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La leçon du Brésil au monde: investir dans l’agriculture familiale
Mario Osava s’entretient avec KANAYO F. NWANZE, président du FIDA

NOVA RUSSAS, Brésil, 11 août (IPS) - Kanayo F. Nwanze a choisi le Brésil pour sa première visite officielle en tant que président récemment élu du Fonds international de développement agricole (FIDA), et était très heureux de témoigner personnellement de l’engagement dans l’agriculture familiale du président Luiz Inácio Lula da Silva.

Rencontrant également les représentants du gouvernement à Brasilia, Nwanze, un ressortissant nigérian, a pu en apprendre personnellement sur les vies des agriculteurs ruraux pauvres et être témoin des changements que deux projets, appuyés par le FIDA, sont en train d’être d’apporter dans le Nordest, la région semi-aride, la plus pauvre du Brésil.

La politique de coopération agricole que le Brésil a commencé par mettre en œuvre, notamment avec des nations africaines, est également d’un grand intérêt pour le FIDA, une agence spécialisée des Nations Unies consacrée à l’éradication de la pauvreté et la faim dans les zones rurales des pays en développement.

Nwanze a accordé un entretien à IPS au cours d’une visite à une communauté d’agriculteurs familiaux à Nova Russas, une municipalité rurale pauvre d’une population de 30.000 habitants, dans le nord-est de l’Etat de Ceará.

IPS: Qu’est-ce que le FIDA attend du Brésil par rapport au transfert de technologie et de connaissances à l’Afrique?

Kanayo Nwanze: D’abord, considérons l’essentiel de l’environnement que nous examinons: tant au Brésil qu’en Afrique subsaharienne, l’agriculture familiale à petite échelle est l’investissement le plus crucial que vous pouvez faire, celui qui est sûr de vous donner des bénéfices.

Tout investissement dans l’agriculture à petite échelle est deux à quatre fois plus efficace pour sortir les gens de la pauvreté. Maintenant, au Brésil, vous considérez environ 70 pour cent de fermiers. Dans la plupart des pays d’Afrique, environ 80 pour cent des fermiers sont de petits agriculteurs. A une moyenne de cinq personnes par ménage, cela fait environ 400 millions de personnes. Cela dépasse la moitié de la population de l’Afrique subsaharienne, et elle produit 80 pour cent des vivres.

Le succès que nous avons vu ici, la capacité [des agriculteurs] à s’organiser, la structure sociale qu’ils ont mise en place, toute la valeur de l’approche de la chaîne, de la production jusqu’aux marchés, tout ceci est facile à reproduire dans le contexte africain.

Des Sud-Africains sont venus au Brésil en novembre l’année dernière. En juillet, des Brésiliens sont allés en Afrique du Sud. Le rôle du FIDA est de faciliter l’échange de connaissances qui ont été accumulées ici et peuvent être transférées ailleurs.

J’espère que les gouvernements africains voient l’importance de l’engagement au niveau le plus élevé du leadership, et l’exemple que le président Lula est en train de démontrer. Il nous l’a dit personnellement, il y a quelques jours, lorsque nous avons visité Brasilia avec lui: l’investissement dans les gens et dans l’agriculture à petite échelle, est le filet de sécurité le plus durable à l’ordre social.

IPS: Que pouvez-vous dire du concept brésilien de l’agriculture familiale? Avez-vous adopté ce concept au FIDA?

KN: Ce n’est pas un concept, c’est une pratique. Vous l’appelez agriculture familiale au Brésil, nous l’appelons petite agriculture, agriculture à petite échelle.

IPS: Mais le fait qu’au Brésil nous l’appelons agriculture familiale et non agriculture à petite échelle lui donne un sentiment de communauté.

KN: Mais vous voyez, c’est la même chose. Lorsque vous regardez les petits agriculteurs en Afrique, il y a tant de fois qu’il existe des champs qui sont adjacents. Et vous voyez qu’il y a une forte possibilité de succès, parce que ce ne sont pas seulement des agriculteurs individuels.

Vous avez des efforts communautaires, et l’intégration des valeurs familiales dans tout le processus de l’agriculture. C’est là où nous avons l’agriculture comme une affaire, comme une profession qui génère la richesse économique, pas seulement comme une source de vivres pour la famille.

