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ANGOLA
Les riches et les pauvres – un pays mais deux mondes à part
Louise Redvers

LUANDA, 18 sep (IPS) - Un chauffeur fait sortir une brillante 4x4 BMW d'un appartement doté d’un portail, transportant un cadre élégamment habillé et ses trois enfants en uniforme dans une nouvelle matinée à Luanda, la capitale de l’Angola.

Quittant son bureau climatisé pour déjeuner, notre cadre paiera 100 dollars pour le déjeuner dans un café en bord de mer et n'hésitera pas à dépenser 300 dollars sur quelques produits alimentaires importés dans une épicerie haut de gamme.

A quelques mètres plus loin, une autre femme est assise au bord d'une rue poussiéreuse, une des nombreuses femmes qui vendent des boîtes de conserve cabossées d'huile de palme et de tomates meurtries. Elles s’assoient sur le sol ou sur des bidons d'eau en plastique renversés, juste à quelques mètres d'un fossé d’ordures en putréfaction.

Consciente du fossé et des colonies de mouches, elle tresse les cheveux d'une autre femme et regarde ses enfants malnutris en train de jouer dans les flaques d'eau troubles à proximité.

Ces deux femmes sont des Angolaises, mais elles ne se rencontreront jamais et ne comprendront vraisemblablement jamais la réalité de l’une ou l'autre.

Depuis la fin des trois décennies de guerre civile de l'Angola en 2002, le pays a connu une croissance économique sans précédent – une augmentation moyenne annuelle du Produit intérieur brut (PIB) de 15 pour cent - grâce aux prix élevés du pétrole et à des milliards de dollars d'investissements étrangers, notamment dans la construction.

Pompant environ 1,8 million de barils de pétrole par jour, l'Angola a dépassé le Nigeria comme le plus grand producteur de pétrole d'Afrique et est devenu le cinquième plus grand exportateur de diamants dans le monde.

Mais pendant que le pays a gagné une reconnaissance internationale pour son économie en expansion rapide, les deux tiers de sa population continuent de vivre avec moins de deux dollars par jour, selon la Banque mondiale.

Le Centre des études et d’investigation scientifique (connu sous son sigle portugais, CEIC), à l'Université catholique de l’Angola, enregistre environ 15 pour cent de chômage, mais constate que plus de la moitié de la population dépend du secteur informel pour générer des revenus, et dans les zones rurales, la plupart restent dépendants de l'agriculture de subsistance.

Pas d’emplois

L’essor du pétrole de l'Angola peut avoir fait entrer des millions de dollars dans les coffres du gouvernement, mais il a créé quelques emplois, et des milliers de sites de construction à travers le pays – des signes que le pays est en train de se reconstruire après plusieurs années de guerre – utilisant essentiellement la main-d’oeuvre importée de Chine et d’autres pays asiatiques. En conséquence, peu d'Angolais ont bénéficié de ces opportunités d'emplois.

Selon Alcides Sakala, porte-parole du principal parti d'opposition de l’Angola, l'UNITA (Union pour l'indépendance totale de l'Angola), l'écart entre les nantis et les démunis continue de s’élargir.

"Ce que nous voyons est une petite minorité de gens qui deviennent plus riches, alors qu'il y a une majorité de gens qui deviennent de plus en plus pauvres", a-t-il confié à IPS.

Le grand fossé entre les riches et les pauvres est manifeste partout, notamment à Luanda, où des mendiants traînent devant les appartements du centre-ville qui imposent des loyers de plus de 25.000 dollars par mois et les victimes de mines terrestres passent leurs journées à aider les gens à garer leurs Véhicules de sport utilitaires (SUV) surdimensionnés, dans l'espoir d’obtenir quelques pièces pour un repas le soir.

Selon l'Indice de développement humain (IDH) des Nations Unies, qui mesure la richesse, l'éducation et l'espérance de vie des citoyens, l'Angola est en train de montrer peu de signes d'une amélioration de la vie de ses populations, malgré ses richesses pétrolières.

