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SANTE-CONGO
Préparer les enfants à vivre avec le SIDA
Arsène Séverin

BRAZZAVILLE, 11 août (IPS) - Angélique Moubi, 40 ans, s’empressait samedi dernier de rejoindre «l’Ecole des parents», une séance d’éducation des tuteurs des enfants vivant avec le VIH/SIDA à Brazzaville, la capitale congolaise. «Je ne jure que par cette école qui m’a permis de reprendre en main le traitement de mon enfant», a-t-elle confié à IPS.

Dénommées «Ecole des parents», ces séances sont organisées au Plateau des 15ans, un quartier de Brazzaville, par Serment universel, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Brazzaville. «Il s’agit en fait d’un suivi psychologique des enfants vivant avec le SIDA afin de les inciter à accepter cette difficile épreuve des médicaments», a expliqué à IPS, Julien Makaya, président de l’ONG, qui suit actuellement 200 enfants au Congo.

«Ma fille de neuf ans ne voulait plus prendre les médicaments, je la menaçais, la frappais et lui disais qu’elle allait mourir si elle ne suivait pas son traitement. Et elle a connu un échec thérapeutique à cause de mon manque de savoir-faire», a ajouté Moubi.

Bernadette Oyoulé, 60 ans, témoigne aussi à IPS : "Au départ, mon petit-fils de 11 ans ne voulait pas prendre les médicaments, il disait qu'il ne boirait pas parce que ses frères n'en prenaient pas. Il fallait le forcer à boire une dose. J'ai peiné. Mais depuis que je viens à Serment universel, vraiment l'enfant prend tranquillement ses médicaments, et il a pris du poids, il a maintenant très bonne mine". De son côté, le psychologue Parfait Richard Bitsindou, agent du Centre de traitement ambulatoire (CTA) de Brazzaville, reçoit tous les derniers samedis du mois, des enfants malades pour les préparer à vivre avec le SIDA. «Je leur apprends des choses à partir des dessins. Les enfants discutent entre eux jusqu’à dire ce que je veux entendre : fatigué de prendre les médicaments ou ne pas savoir pourquoi les prendre», a-t-il indiqué à IPS.

Selon les médecins et plusieurs parents, les enfants non suivis au plan psychologique, résistent à la prise des médicaments. Leur traitement n’est pas régulier et les parents sont angoissés.

«Nous avons reçu une fille de 13 ans qui agressait ses parents dès qu'on lui tendait les médicaments», a affirmé Fleur Makosso, la chef de projet «Dépistage précoce et prise en charge des enfants vivant avec le VIH/SIDA» à Serment universel. Ce projet est financé cette année par Sidaction, une ONG basée en France.

«Avant, je ne voulais pas prendre ces médicaments tous les jours. Mes parents ne me disaient rien, mais grâce à Tonton Parfait, j’ai compris pourquoi, et je prends mes médicaments pour ne pas faire le SIDA», a témoigné à IPS, Benjamin, un des enfants suivis par Bitsindou.

Ce psychologue - que les enfants appellent «Tonton Parfait» - a lancé cette stratégie en 2006 avec l’aide du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). «Lorsque j’ai commencé, personne ne me croyait. C’était trop risquer de dire aux enfants qu’ils avaient le SIDA. Mais aujourd’hui, on me donne raison», a déclaré Bitsindou qui suit actuellement 145 enfants, tous identifiés au CTA.

«Nous avons réalisé que c’était une bonne expérience, et nous soutenons ce travail qui se fait ici même au bureau de l’UNICEF», a dit à IPS, Martin Inana, administrateur de programme SIDA à l’UNICEF Brazzaville.

Le travail se fait au bureau de l'UNICEF qui apporte un appui logistique. "J'avais préféré un endroit loin de l'hôpital pour égayer les enfants", a expliqué Bitsindou.

Selon l’UNICEF et le gouvernement congolais, plus de 17.000 enfants de zéro à 18 ans sont infectés par le VIH/SIDA dans ce pays d’Afrique centrale.

«Mais nombreux ont besoin d’un suivi psychologique. Ici, depuis 2007, nous avons suivi 645 enfants et 200 parents. Cela ne représente que 25 pour cent de ceux qui sont dans le besoin», a souligné Inana, ajoutant que si cette expérience est validée par des experts internationaux, elle serait étendue dans tout le pays.

Le psychologue Bitsindou prépare les enfants à l’annonce de leur statut, pour qu’ils prennent sans relâche ces médicaments. «Les enfants sont répartis en trois groupes: les plus petits de six à neuf ans qu’on encourage juste à prendre les médicaments; ceux de 10 à 12 ans qu’on prépare à l’annonce; et ceux de 13 ans et plus qui connaissent leur sérologie», a-t-il expliqué. Les adolescents aident, par des causeries, les plus jeunes à prendre les médicaments sans résister, a-t-il indiqué.

En 2007, Bitsindou a aidé ces enfants à créer un groupe de partage, le Club des adolescents plus (CAP+), regroupant tous les enfants séropositifs du pays. En 2008, les plus grands ont créé le Club d’observance, regroupant 20 enfants qui servent de conseils à d’autres. Tous les enfants du deuxième club connaissaient leur statut.

«Il n’y a plus, chez nous, des enfants qui résistent à la prise de médicaments. Maintenant, c’est eux-mêmes qui vont les chercher à l’heure indiquée. Les plus petits dérangent leurs parents pour ne pas manquer la prise», a affirmé Bitsindou.

«C’est une très bonne expérience pour nous, le Conseil national de lutte contre le SIDA (CNLS), et nous appuyons Serment universel pour faire plus», a déclaré à IPS, Dr Franck Fortuné Mboussou, conseiller technique au CNLS à Brazzaville.

Pour Makaya de l’ONG Serment universel, l’Etat doit faire plus. «Le gouvernement n’a rien prévu pour prendre ces enfants en charge. Si on veut protéger les 95 pour cent des Congolais qui ne sont pas encore malades, il faut suivre normalement ces enfants», a-t-il dit.

«Il n’y a pas encore un plan ou une stratégie nationale pour le suivi psychologique des enfants vivant avec le SIDA», déplore Bitsindou.

Mais, le gouvernement vient d’intégrer, dans son programme de lutte contre le SIDA 2009-2013, la pédiatrie du SIDA où le suivi psychologique a une place importante. Ce programme a été validé et financé par le Fonds mondial contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme.

Le taux de prévalence du SIDA au Congo-Brazzaville est 4,2 pour cent, selon une statistique officielle. (FIN/2009)

 

 

 

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