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SANTE-KENYA
La prévention du SIDA chez les toxicomanes, un défi
Susan Anyangu

MOMBASA, 8 nov (IPS) - L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) affirme que le Kenya a plus de toxicomanes que tout autre pays d'Afrique de l’est. L'ONUDC estime qu’il existe 100.000 consommateurs de cocaïne, 200.000 consommant des opiacés comme l'héroïne et quatre millions de personnes qui fument du cannabis dans le pays.

Dans la ville côtière de Mombasa, le principal port du Kenya, qui a la plus forte concentration de toxicomanes dans le pays, Masudi Omar de 'Reachout Centre Trust', un centre de traitement de la toxicomanie, déclare qu'il est vital que les programmes de prévention du SIDA atteignent cette population.

"Une recherche effectuée par nos partenaires de l'USAID (Agence des Etats-Unis pour le développement international), en 2005 a révélé que 50 pour cent des consommateurs de drogues injectables, qui ont été dépistés pour le VIH, se sont révélés séropositifs. Le défi ici est de passer des messages de réduction des risques du VIH pour les toxicomanes et les alcooliques ainsi que des conseils à ceux qui sont dépistés séropositifs de solliciter une aide en termes de soins", souligne Omar.

Ces jeunes courent le risque élevé de contracter le VIH pour des raisons multiples. La plus difficile parmi celles-ci, ce sont des rapports sexuels non protégés avec des partenaires multiples - un mélange d'indifférence à l'égard des pratiques sexuelles plus sûres et les exigences du travail du sexe à des fins commerciales, vers lequel beaucoup de toxicomanes se tournent afin de financer leurs habitudes de consommation de la drogue.

Le taux de prévalence du VIH au Kenya est de sept pour cent, selon la plus récente Enquête sur l’indicateur du SIDA du Kenya. On craint que ce taux puisse être plus élevé dans les milieux où les toxicomanes sont concentrés.

Abdul Aziz, qui a pu arrêter d’utiliser la drogue il y a six ans, confirme qu'il est difficile d'amener ce groupe à écouter et à prendre des mesures pour se protéger.

"Je suis un toxicomane en récupération qui a été accro à la drogue pendant 22 ans. Je sais que les toxicomanes sont têtus et dans mon cas, lorsqu’on m’a approché avec des messages de réduction de risque, j'étais têtu. Les toxicomanes résisteront à l'aide et il faut de la patience et du temps pour arriver à les sensibiliser", dit-il.

Une étude réalisée par l'ONUDC révèle que les usagers de drogue à Mombasa partagent généralement des seringues, augmentant considérablement le risque que le VIH passe entre eux. Pis encore, peu d’usagers de drogue semblent conscients que le partage d'aiguilles peut les exposer au VIH.

Peter Macharia, coordonnateur de 'Family Health Option Kenya' (Options de santé familiale – Kenya), affirme que traiter avec les toxicomanes pendant que l’on fait la sensibilisation sur les IST (infections sexuellement transmissibles) exige des compétences spéciales et de la concentration. Il estime que le gouvernement doit créer des centres qui répondront aux besoins spéciaux des toxicomanes, notamment les jeunes.

"Actuellement, (les) organisations, qui s’occupent des toxicomanes et de leurs besoins en santé de la reproduction, sont des organisations non gouvernementales (ONG). Leur portée est modeste, d'où la nécessité pour le gouvernement de s’impliquer. Ce groupe a des besoins uniques".

Omar du 'Reachout Centre' dit que les centres de traitement de la toxicomanie sont rares et leur coût est prohibitif. Actuellement, le Kenya n’a que deux centres de traitement, un à Nairobi et un à Mombasa. Omar déclare que les coûts varient entre 20 et 40 dollars US par jour, ce qui dépasse les capacités de la plupart de ceux qui ont besoin de soins.

Le coût élevé du traitement signifie que bon nombre de ceux qui ont besoin d'aide sont incapables d'y accéder et demeurent dans les rues, accros à la drogue et l'alcool. La plupart des toxicomanes qui viennent au 'Reachout Centre Trust' sont pauvres. Un programme de quatre mois dans le centre vous coûte 132 dollars, mais le centre est incapable d'offrir une gamme complète de soins. Omar dit qu'ils font le dépistage du VIH, mais sont obligés d’orienter les clients vers un centre public pour le traitement.

Pour cette raison, explique Caroline Mutua, une conseillère au 'Reachout Centre', la gestion des cas et le suivi des clients constituent un défi.

"On n'est jamais sûr qu'ils continueront par fréquenter le centre des services de soins. Et s’ils ne cessent pas d’abuser (de la drogue), alors cela devient futile parce qu’ils sont obligés de boire excessivement et de s'engager dans un comportement à risque. Pour qu’ils commencent par récupérer, ils doivent accepter qu'ils ont un problème et cela constitue souvent le défi", explique Mutua.

La majorité des malades qui abusent de stupéfiants initient le traitement du VIH seulement lorsque leur condition s'est détériorée et qu’ils ont besoin de soins médicaux urgents".

"Pour les femmes qui fabriquent de l'alcool illicite, il est difficile de les convaincre de changer leurs activités et d'éviter le commerce du sexe parce que c'est leur seule source de revenus", souligne Mweupe Alfani, un autre volontaire du centre. "Toutefois, nous tentons des interventions à travers lesquelles nous les encourageons à se lancer dans d'autres activités et jusqu’ici, il y a quelque changement important de comportement".

Macharia affirme que les efforts des ONG atteignent seulement environ 10 pour cent de la population, laissant un grand nombre de personnes dans le besoin d'aide. Si ce n’est pas réglé, dit-il, cela portera un grand coup à la lutte contre le VIH/SIDA au Kenya. (FIN/2009)

 

 

 

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