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AGRICULTURE-SENEGAL
Les femmes réclament des terres pour cultiver plus
Souleymane Faye

THIENABA, Sénégal, 23 nov (IPS) - A Thiénaba, une communauté rurale située dans l’ouest du Sénégal, "tout le monde est jaloux de ses terres", se désole Louty Sow, présidente d’un groupement de 250 femmes qui n’ont que cinq hectares pour faire du maraîchage.

Les femmes de cette communauté, où l’agriculture est la principale activité, sont notamment confrontées aux difficultés d’accès à la terre, selon Nogaye Sow, secrétaire du groupement 'Fass Jom' (qui signifie 'se débrouiller' en wolof). S’y ajoutent l’absence de formation et de matériel agricole, le manque de semences et d’argent pour financer l’activité agricole...

Mais, Abdou Gning, président de cette communauté rurale, ne partage pas cette opinion. "L’accès à la terre n’est pas un problème à Thiénaba... Le travail des femmes à la terre est présentement limité à Thiénaba comme partout au Sénégal pour les raisons suivantes : une insuffisance de matériel agricole adéquat et un travail pénible qui fait appel à la force et à l’endurance", déclare-t-il à IPS.

Au Sénégal, les associations de femmes ont rarement des parcelles réservées aux activités agricoles, comme c’est le cas à Thiénaba, souligne-t-il.

Le Groupe de recherche et d'études environnementales, une organisation non gouvernementale (ONG) plus connue sous le nom de 'Green-Sénégal', aide les femmes à développer la culture de l’hibiscus, du mil, de l’arachide, de l’anacarde, en plus du maraîchage.

"Si je dispose d’appui de la part de l’Etat ou d’autres partenaires sociaux, je compte organiser des formations pour les femmes dans la transformation des produits, dans les cultures maraîchères, l’élevage, l’entretien des fermes", indique Gning.

"Nous facilitons l’accès des femmes à la terre (à Thiénaba), avec la collaboration des autorités administratives locales. Cela a évolué car en 2008, nous avons pu obtenir des autorités locales l’octroi de cinq hectares aux femmes. C’est un effort qu’il faut encore pousser plus loin..., cela avance beaucoup", affirme Ibrahima Fall de Green-Sénégal qui intervient également dans la promotion des droits de la femme.

Les femmes jouent un rôle important dans l'économie sénégalaise. "Elles constituent 52 pour cent de la population et 60 pour cent d'entre-elles vivent et travaillent dans les zones rurales où elles constituent 68 pour cent de la force de travail", a expliqué à IPS, Macoumba Diouf, conseiller technique au ministère sénégalais en charge de l’agriculture.

En outre, "14 pour cent des ménages ruraux sont dirigés par des femmes. Elles assurent près de 70 pour cent de la production vivrière et sont également responsables de la chaîne alimentaire depuis la production jusqu'à la consommation, en passant par la transformation", ajoute-t-il.

"Seulement 12 pour cent des parcelles des hommes et deux pour cent de celles des femmes utilisent des semences certifiées. Le taux des parcelles cultivées utilisant la fumure organique est respectivement de 16 pour cent pour les hommes et trois pour cent pour les femmes", indique Diouf, citant 'l’Enquête sur les priorités', une étude réalisée en 1998 par le ministère de la Femme.

Au Sénégal, les femmes participent aux activités agricoles, mais plus particulièrement aux travaux de riziculture pluviale, et sont impliquées aussi bien dans les cultures de céréales que dans les cultures de rente. Elles interviennent également dans la production et la commercialisation des légumes et des fruits, souligne Diouf.

Par ailleurs, plus de 90 pour cent des exploitations agricoles sont détenues par des hommes (neuf pour cent appartiennent aux femmes) tandis que les femmes en détiennent un peu plus de 13 pour cent, selon 'l’Enquête sur les priorités'.

"La Loi du domaine national promulguée le 17 Juin 1964 organise le foncier au Sénégal... Il n’existe pas de dispositions spécifiques de cette loi pour les femmes. De manière générale, les textes juridiques du Sénégal reconnaissent les mêmes droits aux hommes et aux femmes", affirme Diouf.

Au Sénégal, "le statut de la femme est l'obstacle majeur à son accès à la terre. En temps qu'épouse, son accès à la terre dépend des disponibilités de son mari en terre de culture. En temps que chef de ménage, elle a droit à une terre de culture comme tous les chefs de ménage hommes, mais selon ses capacités de mise en valeur qui sont souvent sans commune mesure avec celles des hommes", explique à IPS, l’agroéconomiste Ibrahima Sène. "En temps que membre d'un collectif de femmes, son accès à la terre dépend de la capacité de lobbying de son groupement auprès du président du conseil rural".

"Le problème est donc lié au fait que la loi sur le domaine national privilégie l'exploitation agricole familiale et non l'exploitation individuelle des terres. Pour améliorer l'accès des femmes à la terre, il faudrait donc redistribuer les terres pour permettre à l'exploitation agricole familiale de disposer de suffisamment de terre pour vivre décemment", poursuit Sène. Il faut également "permettre l'accès au crédit agricole sur des bases individuelles pour accroître la capacité individuelle de mise en valeur des membres de l'exploitation agricole familiale", ajoute-t-il.

Mariétou Dia, chargée du Programme droits des femmes à l’ONG 'Action Aid', suggère, pour un meilleur accès des femmes à la terre, de "mettre en œuvre des textes juridiques (spécialement) pour les femmes... et d’impliquer les femmes dans les prises de décisions, les politiques agricoles" notamment.

Cette mesure serait salutaire d’autant plus que "les terres attribuées aux femmes par les familles ou les communautés rurales sont généralement de piètre qualité, de petites surfaces souvent éloignées des villages", regrette Diouf.

"L’absence de droits et de sécurité, liée à l’accès à la terre pour les femmes, est un des obstacles les plus sérieux à l'accroissement de la production vivrière et des revenus des femmes rurales", affirme-t-il à IPS.

"Quand les femmes ont accès à la terre, ce sont toujours de petits lopins de terre, sans grande valeur", constate Dia de 'Action Aid' qui intervient dans la promotion de la condition féminine au Sénégal.

Dia préconise de "favoriser les groupes vulnérables - y compris les femmes - et de réserver un quota important aux femmes, car elles sont le soubassement de l'agriculture familiale, et donc de la survie des familles".

En octobre dernier, des femmes venues des zones rurales du Sénégal ont remis aux autorités à Dakar, la capitale, une charte dans laquelle elles réclament au gouvernement "un meilleur accès à la terre et aux moyens de production".

"Nous, femmes rurales du Sénégal, réclamons le droit à l’alimentation à travers un accès équitable à la terre et aux moyens de production, une politique de valorisation des productions agricoles et halieutiques", souligne ce document titré: 'Une Charte de déclaration des femmes rurales du Sénégal". (FIN/2009)

 

 

 

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