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SENEGAL
Moderniser l’agriculture pour la sécurité alimentaire
Koffigan E. Adigbli

DAKAR, 9 sep (IPS) - Le Sénégal a adopté une stratégie nationale de production agricole locale diversifiée visant à promouvoir les revenus et à relever le défi de l’insécurité alimentaire. Cependant, les méthodes de culture pratiquées dans les quelque 440.000 exploitations du pays sont trop simples requérant une modernisation.

Cette stratégie nationale a été adoptée cette année sous le nom de la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (GOANA 2). A cela, s'ajoute le Programme de développement des marchés agricoles du Sénégal, qui soutient l'agriculture avec 13,5 milliards de francs CFA (environ 29,3 millions de dollars).

Bien que le secteur agricole fasse vivre environ 60 pour cent de la population sénégalaise et représente 18 pour du produit intérieur brut, la plupart des agriculteurs se contentent de cultiver leurs modestes lopins au moyen de simples outils manuels, sans pratiquement aucun engrais ou aide extérieure autre que les précipitations quand elles sont bonnes.

Mamadou Sall, président du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux, explique que les problèmes, qui se posent aux agriculteurs sénégalais, ne datent pas d'hier et touchent à la fois les cultivateurs de produits vivriers et les producteurs de cultures commerciales, en particulier d'arachide.

Sall souligne que la productivité agricole demeure très faible et que la plupart des agriculteurs vivent en dessous du seuil national de pauvreté. «Dans les régions, le sol est érodé ou acidifié. Cette situation a contribué à la paupérisation des populations rurales et à l'insécurité alimentaire dans les régions; et dans tout ceci, l’Etat n’établit que des projets utopiques», déclare-t-il à IPS.

Le rapport de 2008 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) sur le développement humain du Sénégal indique qu’environ 85 pour cent de la population rurale de ce pays d’Afrique de l’ouest vit en dessous du seuil de pauvreté. Ce taux est sensiblement supérieur à la moyenne de 60 pour cent pour l'ensemble de la population sénégalaise.

Abdou Gueye, agronome et agriculteur, pense que bon nombre de projets établis pour développer le secteur de agricole par le gouvernement du président Abdoulaye Wade n'ont toutefois pas eu d'effets dans les campagnes. Pis encore, certaines années ont été marquées par des précipitations insuffisantes.

Ces conditions, selon Gueye, ont contribué à une diminution constante de la production céréalière du pays, qui est passée de plus de 1,2 million de tonnes de millet, de sorgho, de riz et de maïs au cours de la saison agricole 1999-2000, à seulement 650.000 tonnes en 2007-2008.

Miniane Diouf, membre du Forum social sénégalais, soutient que la souveraineté première d’un peuple, c’est sa capacité à se nourrir. Selon lui, la production locale du riz ne couvre que 20 pour cent des besoins annuels. Le pays dépend, à hauteur de 75 pour cent, des importations d’un seul pays (la Thaïlande) dont l’offre risque d’être absorbée par la Chine voisine qui est devenue importatrice de riz.

Pourtant, faisant le bilan de la campagne agricole, le ministre de l’Agriculture et de la Pisciculture, Fatou Gaye Sarr, a affirmé que les perspectives céréalières pour 2008-2009 ont couvert 69 pour cent des besoins des populations, estimés à 2,3 millions de tonnes, contre 38 pour cent l’année précédente. Pour le riz, le taux de couverture des besoins du pays est passé de 19 pour cent à 40 pour cent.

Selon Gaye Sarr, la Goana 1 – adoptée en 2008 - a été une réussite grâce aux efforts de l’Etat dans la subvention des intrants (engrais et semences notamment) et à une forte mobilisation des acteurs du monde rural pour concrétiser la vision et l’appel du chef de l’Etat afin d’atteindre la souveraineté alimentaire.

Pour la campagne agricole 2009-2010, les objectifs de production des principales cultures céréalières sont fixés à 750.000 tonnes pour le riz, un million de tonnes pour le maïs, et 1,5 million de tonnes pour le mil, le sorgho, le blé et le fonio, explique-t-elle à IPS.

Pour sa part, Bineta Coulibaly, directrice générale de la Vivrière, une association locale de femmes, plaide pour le retour à la terre et au «consommer local» pour réussir la sécurité alimentaire au Sénégal. «L’activité de transformation des céréales comme le riz peut présenter des produits prêts à l’emploi».

«Si on arrive au Sénégal à avoir du mil en quantité et en qualité, avec des équipements de production, suivi d’une bonne sensibilisation de la population, on peut arriver à prendre en charge une bonne part du marché du riz», soutient-t-elle.

Cependant, Laye Diop, professeur d’économie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, estime qu’il sera difficile au Sénégal d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, et ne croit pas au redressement économique. Selon lui, le pays est très endetté. «Les entreprises créatrices d’emplois, et susceptibles de développer et de transformer les produits locaux, sont mises en faillite par ce même gouvernement qui veut développer l’agriculture. Ce n’est pas possible», déclare-t-il à IPS.

«Les terres cultivables sont surexploitées. Les paysans ne trouvent même pas de la bonne graine pour semer. L’engrais est pratiquement introuvable. Il n’est pas concevable qu'entre 2002 et 2003, les paysans soient passés d'un rendement moyen de 1,2 tonne à quatre tonnes à l’hectare pour les céréales. Comment peut-on atteindre donc la sécurité alimentaire?», se demande-t-il.

Alioune Ndiaye, père de famille résidant à Dakar-Plateau, affirme que le Sénégal a reculé de plus de dix ans depuis l’avènement du régime Wade en 2000. «Avant, avec le Parti socialiste, on disait que ça n’allait pas, mais on trouvait qu’en même à bien manger, mais avec le gouvernement Wade, on ne vit plus».

«Les Sénégalais souffrent trop, on ne mange plus bien. Tout est cher et après on nous parle de la GOANA, du Plan Réva et autres pour que les Sénégalais mangent à leur faim, c’est faux», dit-il, un peu énervé.

Le ministre conseiller chargé du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), Ibrahima Mbaye, a estimé qu’en remettant l’agriculture et la sécurité alimentaire au cœur des politiques économiques, le Sénégal s’est engagé à ne plus compter sur l’aide internationale pour nourrir ses populations.

«Il faut travailler à la modernisation de notre agriculture, à sa diversification et à la mise en place des conditions optimales pour la commercialisation de nos produits. Ceci à travers un appui au secteur privé agricole en termes de restructuration et de professionnalisation» explique-t-il à IPS.

Mbaye ajoute qu’au niveau national, d'importantes mesures ont déjà été prises pour encourager davantage la production du coton, du sésame, du soja, du tournesol, du riz et d'autres produits alimentaires et d'exportation, de manière à réduire la dépendance de l'économie à l’égard de l’arachide.

«Dans les champs, une production agricole plus variée offrira une plus grande marge de manœuvre aux agriculteurs pour mieux les protéger contre les fluctuations du marché et du climat. Le Sénégal a irrigué 70.000 hectares dans le bassin du fleuve Sénégal. Des projets plus modestes sont en cours d'exécution ailleurs dans le pays, notamment pour la culture du riz», indique-t-il. (FIN/2009)

 

 

 

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