la croissance de la pauvreté dans ces provinces pourtant très riches en ressources naturelles.

Plus de 200 organisations non gouvernementales (ONG) congolaises membres du Réseau ressources naturelles (RRN) affirment, dans un mémorandum envoyé au cabinet du Premier ministre de la RDC, au début de ce mois, que «Les forêts du Kasaï occidental subissent des incursions, des activités illégales, la déforestation, la dégradation et l’exploitation incontrôlée des ressources qu’elles abritent, notamment minières, fauniques, forestières».

Pourtant, au même moment, le Bureau national ozone (BNO) du ministère congolais de l’Environnement, Conservation de la Nature et du Tourisme, sensibilise la population de ce pays de grandes forêts d’Afrique centrale sur l’importance de la protection de l’environnement.

Et pendant ce temps, il existe un «projet de décret en examen au cabinet du Premier ministre, proposé par le ministre de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme qui tend à spolier des forêts et des terres des communautés locales en les mettant sous le contrôle» de ce ministre. Et c’est le même ministre qui «qui assiste impuissant à la destruction de l’environnement par une exploitation anarchique des forêts et des mines dans ces deux provinces», affirme à IPS, Alphonse Longango, avocat et coordonnateur du RRN.

Plusieurs députés de ces deux provinces, à l’instar de Mulongo Ndala Beula 1er, estiment que «la destruction de environnement et de l’écologie dans le Katanga et dans le Kasaï occidental ainsi que la croissance de la pauvreté sont les résultats d’une prospection mal dirigée, des études de faisabilité obtenues sans respect des procédures, une exploitation qui ne tient pas compte des droits de la population et du respect des règles relatives à un environnement sain».

Pour Mulongo qui est également un chef coutumier, «le gouvernement de Kinshasa, qui est le seul à délivrer toutes les autorisations d’exploitation, apparaît comme l’acteur principal de cette destruction de l’environnement et de cet appauvrissement croissant de la population par le fait des concessions octroyées sans contrôle et par le silence qu’il affiche».

Mulongo estime que «les exploitants ne peuvent pas être directement pris pour premiers responsables. Et la campagne de sensibilisation initiée par le BNO est un saupoudrage puisque le BNO est un service de l’Etat qui porte toute la responsabilité de cette exploitation anarchique des mines, des terres rurales, des eaux et des forêts».

Ce point de vue est soutenu par Ignace Kitangu, directeur de la 'Mining Company Katanga', exploitant minier à Lubumbashi, à Kolwezi, à Likasi et à Dikilushi, dans la province du Katanga, dans le sud-est de la RDC. Kitangu affirme que «les entreprises extractives ne peuvent assumer la responsabilité de la destruction de l’environnement parce qu’elles n’en sont pas responsables et parce qu’elles obtiennent en bonne et due forme des autorisations d’exploitation dont... l’Etat peut contrôler la bonne exécution».

Mais pour 'Green Peace', une organisation internationale de défense et de protection de la nature, qui travaille en RDC, aussi bien les activités artisanales qu’industrielles participent à la dégradation de l’environnement dans l’exploitation des ressources naturelles dans les zones concernées.

René Ngongo, qui est un de hauts cadres de 'Green Peace' en RDC, souligne que la destruction de la forêt, la spoliation de la couverture végétale et la dévastation des sols» dans ces deux provinces «sont des dégâts collatéraux observés au quotidien à cause notamment de l’anarchie qui règne dans l’activité d’exploitation industrielle et artisanale du diamant, de l’or, des forêts et des eaux, y compris en milieux ruraux».

Ngongo estime, par ailleurs, que «ces effets néfastes sur l’environnement ont une conséquence directe sur la pauvreté de la population».

Un document de stratégie de développement environnemental et touristique, élaboré par José Endindo Bononge, ministre de l’Environnement, Conservation de la nature et du Tourisme, «reconnaît une forte destruction environnementale et écologique suite à une exploitation non contrôlée des forêts et d’autres ressources naturelles». Dans ce document, dont copie est parvenue à IPS, le ministre entend «mettre en place une agence de l’environnement afin de faire le suivi de la gestion durable des forêts, de collecter et de produire des données cartographiques et statistiques sur les ressources forestières».

Mais, pour Valéry Mukasa Mwanabute, conseiller juridique du ministre des Mines, «on ne saurait pas croire qu’une simple mise en œuvre de cette agence résoudrait les problèmes environnementaux tant que les ministères ayant en charge les affaires foncières, la conservation de la nature, l’environnement et les mines n’élaboreront pas un document de politiques communes, puisqu’il s’agit des domaines intimement liés».

Mukasa a déclaré à IPS qu’une «protection environnementale efficace ne peut passer que par la mise en œuvre effective d’un cadre de concertation entre ces ministères, qui a été proposé à l’issue des états généraux des mines, tenus à Kinshasa en mars 2008 et dont le projet d’arrêté interministériel n’est toujours pas signé».

Conscient de tous ces dangers qui guettent à la fois la population et son environnement, le Forum social congolais (FSC) a organisé, en juin dernier, une grande sensibilisation à Lubumbashi, la capitale provinciale du Katanga, sous le thème: «Nos ressources naturelles : Notre droit, notre dignité; un autre Congo est possible».

A cette occasion, plus de 3.000 personnes représentants des ONG, associations, syndicats, travailleurs, confessions religieuses, mouvements des jeunes, députés provinciaux et nationaux, ont lancé un appel aux exploitants miniers et forestiers, leur demandant de «respecter les droits des populations à un environnement sain». (FIN/2009)

 

 

 

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