REFUGIES-RD CONGO : Les humanitaires reprennent à zéro au nord Congo Arsène Séverin IMPFONDO, Congo, 19 nov (IPS) - Quelque 25.000 personnes fuyant les violences interethniques à Dongo, une ville de la province de l’Equateur, dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), ont trouvé refuge au Congo voisin.
Les réfugiés sont installés dans trois districts du nord-est du Congo : Impfondo, Dongou et Bétou, où on les trouve disséminés sur 25 sites, selon les autorités du Congo-Brazzaville.
L’afflux quotidien de ces populations sur le sol congolais préoccupe les agences humanitaires, notamment le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) qui regrette «dix ans d’efforts perdus» dans la réinstallation de ces mêmes populations de la RDC dans leur pays d’origine, en décembre 2008.
Ces nouveaux réfugiés arrivent au Congo depuis fin octobre, fuyant des violences communautaires entre les Enyele, une ethnie majoritaire, et les Munzayas, les Ngbanda et les Bobas, ethnies minoritaires du nord-ouest de la RDC. Un insurgé Enyele répondant au pseudonyme de Odjani, à la tête des centaines de jeunes, revendique les étangs de pêche et les terres agricoles qu’exploitent les autres ethnies.
«Mais, cela a pris l’allure d’une rébellion car ils ont tué au moins 50 policiers, et se sont attaqués aux fonctionnaires du gouvernement dans l’Equateur», a affirmé, à IPS, Gérard Amenga Pingisi, un douanier de 43 ans, qui s’est vu amputer le bras gauche, des suites d’une blessure par balle. Il est soigné à l’hôpital 'Le Pionnier' d’Impfondo.
«Le retour de ces réfugiés constitue pour nous une vive préoccupation; c’est dix ans d’efforts perdus dans le rapatriement et leur installation au nord de la RDC. Telle que la situation se présente, c’est parti pour plusieurs années de refuge ici», a déclaré à IPS, Jean Romain Badinga, coordonnateur national de l’Agence d’assistance de rapatriés et réfugiés au Congo (AARREC), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Impfondo.
«Tous nos programmes d’urgence et de prise en charge des réfugiés sont fermés. Nous croyions avoir terminé, mais là, tout est remis à zéro, c’est comme si on avait rien fait», a déploré, pour sa part, Ben Boubacar Diallo, président de la cellule de crise du HCR, mise en place à Impfondo pour gérer ces réfugiés.
Interrogé par IPS, Rufin Mafouta, le chef de bureau de Médecins d’Afrique (MDA), une ONG basée à Brazzaville, se montre plutôt optimiste. «C’est vrai que nous étions déjà en dernière phase, prêts à fermer nos programmes ici, mais nous venons de relancer (les activités). Les réfugiés ne font qu’arriver», a-t-il indiqué.
En effet, en 1999, quelque 50.000 ressortissants de cette région de la RDC avaient traversé la frontière pour fuir le conflit armé opposant les forces gouvernementales aux rebelles du Mouvement pour la libération du Congo de Jean Pierre Bemba. C'est en décembre 2008 que le dernier rapatrié volontaire avait regagné la RDC. Moins d'une année après, ils sont encore des milliers à repasser la frontière.
La cellule de crise du HCR a annoncé lundi à Impfondo que le nombre de réfugiés avait dépassé le cap de 25.000 dont 13.000 sur les sites du district de Bétou. «Mais d’autres arrivent, car la situation n’est pas rassurante, d’après les témoignes que nous avons», a dit Diallo à IPS.
«Nous ne sommes pas assistés depuis notre arrivée ici; on meurt de faim et de froid, et toutes les pluies finissent sur nous. Nous manquons de tout», se plaint Eugène Niayemese, un réfugié responsable du site de Malala, au bord de la rivière Oubangui, un affluent du fleuve Congo servant de frontière naturelle entre les deux Congo.
«Ma fille a accouché le jour où nous avons quitté le village. Elle ne se sent pas bien et son bébé n’a pas été vu par un médecin. J'ai peur pour eux", se lamente, de son côté, une femme réfugiée d’environ 50 ans.
Lors d’une première clinique mobile organisée dimanche dernier dans le site de Mankolo, Dr Samba Ndala, médecin coordonnateur de MDA, et son équipe ont pu examiner 395 personnes souffrant de diverses pathologies. «Nous avons commencé par déparasiter systématiquement les enfants, et nous avons consulté les femmes enceintes, puis les personnes de troisième âge», a-t-il souligné.
Lors d’une mission d’évaluation organisée la semaine dernière par les autorités de Brazzaville et quelques agences de l’ONU, 15 tonnes d’aide ont été remises aux réfugiés. Le HCR, chargé de distribuer ce don composé de moustiquaires, de couvertures, de jerricanes, de casseroles, de nattes, de riz et de sardines, a commencé le partage, le week-end dernier, sous des cris d’insatisfaction des bénéficiaires.
"Une moustiquaire pour huit personnes, c'est quoi ça? Ou une marmite pour trois personnes, c'est de la moquerie", a fustigé une femme d'environ 30 ans. Les autorités de la RDC, confrontées aux problèmes de transport, ont apporté une assistance en argent. Par exemple, pour les 3.000 réfugiés d’Impfondo, des vivres d’une valeur de 10.000 dollars ont été achetés sur place.
«Ce n’est encore rien, mais il faut faire quelque chose pour nos compatriotes qui souffrent ici», a reconnu Raymond Lwamba, premier conseiller à l’ambassade de la RDC à Brazzaville, rappelant que 200 kilogrammes de médicaments avaient aussi été acheminés sur Impfondo.
«Il n’y a pas assez d’aide parce que le Congo ne dispose plus, depuis une année, de stocks d’urgence. Le PAM (Programme alimentaire mondial) n’a plus rien, et l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) doit faire recours à son stock de Pointe-Noire», a expliqué Badinga à IPS.
Les agents humanitaires sur le terrain évoquent de graves problèmes d'acheminement d’aide dans cette région de forêt équatoriale très enclavée. «Dans nos stratégies, nous sollicitons la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo) pour nous aider à faire un pont aérien entre Pointe-Noire et Impfondo, où nous pourrions pré-positionner nos stocks», a indiqué Badinga.
Mais, par rapport aux violences intercommunautaires en RDC, l’armée régulière a repris actuellement la ville de Dongo où les insurgés avaient installé leur base. Au cours d’une visite dans les sites de réfugiés au Congo, le ministre de la RDC chargé de l’Intérieur, Célestin Mbuyu, a même demandé aux réfugiés de Dongou, la ville voisine du Congo-Brazzaville, de rentrer au pays. «La situation est calme à Dongo, il faut maintenant repartir au pays», a-t-il lancé.
"Eux, ils viennent de Kinshasa, ils ne savent pas ce qui se passe à Dongo et environs, comment osent-ils nous demander de rentrer? Nous ne sommes pas pressés, nous observons d'abord", a déclaré à IPS, Mathieu Niamossopo, un réfugié originaire de Imese, en RDC.
Interrogé par IPS sur les conditions de retour de ces réfugiés, le ministre de l’Action humanitaire de la RDC, Martin Botswali, a simplement indiqué que «la mission du gouvernement, c’est d’assurer la sécurité des populations, et c’est ce qui est fait aujourd’hui».
(FIN/2009)
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