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OUGANDA
Le projet du commerce de carbone chasse des gens de leurs terres
Wambi Michael

KAMPALA, 28 sep (IPS) - Puisque l'attention du monde se tourne de plus en plus vers l'impact du changement climatique, au moins un projet destiné à réduire les émissions mondiales de carbone est accusé de déplacer les personnes indigènes de leurs domiciles en Ouganda.

Dans le cadre des programmes du commerce de carbone, les entreprises, qui dégagent du gaz à effet de serre peuvent, soit réduire leurs émissions ou acheter le droit de continuer à polluer, en payant des projets de réduction des émissions ailleurs.

Les Nations Unies considèrent les marchés de carbone comme un système efficace pour orienter les investissements vers la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Mécanisme de développement propre (MDP), mis en place par le Protocole de Kyoto, autorise deux types de compensations forestières : le reboisement des zones précédemment boisées et le boisement, c'est-à-dire planter de nouveaux arbres là où des forêts n'ont pas existé pendant plus de 50 ans.

Le commerce du carbone est divisé en deux marchés distincts : le marché de la conformité - comme il a été prévu dans le cadre du MDP et du Projet du commerce de l’émission de l'Union européenne, des programmes obligatoires estimés à 32 milliards de dollars l'année dernière - et le marché beaucoup plus petit de compensation volontaire de carbone.

Les compensations volontaires de carbone impliquent les individus, les entreprises et même les gouvernements à payer des projets visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ces projets vont des fermes éoliennes et d'autres sources d'énergie renouvelables, aux efforts pour réduire le méthane libéré à partir des enfouissements de déchets, aux forêts.

Le marché de compensation volontaire de carbone se développe rapidement, mais en Ouganda, la Fondation des forêts absorbant des émissions de dioxyde de carbone (FACE), une organisation néerlandaise impliquée dans le marché de carbone volontaire, a suscité des controverses puisque les populations indigènes dans la région du Mont Elgon ont été déplacées afin d’ouvrir la voie à des projets de plantation d'arbres.

Ce projet, créé par l’Autorité ougandaise de la faune et la FACE, implique la plantation d'arbres dans les limites du Parc national du Mont Elgon.

Le projet a été initié pour compenser les émissions à partir d'une centrale thermique prévue de 600 MW aux Pays-Bas en plantant des arbres sur des milliers d'hectares pour absorber le dioxyde de carbone. Ces crédits devaient ensuite être vendus à GreenSeat, une entreprise néerlandaise de compensation de carbone ayant des clients occidentaux, principalement des compagnies aériennes.

GreenSeat s’est depuis retirée du projet, mais faisait de la publicité des crédits, pas plus tard qu'en 2006, selon Chris Lang, un écologiste et co-auteur d'un rapport sur le projet.

GreenSeat avait calculé qu'il fallait seulement 28 dollars pour planter 66 arbres pour "compenser" les émissions de dioxyde de carbone d'un vol retour de Francfort en Allemagne, à Kampala en Ouganda.

Bien que le projet ait une durée de vie garantie de 99 ans, les communautés indigènes sur la montagne lui sont farouchement opposées.

Moïse Mwanga, président du Groupe de pression des Benets, une organisation qui fait pression en faveur des droits des Benets, a déclaré à IPS, au cours d'une visite dans la région, que les expulsions ont causé des souffrances indescriptibles aux Benets qui vivent maintenant comme des squatters, ayant abandonné leurs terres et autres biens personnels aux gardes forestiers armés de l’Autorité ougandaise de la faune (UWA).

Richard Matanda, directeur de l’UWA au Mont Elgon, a nié que l'expulsion des Benets du Mont Elgon avait affaire au projet de la fondation FACE, mais a admis que leur déplacement est lié au reboisement du parc.

"Ces gens avaient empiété sur les terres forestières, et la région devrait être conservée. Alors, ils ont été déplacés afin de replanter des arbres dans la zone en vue de la conservation de la faune. Et tout ce que nous faisons dans ces zones - même les expulsions - doit être conforme aux principes de la gestion responsable des forêts et aux lois de l'Ouganda", a-t-il affirmé.

Lang a critiqué le Conseil de la direction des forêts (FSC) pour avoir certifié le projet comme étant bien géré. Le FSC est un organe indépendant qui "offre des services - internationalement reconnus - de définition des normes, d’assurance de la marque de commerce et d’accréditation aux entreprises, aux organisations et aux communautés".

