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OUGANDA :
"L’expulsion du Mont Elgon nous a réduits en mendiants"*
Wambi Michael

MONT ELGON, Ouganda, 19 nov (IPS) - "Nous avons été réduits à la mendicité auprès des parents et à la migration vers des zones urbaines où la vie est dangereuse. Nous vivions dans la montagne depuis plus de 200 ans. Nous transférer signifie nous enterrer, complètement. Nous voulons rester dans notre zone et nous développer".

Tels sont les propos de Mejje Christopher, un ancien chef de commune qui vit maintenant comme un squatter à Kisitu, à environ 30 kilomètres du district de Kapchorwa, dans l’est de l’Ouganda. Il a du mal à affronter la vie dans les plaines après que ses gens, les Benet, ont été expulsés des terres apparemment destinées au reboisement dans le Parc national du Mont Elgon.

Une controverse a entouré ce projet de reboisement dans le parc, qui est conjointement géré par la Fondation FACE, basée aux Pays-Bas, et l'Autorité de la faune et la flore de l’Ouganda (UWA), et qui a été lancé en vue de générer des crédits de carbone. La Fondation FACE a nié que l'expulsion des Benet soit liée à son projet avec l'UWA.

Il y a plus de 1.000 Benet expulsés vivant dans une installation temporaire à Kisitu. Christopher déplore que, "là où nous sommes maintenant, même le maïs prend beaucoup de temps pour mûrir. La majorité des gens sont analphabètes, notamment les femmes. Faire face aux nouvelles méthodes de culture n'est pas facile.

"Les enfants sont contraints de sarcler des jardins dans d'autres parties de Kapchorwa pour gagner leur vie. Parfois, les femmes risquent d'entrer dans le parc la nuit pour chercher du bois de chauffage et du bambou", révèle-t-il. "Même les vaches que nous avons l’habitude de faire paître dans les montagnes n’y sont pas autorisées. Certaines sont mortes. Nous n'avions pas d’hôpitaux, mais nous nous débrouillions pour survivre en raison du temps frais".

Christopher maintient catégoriquement que les Benet peuvent contribuer à la conservation. "Nous pouvons le faire. Après tout, nous, les autochtones, avons des connaissances indigènes qui, lorsqu'elles sont intégrées aux connaissances modernes, peuvent protéger la montagne, nous sommes sûrs".

Moses Kiptala, le trésorier du groupe de pression des Benet, est critique pour les types d'arbres qui sont en train d’être plantés. "Ils parlent de la protection de la montagne et des zones de captage d'eau, mais nous savons que dans cette montagne, il y a des arbres qui poussent mieux tout en préservant les zones de captage d'eau. Certains des arbres qu'ils sont en train de planter ici n'ont traditionnellement pas poussé ici".

Selon lui, l'expulsion "nous affecte sérieusement parce qu'il n'y a pas de nourriture et les gens ne sont pas autorisés à chercher du bois de chauffage, du bambou et des plantes médicinales pour traiter des maladies. Les écoles ont été détruites. Les gens ont été déclarés sans terre; ils ne peuvent pas retourner à leur terre natale.

"Lorsque nous avons été expulsés l'année dernière, certains d'entre nous ont décidé d'aller vivre dans des brousses et des grottes, et d’autres sont allés vivre chez des parents. La situation n'est pas bonne. Nous n'avons pas été autorisés à fuir avec nos biens. Nos maisons et cultures ont été rasées. Nous avons survécu avec l'aide des organisations non gouvernementales, mais elles ont depuis arrêté l'assistance".

Les parents se plaignent que leurs enfants ne puissent pas aller à l'école. Ils ont improvisé une structure temporaire dont le toit est en tôle. Elle n'a pas de bancs et ne peut accueillir que les élèves des classes inférieures du primaire. Les enfants des classes supérieures du primaire sont obligés de déménager ou d’abandonner.

Mary Yeko, une mère de sept enfants, déclare à IPS que ses enfants ne peuvent plus aller à l'école parce qu’ils doivent parcourir une longue distance pour se rendre au chef-lieu du district. S'exprimant par le biais d'un interprète, Yeko indique qu'elle et son mari ne peuvent pas payer les bonnes écoles dans la région parce qu'elles ne sont pas publiques.

Elle et ses enfants sont fréquemment victimes de paludisme et d’autres maladies dont ils n’ont pas souffert auparavant. "Quand vous allez là où nous étions (sur Mont Elgon), l'air est frais, nous avions de l'eau, nous avions des plantes médicinales qui peuvent soigner plusieurs maladies qui ne peuvent pas être traitées par le muzungu (le Blanc).

"Maintenant, nous ne pouvons pas aller chercher le médicament là-haut parce que les gardes ne nous permettront pas de franchir la limite du parc", se plaint-elle.

Selon Serapio Rukundo, le ministre d'Etat ougandais du Tourisme, il y a eu quelques exemples de ce qu'il appelle "mauvaise administration", mais, dans l’ensemble, les communautés bénéficient de la plantation d'arbres parce que l'UWA mène des projets de préservation qui impliquent la rémunération de certains membres des communautés.

Richard Matanda, un gardien de l’UWA au Parc du Mont Elgon, insiste que la plantation d'arbres a profité aux communautés. "Des gens ont trouvé du travail, des uniformes et des bottes en caoutchouc. L'idée est que la grande partie de la main-d'œuvre devrait provenir des zones proches des limites du parc".

Selon lui, les communautés expulsées du parc devraient obtenir un pourcentage d'argent réalisé à partir de la plantation d'arbres.

Mais Timothy Byakola, un militant aux Initiatives sur le climat et le développement de l’Ouganda, rétorque qu’il y a beaucoup d'hostilité entre les communautés et les gardes du parc de l’UWA. "Les emplois qu'ils promettent aux gens ne paient pas assez. Nous avons parlé à quelques-unes des personnes qui ont dit qu'elles apportent une main-d’œuvre presque gratuite.

"Les gens se plaignent que le projet ait emporté le peu dont disposaient les communautés locales. Par exemple, les femmes ne peuvent pas chercher du bois de chauffage pour la cuisine".

Byakola croit "qu’aucun crédit de carbone" n’a été vendu à partir du projet du Mont Elgon, parce que les gens détruisent les arbres avant leur maturité en signe de protestation pour avoir été expulsés. "A cause de l'hostilité, les gens franchissent clandestinement les limites du parc la nuit et déracinent les jeunes arbres nouvellement plantés", affirme-t-il.

Entre janvier et juillet 2009, trois membres du personnel forestier national - Richard Kalemera, Alfred Ezati et Emmanuel Assiimwe - auraient été assassinés par des gens qui avaient été expulsés des réserves forestières. Dans un autre cas, un homme, une femme enceinte et leur fils de trois ans - ont été brûlés à cendre à Buikwe, dans le centre de l'Ouganda. *****

+ OUGANDA: Le projet du commerce de carbone chasse des gens de leurs terres http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5505

*C’est la deuxième partie d’une série. Cliquez sur le lien ci-dessus pour lire la première partie. (FIN/2009)

 

 
 

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