SANTE-ZIMBABWE Beaucoup de médicaments, pas de preneurs Vusumuzi Sifile HARARE, 8 déc (IPS) - Martha* sait qu'elle et ses deux jeunes sœurs ont besoin de médicaments. Elle connaît également l’endroit où les obtenir – un centre de santé à quelques mètres de sa maison à Glen Norah, une banlieue à forte densité à Harare, la capitale du Zimbabwe.
Mais elle ne peut pas obtenir ces médicaments anti-rétroviraux (ARV) qui prolongent la vie. A 15 ans, la loi l'empêche de le faire. Elle ne peut accéder à ces médicaments qu’en compagnie d'un adulte.
"Lorsque ma mère est morte en 2007, ma tante avait l’habitude d’aller chercher les médicaments pour nous. Depuis, elle s’est installée en Afrique du Sud, et nos autres parents disent qu'ils sont trop gênés de se voir en train de chercher ces médicaments, que les gens penseront qu'ils sont maintenant malades", a déclaré Martha.
Martha est parmi les quelque 158.798 enfants qui sont infectés par le VIH au Zimbabwe.
Le 24 novembre, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a publié un rapport selon lequel 100 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour au Zimbabwe. La plupart de ces enfants meurent de maladies liées au VIH/SIDA.
"Aujourd'hui et chaque jour au Zimbabwe, 100 enfants de moins de cinq ans meurent de maladies essentiellement évitables", a indiqué Dr Peter Salama, le représentant national de l'UNICEF.
Selon le Conseil national de lutte contre le SIDA (NAC), 39.809 enfants meurent chaque année à cause de malaises liées au SIDA. Les enfants meurent non pas parce qu’il n'y a pas de médicaments. Les médicaments sont là, mais les jeunes ne peuvent pas simplement y accéder.
"Les médicaments sont là, tout est là; le seul défi est de savoir qui (prendra) les enfants pour le traitement anti-rétroviral; parce qu'ils ne peuvent pas aller tous seuls", a expliqué Orirando Manwere, un porte-parole du NAC.
Une étude de 2008 sur les facteurs contribuant au faible intérêt pour les ARV pédiatriques au Zimbabwe, a montré que l'un des défis est que peu de cadres ont été formés dans le domaine, et parmi ceux qui ont été formés, le renouvellement du personnel était très difficile à cause de la faiblesse des salaires. Mais cela ne constituait pas le principal défi auquel les enfants sont confrontés dans l'accès au traitement.
L'obstacle au traitement pour plusieurs enfants vivant avec le VIH au Zimbabwe est qu'ils ne peuvent pas accéder aux ARV tous seuls. La loi les oblige à le faire en compagnie de parents et de tuteurs.
"Le principal défi est la législation; elle n’est pas favorable à tous", a déclaré Bekezela Mapanda, le président d'un comité qui a organisé des commémorations de cette année pour la Journée mondiale de lutte contre le SIDA.
"Il existe le besoin d'une révision du cadre politique pour aborder les questions du VIH et du SIDA chez les enfants. L'Etat devrait s’assurer que ces enfants sont en mesure d'accéder au traitement et à la prévention sans aucun préjudice. La loi devrait être claire sur la façon dont nous traitons les questions de divulgation chez les enfants".
Un projet de rapport des 'Estimations nationales du Zimbabwe sur le VIH et le SIDA en 2009', produit par le ministère de la Santé et de la Protection de l’Enfance, montre que près de 10 pour cent (107.388) des personnes vivant avec le VIH au Zimbabwe sont des enfants de moins de 14 ans.
Le ministère de la Santé et de la Protection de l'Enfance estime, pour 2009, que 35.190 enfants sont dans un besoin urgent du traitement anti-rétroviral (TAR). De ce nombre, seulement moins de la moitié, environ 16.000 enfants, recevaient un TAR à la fin du mois d'août 2009.
L’accès au traitement est un défi pour la plupart de ces enfants qui vivent soit sans adultes dans des foyers dirigés par des enfants ou restent chez des parents.
S'adressant à IPS sous le couvert de l'anonymat, un pharmacien de Harare a indiqué que dans certains cas, les médicaments destinés aux enfants expiraient effectivement à cause du faible intérêt.
