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COMMERCE-SENEGAL
Les tisserands concurrencés par les tissus asiatiques
Koffigan E. Adigbli

DAKAR, 7 août (IPS) - Les tisserands de Dakar, au Sénégal, peinent à écouler leurs produits après un travail qui peut durer plusieurs heures ou parfois deux jours selon les motifs et le format du pagne tissé. La difficulté provient de la concurrence des textiles importés des pays d’Asie, notamment de Chine.

Le bénéfice par pagne tissé, selon les tisserands, varie de 2.000 à 3.000 francs CFA (environ 4,3 à 6,5 dollars), mais la cherté des intrants et la conjoncture économique difficile plombent le secteur du pagne tissé. Pour freiner cette concurrence, les tisserands de Dakar se sont regroupés en coopératives.

Selon Victor Sagna, gérant des Ateliers de la communauté manjak à Dakar (quartier Fann), un groupe ethnique originaire du sud du Sénégal, la coopérative compte plus de cent membres.

«Notre coopérative compte sept membres qui travaillent à plein temps, 14 tisserands et leurs apprentis et des vendeuses qui sont plus nombreux. Outre le tissage de pagne, nous confectionnons aussi des sacs, des cartables, des porte-monnaie, des porte-documents et des chaussures», explique Sagna à IPS. «Nous ne vendons plus de pagne comme avant; à peine arrivons-nous à vendre deux à trois pagnes par semaine».

«La concurrence des tissus asiatiques ne nous favorise pas la tâche, mais ce qui nous dérange le plus aussi, c’est le manque de financement et la cherté des intrants. Une bobine de coton coûte 7.500 FCFA (environ 16 dollars) et celle de la soie coûte 10.000 FCFA (environ 21,7 dollars)», se plaint-il. «On a débuté cette coopérative avec nos fonds propres. Après la cotisation de chaque membre, on avoisinait les 200.000 FCFA (environ 434,7 dollars)».

En dehors des coopératives, certains tisserands travaillent pour leur propre compte. C’est le cas de Dione Corréa que IPS a rencontré à Médina, un quartier de Dakar. Il manie avec habileté la navette contenant la bobine de fils de coton. Il est aidé par un assistant et des apprentis. «J’ai débuté ce métier en 1984. Ce travail nourrissait son homme et la clientèle, qui est essentiellement féminine, s’est raréfiée», déclare-t-il à IPS.

«Jusqu’à un passé récent, je vendais trois à cinq pagnes par semaine, et l’unité coûtait 25.000 à 30.000 FCFA (entre 54 et 65 dollars). Les crédits nous étaient aussi accordés avec des bénéfices raisonnables, mais actuellement, personne ne veut nous financer», déplore Batho Dasylva, un autre tisserand indépendant.

Cheikh Diaw, chef de la division financement au Partenariat pour la mobilisation de l'épargne et du crédit au Sénégal (PAMECA), une structure de crédit pour des petites et moyennes entreprises, à Dakar, affirme que les micro-finances ne refusent jamais de financer les projets de ces entreprises, mais qu’elles rechignent à appuyer certains lorsqu’ils ne sont pas en règle.

«Certains tisserands veulent de financement, or ils n’ont pas de compte chez nous. Ce n’est pas possible. Et puis, on ne finance pas ainsi les gens, on fait de petites enquêtes pour voir si l’entreprise fonctionne normalement», explique-t-il à IPS.

Diaw révèle que sa structure a déjà financé la coopérative 'Jappo tisserands' de aux Parcelles assainies, un quartier de la banlieue dakaroise.

Jerôme Dem, le responsable des ateliers de cette coopérative a confirmé à IPS avoir reçu en 2006 un financement de 450.000 FCFA (environ 978 dollars). «On avait un compte à PAMECA, après on a demandé un financement qui nous a été accordé», indique-t-il.

Dem a aussi fustigé la concurrence des tissus chinois, qui fait que les pagnes tissés n’ont plus de valeur. «Les femmes préfèrent maintenant payer les tissus chinois que d’acheter nos pagnes tissés. Ce qui fait que nos pagnes s’accumulent chez nous en attendant de potentiels acheteurs», dit-il.

Lee Yan, un commerçant chinois à Dakar, qui a voulu s’exprimer sur la question de la concurrence affirme que les Chinois ne sont pas responsables de la mévente des pagnes tissés. Selon lui, les responsables sont d’abord les Sénégalais eux-mêmes. «Les Sénégalais travaillent avec les Chinois. Certains aident ces Chinois à vendre les tissus ou les friperies et d'autres viennent chercher des tissus asiatiques chez les Chinois pour les revendre encore aux Sénégalais et à moindre coût», explique-t-il à IPS.

Yan ajoute que le coton du Sénégal est exporté, ce qui fait que les Sénégalais n’ont même plus de fils pour tisser. «Ensuite, ce sont les Sénégalais qui nous disent de faire tel pantalon, telle jupe, et nous commandons cela. S’ils le faisaient aussi avec leurs tisserands, il n’y aurait pas de concurrence».

Interrogée sur la ruée vers les commerçants chinois, Ndela Diagne, une cliente de 30 ans environ répond que c’est parce que leurs produits coûtent moins chers. «C’est ce qui nous arrange. On habille bien nos enfants et à moindre coût. Parfois, tu peux tomber sur des habits neufs qui, une fois lavés et repassés, n’ont rien à envier aux grandes marques», déclare-t-elle à IPS.

Isiane Faye, une étudiante en sociologie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), affirme qu’au début, il y avait beaucoup de contrefaçons, mais actuellement, il y a un léger mieux dans les marchandises chinoises. «Je viens acheter des habits ici et après, je les revends à des amies de l’UCAD, et le plus souvent, j’ai un bénéfice», souligne-t-elle.

Cependant, Anta Niang, une autre étudiante de l’UCAD, ne partage pas cette opinion. Pour elle, il faut plutôt valoriser les pagnes traditionnels. «Les pagnes tissés de chez nous ont de valeur, surtout lors des cérémonies. Une femme sénégalaise doit avoir des pagnes tissés, nous ne sommes pas des Chinoises», explique-t-elle, un peu agacée. (FIN/2009)

 

 

 

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