Cet indice va de zéro, signifiant qu’il n’y a pas de développement humain, à un, signifiant un développement humain complet.

Au dernier décompte, l'IDH de l'Angola était 0,484, comparativement à 0,670 pour l'Afrique du Sud, 0,664 pour le Botswana, et 0,541 étant la moyenne dans tous les pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).

Alors qu’il y a suffisamment d'argent dans le pays pour construire des hôpitaux privés pour ceux qui peuvent faire face aux coûts des prestations, la plupart des Angolais luttent pour accéder même aux soins de santé de base. Le pays manque de personnel qualifié et d'infrastructures, notamment dans les zones rurales.

Et tandis que des écoles privées amassent des frais astronomiques pour éduquer les enfants de l'élite, un tiers des enfants du pays est en hors du système scolaire. Beaucoup sont maintenus à la maison pour travailler afin de subvenir aux besoins de leurs familles.

Douglas Steinberg, directeur national de 'Save the Children' en Angola, a expliqué: "Il y a un énorme fossé entre les riches et les pauvres ici, et beaucoup de gens ne sont pas vraiment informés de la richesse de l'Angola. Les gens qui vivent dans les zones rurales ou les zones centrales, ne voient pas les plateformes pétrolières en mer, ils ne savent pas simplement la masse d'argent qui est là, ils ne voient pas toutes les nouvelles constructions et les voitures tape-à-l’oeil et les restaurants chers".

"Et je pense que cela fait partie du problème - si les gens ne savent pas que le pays est riche, il leur est plus difficile de tenir le gouvernement responsable de la manière dont il dépense cet argent", a-t-il ajouté.

Dans son Rapport économique de 2008, le CEIC a noté un niveau continu de la pauvreté, ce qui était en contradiction directe avec la richesse croissante du pays.

"Le PIB a quintuplé de 2003 à 2008, de 959 dollars à 4.961 dollars en 2008", a indiqué le rapport. "Mais malgré cela, la grande majorité de la population demeure dans un état permanent de pauvreté, obligée de survivre avec un peu plus de deux dollars par jour".

Un fossé qui s’élargit

La sœur Domingas Loureiro dirige une organisation caritative qui aide les familles pauvres à Cazenga, un quartier populaire de Luanda, un labyrinthe de maisons construites par soi-même sans électricité et peu d’accès à l'eau ou au système d’assainissement.

"Les gens ici se battent littéralement pour survivre et beaucoup d'enfants sont en train d’être forcés à travailler dès le jeune âge. La réalité de la vie et du niveau de misère dans ces quartiers n'est pas quelque chose dont le gouvernement est vraiment informé", a-t-elle expliqué.

Le président de l'Angola, José Eduardo Dos Santos, déclare cependant qu’il est conscient de la pauvreté dans son pays. En mars, au cours d'un discours aux côtés du Pape Benoît XVI, Dos Santos, qui marque 30 ans au pouvoir, a reconnu les "défis énormes" auxquels le pays est confronté pour vaincre la pauvreté et le chômage, et a promis de poursuivre les investissements afin de les régler.

Au cours de la visite de la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, en Angola en août, un journaliste de Washington Post a demandé au ministre des Affaires étrangères, Assunção dos Anjos, d’expliquer comment ce plus grand producteur de pétrole d’Afrique a pu être si bas sur l'IDH.

Le ministre a répondu en disant: "Donnez-nous le temps de résoudre ce problème. Nous avons des mécanismes, nous avons la volonté et nous avons les structures pour pouvoir garantir à nos populations qu'elles peuvent vivre dans des conditions dignes. Malheureusement, la pauvreté ne peut pas être maîtrisée seulement par un coup de baguette magique".

Pour les quelque cinq millions d'Angolais qui vivent dans les bidonvilles autour de Luanda, une baguette magique peut paraître comme leur seul espoir. (FIN/2009)

 

 

 

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