IPS: Quelles leçons pensez-vous qu’on peut tirer de cette crise économique mondiale pour la sécurité alimentaire?

KN: La première leçon, et j’espère que le monde a pris conscience de ce fait, est que vous ne pouvez pas désinvestir dans l’agriculture. A cause de ce qui s’est passé en 2007 avec les prix des produits alimentaires grimpant, vous avez eu des émeutes à travers le monde, de l’Egypte en Haïti. C’était une conséquence du désinvestissement dans l’agriculture, de la part de la communauté internationale et des gouvernements nationaux.

Le pourcentage de l’aide publique au développement (APD) pour l’agriculture est passé de 20 pour cent en 1980 à moins de cinq pour cent en 2007. L’aide des gouvernements nationaux est passée d’environ 14 pour cent à moins de quatre pour cent. Et les prix du pétrole, les prix de l’engrais ont augmenté. Les paysans n’avaient aucun accès aux intrants, et les intrants sont chers. Alors, vous avez la crise.

L’agriculture revient à la une de l’actualité, et c’est une démonstration claire que l’agriculture constitue l’épine dorsale de la croissance économique de toute nation.

IPS: Alors, la priorité devrait-elle être l’agriculture à petite échelle ou l’agriculture en général?

KN: Les deux. Dans les communautés où de petits fermiers, des agriculteurs familiaux, constituent la majorité des fermes, vous devez investir en eux. Vous devez leur créer des opportunités, des liens avec des centres privés. Comme vous le faites pour les agriculteurs commerciaux, vous devez le faire pour le petit agriculteur.

L’investissement dans l’agriculture n’est pas quelque chose que vous pouvez arrêter et partir, parce qu’elle se poursuit. L’arbre ne cesse pas de pousser en hiver. Il continue par se développer comme il le fait en été. Alors, nous ne pouvons pas cesser d’investir dans l’agriculture parce que les prix des denrées alimentaires sont bas et nous pensons que nous n’avons pas besoin de produire davantage de vivres.

Je crois que le monde est maintenant conscient que là où vous avez l’insécurité alimentaire, elle peut entraîner l’insécurité internationale.

IPS: Quel est le rôle des négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC)? Un accord devrait-il être trouvé? La suppression des subventions serait-elle bonne pour les pays pauvres?

KN: Bien sûr, ils doivent parvenir à la conclusion, au redressement de cette question, parce que sans des échanges commerciaux équitables, sans l’enlèvement de ces barrières artificielles au commerce... Vous constatez qu’il est dit à la plupart des pays en développement de ne pas subventionner leurs agriculteurs, mais nous savons combien est alors dépensé dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour subventionner les fermiers.

Alors, pourquoi cette dichotomie? La subvention est bonne pour l’Europe; elle est bonne pour l’Afrique, elle est bonne pour le Brésil. Mais nous parlons de subventions rapides. C’est là où se trouve le succès. Comme dans le cas du Malawi et la production du maïs: des subventions rapides donnant aux agriculteurs l’accès aux nouvelles technologies, permettant de les diriger vers des marchés. Peu importe le nom que vous lui donnez. C’est une stimulation pour la croissance économique.

Je ne pense pas que ce soit loyal pour les gens de mettre des barrières artificielles dans une région et dans une autre région du monde... ne pas les mettre. Donc, nous examinons réellement la situation où l’OMC doit venir à la conclusion pour des échanges commerciaux équitables et des affaires loyales.

IPS: Y a-t-il un conflit entre les biocarburants et l’alimentation?

KN: Depuis combien d’années le Brésil produit-il des biocarburants? Vingt-cinq ans?

IPS: Trente ans.

KN: Trente ans. Est-ce un conflit? Non. Il n’y a rien par sa nature qui puisse être considéré comme mauvais. C’est la façon dont c’est fait. Lorsque vous prenez des terres agricoles et des cultures vivrières agricoles, le maïs par exemple, et vous le mettez dans le biocarburant, vous réduisez l’accès au grain. Cela provoque une hausse artificielle des prix. Lorsque vous prenez des terres agricoles dans des pays pauvres et vous les utilisez pour produire le biocarburant, ils seront au dehors là-bas quémandant la nourriture et vivant de l’aide alimentaire.

