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POLITIQUE–COTE D’IVOIRE :
La seule candidate s’engage pour réconcilier une nation divisée
Fulgence Zamblé

ABIDJAN, 5 nov (IPS) - Pendant que la Côte d’Ivoire tergiverse à nouveau pour la tenue de l’élection présidentielle prévue le 29 novembre en vue de sortir de la crise, ce ne sont pas les discours des candidats des partis politiques connus qui attirent la curiosité des observateurs, mais bien ceux de l’unique candidate indépendante Jacqueline Oble.

Professeur titulaire, doyenne de la Faculté de droit de l'Université d'Abidjan-Cocody, ancienne députée et ex-ministre de la Justice, Oble a fait son entrée dans l’histoire de la politique ivoirienne en devenant la première femme à briguer la magistrature suprême dans ce pays d’Afrique de l’ouest en crise depuis sept ans. Elle se présente contre une vingtaine d’autres candidats, tous des hommes.

"Je me suis dit qu’il fallait agir parce que le pays est divisé. Il y a autant de partis que d’Ivoiriens. Des Ivoiriens qui se méfient les uns des autres. Je me suis donc engagée à les réconcilier, car j’estime que pour le faire, il faut quelqu’un qui n’est issu d’aucun parti politique", déclarait-elle la semaine dernière à Yopougon - un quartier populeux d’Abidjan - au cours d’un meeting de mobilisation.

A l’allure masculine avec des cheveux coupés et le visage brillant, Oble brave désormais les chauds rayons du soleil chaque jour pour aller à la quête des militants et des militantes. "Je ne peux pas seulement compter sur les femmes. J’ai foi que de nombreux hommes ont confiance en ma vision des choses", affirme-t-elle à IPS.

"Ma candidature a été suscitée par la conscience nationale qui veut oser le changement pour répondre aux différents maux dont souffrent les populations", explique Oble, évoquant le chômage, la mauvaise gouvernance, l’absence d’un Etat de droit, la démobilisation de la société... "Il faut un nouveau contrat social avec le peuple, basé sur la confiance afin d’améliorer leur quotidien et réduire considérablement la pauvreté", suggère-t-elle.

Sur le terrain, son message semble être bien perçu par les populations qui ne manquent pas de lui affirmer leur soutien. "Le pays a besoin aujourd’hui d’un vent nouveau. En acceptant d’oser, la candidate Oble démontre déjà qu’elle dispose des capacités pour diriger cette nation. Il suffit de lui faire confiance", déclare à IPS, Martial Soro, un éducateur préscolaire dans un établissement public d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

De son côté, Séverin Kouadio, un ingénieur des services agricoles, basé à Abidjan, affirme à IPS : "Son courage m’a impressionné. Face aux poids lourds comme Henri Bédié, Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo, elle n’a pas hésité à se jeter dans l’arène et proposer des idées novatrices. C’est dire que les Ivoiriens peuvent croire en elle".

Comme programme novateur figurant dans le programme de gouvernement de la candidate Oble, Kouadio cite, entre autres, la re-mobilisation de la société civile, la transformation du système éducatif, la modernisation de la justice, l’autonomisation des femmes, le dialogue avec la jeunesse...

Interrogés par IPS, des responsables de formations politiques comme le Parti démocratique de Côte d’ivoire (PDCI, parti d’opposition) et du Front populaire ivoirien (FPI, mouvance présidentielle) ont déclaré qu’ils acceptaient d’avoir en face d’eux une femme rivale dans la course à la présidence comme tous les autres. Il n’était donc pas question de la sous-estimer.

Pour Marie Kodjo, président de la Coordination des femmes de Côte d’Ivoire pour les élections et la reconstruction post-crise (Cofemci-Repc), une organisation non gouvernementale basée à Abidjan, "les femmes surprendront aux élections. Nous mettons en garde les hommes qui tenteront de discréditer la candidate Oble. S’ils ne nous écoutent pas, elle aura nos suffrages".

La menace de Kodjo se base sur une information non encore officielle, mais parue il y a quelques jours dans le quotidien progouvernemental 'Fraternité Matin', faisant état de la présence, sur la liste électorale provisoire, de 50,8 pour cent de femmes contre 49,2 pour cent d’hommes du nombre total d’électeurs.

"Il serait difficile d’avoir des doutes sur ces chiffres dans la mesure où la mobilisation des femmes a été exceptionnelle pendant la période d’identification", indique à IPS, le politologue ivoirien Damien Kouadio. "La certitude que nous avons, c’est que ce sont les femmes qui décideront lors du prochain scrutin. Et si la candidate féminine a de la chance, elle pourrait en profiter", souligne-t-il.

Binta Kéïta, une assistante financière dans une entreprise privée à Abidjan, déclare à IPS : «Pour moi, les hommes en matière politique, nous ont servi des illusions depuis de longues années. Aujourd’hui, choisir une femme serait l’idéal pour connaître sa capacité à conduire un pays. Je pense même que la paix règnera comme c’est le cas actuellement au Liberia».

Séverine Blé, une enseignante du secondaire à Bingerville, près d’Abidjan, ne partage pas cette opinion : «Dans la situation actuelle, il faut laisser les hommes arranger ce qu’ils ont gâté. Oble ne peut pas hériter d’un climat empoisonné pour espérer développer le pays. Certes, sa candidature est à encourager, mais l’environnement n’est pas propice».

La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis plus de sept ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. Après plusieurs mois d’attente, le pays est attendu pour organiser un scrutin présidentiel prévu à la fin de ce mois de novembre.

Cependant, cette date pourrait être de nouveau repoussée, selon les observateurs, à cause du retard enregistré dans l’affichage des listes provisoires des électeurs. En effet, un problème se poserait au sujet de quelque 1,9 million de personnes enrôlées dont le statut reste à déterminer, et que l'on n'a pas encore identifiées dans les différents fichiers électoraux.

Une situation à laquelle il faut ajouter la nouvelle polémique au sein de la classe politique, créée en début de cette semaine, suite à une exigence fiscale présentée aux différents candidats par le Conseil constitutionnel pour la validation de leur candidature. C’est une disposition qui demande aux candidats de produire une attestation confirmant le paiement régulier de leurs impôts. (FIN/2009)

 

 
 

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