En outre, "le label du FSC fournit un lien crédible entre la production et la consommation responsables des produits forestiers - permettant aux consommateurs et aux entreprises de prendre des décisions d'achat qui profitent aux populations - et l'environnement ainsi que la fourniture d’une valeur commerciale en cours", selon son site Internet.

La certification du FSC pour le parc indique que pendant que "l’UWA et la Fondation FACE des Pays-Bas ont conclu un accord pour la gestion d'une partie de restauration de 25.000 hectares" du parc, la "zone de restauration et le reste du parc national sont gérés comme une seule unité de gestion par l’UWA".

Lang a confié à IPS que bien qu'il soit vrai que "le projet de plantation d'arbres est dans une bande autour de la limite du parc national, conformément aux règles du FSC, il n'est pas possible d’établir une certification partielle couvrant seulement la zone de plantation d'arbres. Donc, pour les objectifs du FSC, le certificat de l’UWA et de la FACE couvre tout le parc national".

En réponse, Denis Slieker, directeur général de la Fondation FACE, a reconnu que le FSC n’autorise pas de certification partielle.

Toutefois, il a estimé que "puisque que le parc a reçu le certificat du FSC, il est jugé comme répondant aux principes de développement durable. Cela ne nie pas que dans certaines zones il existe un débat sur le régime foncier, mais le fait que le parc se voie attribuer le certificat du FSC n’indique pas que la gestion du parc traite du régime foncier ou des questions de frontière d'une manière appropriée.

Slieker a ajouté que l'équipe des audits du FSC avait "noté que le personnel de l’UWA a suivi les canaux appropriés (c’est-à-dire, approcher premièrement les structures gouvernementales locales et plus tard les structures politiques) pour amicalement faire face à l'empiètement et à la réinstallation des populations empiétant sur la zone et des Benets indigènes.

"Elle a par ailleurs remarqué que la réinstallation des Benets était une affaire politique qui doit passer par le parlement (ougandais) pour approbation en vue de ne pas déclarer officiellement une partie du parc ou de garantir une portion de terre alternative - et cela était donc hors du mandat de l'UWA".

Slieker a également estimé que "le fait que le projet de l'UWA et de la FACE fasse partie du projet du FSC et soit situé dans le parc, ne rend pas le projet ou son partenaire responsable de ce qui peut ou ne peut pas se produire dans des zones totalement différentes du parc. Il n'y aurait pas d'explication rationnelle pour une telle ligne de pensée".

Une étude récente a noté que la création du parc national en 1993 avait des "effets négatifs sur les moyens de subsistance des populations locales", puisque 72 pour cent des ménages locaux avaient l’habitude de recueillir diverses ressources à partir de la zone avant qu’elle n’ait été déclarée comme un parc, alors que seulement 30 pour cent recueillent des ressources similaires maintenant.

Par ailleurs, 14 pour cent des ménages généraient, auparavant, des revenus à partir de la zone intégrée au parc, contre seulement deux pour cent qui le font maintenant.

La recherche, qui émanait de l'Université norvégienne des sciences de la vie, a montré que des accords avec les populations locales ont amélioré l’accès aux ressources forestières, mais que ces accords n'existent pas dans tous les cas, ce qui avait un effet négatif sur le revenu des ménages et, par conséquent, sur les niveaux de pauvreté.

En 2005, la Haute cour de l’Ouganda avait indiqué que les Benets étaient les autochtones des zones qui sont actuellement intégrées au parc et qu'ils avaient le droit de reprendre ces zones. Cette décision n’est pas encore mise en application.

Avec environ 123 millions de tonnes de crédits de carbone vendus en 2008, le marché volontaire de carbone à travers le monde a presque doublé, de 65 millions de tonnes de crédits vendus en 2007.

Un rapport publié conjointement par des analystes du marché de carbone à 'Ecosystems Marketplace' et 'New Carbon Finance' – toutes deux des organisations d’analyse, basées aux Etats-Unis, du commerce mondial des crédits des émissions - a indiqué que les crédits du commerce volontaire de carbone s’élevaient à 705 millions de dollars, en hausse par rapport aux 331 millions de dollars en 2007

(*La version de cet article initialement diffusée le 9 septembre suggérait que GreenSeat faisait encore la publicité des crédits à partir du projet. Elle ne contenait pas les réponses de Chris Lang et de la fondation FACE). (FIN/2009)

 

 

 

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