Mais lorsqu’un pays comme le Brésil prend des terres qui ne sont pas des terres agricoles et y cultive la canne à sucre, le prix du sucre n’est pas affecté et il est économiquement viable, alors, bien sûr, l’on doit l’examiner selon le contexte. Si l’Europe décide d’augmenter sa production de biocarburant de dix pour cent, et vous savez que pour produire un litre de biocarburant, il faut dix fois plus d’eau qu’avec un litre de combustible fossile, alors la question que vous devez vous posez est: est-ce économiquement viable?

Alors, dire que le biocarburant est mauvais... je pense que l’on doit considérer le contexte dans lequel l’on est en train d’investir dans les biocarburants.

IPS: L’agriculture familiale au Brésil incorpore de plus en plus ce que nous appelons pratiques agro-écologiques. Que pensez-vous de ce type d’agriculture?

KN: Mais qu’est-ce l’agro-écologie? Fondamentalement, lorsque vous parlez de l’agro-écologie au Brésil, vous parlez de l’agriculture biologique, n’utilisant pas de pesticides chimiques ou d’insecticides chimiques. Dans une communauté où le prix des engrais chimiques ou des insecticides chimiques est très élevé, pourquoi devriez-vous utiliser des intrants qui vont coûter de l’argent aux fermiers? Mais, nous devons examiner les arguments dans leur contexte.

Si vous avez la possibilité de produire des aliments biologiques à travers l’agriculture familiale, ici au Brésil ou en Afrique et vous avez les marchés au Nord où il y a des prix de prestige pour vos produits, pourquoi n’encourageriez-vous pas les agriculteurs à continuer par produire de cette façon, s’ils sont en mesure de se nourrir et de générer la richesse économique?

C’est aussi simple que cela: le coût des engrais et des insecticides chimiques est élevé, le coût de l’essence est à la hausse. Pouvez-vous imaginer un camion amener une tonne d’engrais dans ce village, dans cette communauté? Qui peut le payer? Alors, c’est plus efficace pour eux de développer des cultures sans produits chimiques.

Mais certainement dans un pays où moins de deux pour cent de la population sont des agriculteurs, et où vous ne pouvez pas obtenir une main-d’œuvre bon marché, vous aurez besoin d’utiliser d’autres approches agricoles pour produire vos cultures vivrières, car en fin de compte ce n’est pas durable.

IPS: Parlons des cultures génétiquement modifiées.

KN: Je pense qu’il y a une erreur dans l’utilisation de l’expression ‘cultures génétiquement modifiées’. Quand vous transférez des gènes d’une espèce, comme un animal, dans une plante, par exemple, vous parlez de cultures transgéniques. Ça, c’est différent!

N’oubliez pas que la médicine humaine utilise des organismes génétiquement modifies (OGM) pour produire des vaccins depuis des années. Donc votre corps et mon corps ont déjà en eux des OGM pour des raisons de santé.

Dans l’agriculture, il existe des problèmes que les approches traditionnelles n’ont pas pu résoudre. Il y a des zones où vous avez des sécheresses rudes et vous n’êtes pas capables de développer une culture résistant à la sécheresse. La seule possibilité est d’utiliser des transgéniques: vous avez donc un problème très difficile où la technologie devient le seul outil pour résoudre le problème.

Maintenant, cinq pour cent seulement des terres en Afrique sont irriguées, la plupart d’entre elles sont en Egypte et non en Afrique australe. Les fermiers africains utilisent huit kilogrammes d’engrais par hectare lorsque leurs homologues en Asie utilisent 1,2 kg. Quand ils n’ont pas exploité de simples technologies qui existent déjà, pourquoi devraient-ils cultiver du maïs transgénique?

Donc, je dirai, mettons les bœufs devant la charrue, pas le contraire. Dans les situations où vous avez un problème très difficile et le seul outil est de développer des OGM, d’accord. Mais ce n’est pas la solution à la crise alimentaire. C’est la solution pour des problèmes particuliers: des insectes nuisibles qui sont devenus totalement résistants aux produits chimiques. (FIN/2009)

 

 

 

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