"La partie pénible est que pendant que vous avez les médicaments qui expirent même, ils ne sont pas accessibles à beaucoup d’enfants qui en ont besoin. Nous devrions revoir notre cadre juridique relatif à l'accès des enfants au traitement.
"Regardez l'Afrique du Sud; ils sont actuellement en train de débattre pour permettre à toute personne ayant dépassé l'âge de 12 ans d'accéder au traitement. Nous avons aussi besoin de tels débats au Zimbabwe; cela changera certainement la façon dont nous abordons certaines de ces questions", a-t-il dit.
Dans certains cas, les activistes ont recouru à des campagnes de porte-à-porte pour identifier les enfants qui ont besoin du TAR, mais qui ne sont pas sur un traitement. Un groupe de soins à domicile à Seke, une communauté rurale près de Harare, a mené un projet-pilote et a réussi à placer 83 enfants sur le TAR.
En mai 2009, l'UNICEF a collaboré avec le gouvernement dans l'organisation d’une Enquête sur l'indicateur multiple et de surveillance (MIMS). Les résultats de cette enquête indiquent que les enfants étaient plus touchés par la détérioration de la fourniture de services sociaux.
Selon les chiffres, il y a eu une augmentation de 20 pour cent de la mortalité des enfants de moins de cinq ans depuis 1990, l’année de référence pour les Objectifs du millénaire pour le développement. Les enfants des zones rurales, et ceux parmi les plus pauvres, un cinquième de la population, étaient les plus vulnérables.
Le rapport du gouvernement indique également que "le nombre d'enfants vivant avec le VIH et le SIDA atteignait initialement 114.316 en 2003 et a baissé à 107.388 enfants en 2008 et 105.740 en 2009. La tendance à la hausse devrait recommencer en 2014. Cette augmentation pourrait être un reflet de la survie des enfants au cotrimoxazole et au TAR".
Ce projet visait à augmenter le nombre de malades sur le TAR, assurant l'équité selon le sexe, l'âge (chez les jeunes et les enfants) et le handicap. Il a particulièrement cherché à augmenter le nombre d'enfants accédant au TAR en actualisant les directives et les matériels de formation afin de couvrir de manière adéquate la composante pédiatrique.
Selon la directrice nationale de 'Elizabeth Glaser Paediatric AIDS Foundation' (Fondation Elizabeth Glaser contre le SIDA pédiatrique - EGPAF), Agnès Mahomva, l'accès inadéquat au traitement est le résultat de la situation économique difficile qui a prévalu au Zimbabwe au cours de ces quelques dernières années. L’EGPAF est une organisation internationale qui cherche à prévenir l'infection à VIH pédiatrique chez les enfants, et à améliorer leur accès au traitement.
"La crise a provoqué un taux élevé de vacance de personnel (tel que le personnel qualifié comme les conseillers)", a déclaré Mahomva. "Il y a un besoin d’aborder les questions de rétention et de motivation du personnel, notamment le renforcement des cadres de soins de santé communautaires... Il y a une mauvaise identification des enfants exposés et infectés par le VIH".
Mahomva a ajouté qu'il y avait actuellement "des liens faibles entre les centres de santé pour le TAR et la communauté".
"Il y a des services de diagnostic inadéquats pour les enfants de moins de 18 mois. Il est nécessaire d'élargir le diagnostic précoce de l'enfant (EID) et de sensibiliser les communautés sur son importance", a-t-elle expliqué.
Toutefois, le gouvernement a commencé à aller vers l'amélioration de l'intérêt pour le TAR pédiatrique. Une carte de soins des enfants révisée, qui capte le statut sérologique, a été élaborée. Tout enfant qui produit cette carte à un centre de services de santé sera autorisé à accéder au traitement sans un adulte. La carte atteste que l'enfant est séropositif et devrait bénéficier d'un traitement.
En septembre, au cours d'une réunion sur les droits des enfants, le ministre des Services sociaux, Paurina Mpariwa, a déclaré qu'ils travaillaient en vue de revoir le cadre politique sur l'accès des enfants aux services sociaux comme le TAR.
Pour le moment, Martha et ses frères et sœurs continueront à espérer une résolution anticipée des obstacles juridiques à leur accès au TAR.
*Nom d’emprunt
(FIN/2009)
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