CHANGEMENT CLIMATIQUE Les fonds d’adaptation doivent atteindre les femmes agricultrices d’Afrique Mantoe Phakathi* COPENHAGUE, 15 déc (IPS/TerraViva) - L’une des composantes clé de l'action mondiale sur le changement climatique sera des mesures pour s'adapter aux changements qui sont déjà inévitables. 'Global Gender and Climate Alliance' (Alliance mondiale sur le genre et le climat) estime qu'une attention spécifique doit être accordée aux besoins des femmes.
"Avec le changement climatique qui leur enlève leurs moyens de subsistance à cause des conditions météorologiques irrégulières qui les empêchent de cultiver, les femmes doivent trouver un autre moyen de gagner leur vie", a déclaré Rachel Harris, la coordonnatrice des médias pour l’Alliance mondiale sur le genre et le climat (GGCA).
Les femmes constituent la majorité des petits fermiers en Afrique et dans d'autres pays en développement. Par contraste avec les options ouvertes à plusieurs hommes, peu de femmes peuvent répondre à la sécheresse, par exemple, en s’installant dans des villes ou d’autres zones rurales en quête de travail. Les femmes sont souvent obligées par la nécessité de s'occuper des enfants, ou à la mobilité à cause des obstacles sociaux; elles sont aussi fréquemment dépourvues même des économies les plus petites qui leur sont propres ou des actifs à vendre pour affronter les moments difficiles.
Rodney Cooke, le directeur de la division consultative technique du Fonds international de développement agricole (FIDA), a reconnu que les mécanismes de financement antérieurs ont ignoré les femmes agricultrices.
"Nous avons fait des erreurs auparavant", a dit Cooke. "Les femmes représentent 70 pour cent des petits fermiers, notamment en Afrique subsaharienne, mais d’une manière ou d’une autre, les objectifs de financement ont été disproportionnellement dirigés vers les hommes".
L’employeur de Cooke, le FIDA, est l'agence des Nations Unies chargée de soutenir financièrement les moyens de subsistance en milieu rural; l'organisation a été créée en réponse à une crise de sécurité alimentaire dans les années 1970.
Cooke a dit qu'il n'y a pas de directives claires attachées au financement antérieur sur la façon dont les femmes pourraient bénéficier.
L'alliance n'attend pas qu’un accord soit conclu avant de se plaindre que le financement aveugle de genre omet les femmes qui peuvent en avoir besoin le plus. Elle initie plutôt des propositions qui assureront que les femmes sont les agents du changement, capables de créer et d'adopter de nouvelles options agricoles et d’explorer d'autres initiatives entrepreneuriales comme une façon de s'adapter au changement climatique.
Constance Okeletti, une petite fermière venue de l'Ouganda, a indiqué que les femmes ont beaucoup de connaissances utiles pour l'adaptation parce qu'elles travaillent avec l'environnement à travers leur travail de ménage, y compris la recherche de l'eau, la collecte du bois de chauffage et des fruits ainsi que l'agriculture.
"Nous essayons de nous adapter depuis que le changement climatique a commencé à nous affecter. Avec l'argent, nous pouvons faire plus", a-t-elle affirmé.
Okelleti a observé qu’une grande partie de l’aide au développement aux pays africains n’arrive pas chez les femmes au niveau local parce qu’il n'existe pas de dispositions spécifiques sur la quantité de cette aide qui devrait aller vers les pauvres.
"Nous ne savons pas si elle est mangée par les politiciens ou les travailleurs dans les villes", a déclaré Okelleti, qui représente un réseau de 40 associations de petits fermiers en Ouganda.
"Les femmes n’arrivent pas à tenir ceux qui les dirigent responsables parce que nous ne savons même pas combien était destiné à aider les femmes", a-t-elle poursuivi.
"Nous attendons que le texte final de la déclaration souligne le pourcentage du fonds qui est censé aider les projets des femmes afin qu'elles s'adaptent au changement climatique", a confié Okelleti.
La GGCA, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), est parvenue à une Initiative pour des affaires vertes des femmes, visant à promouvoir des opportunités entrepreneuriales des femmes dans le domaine de l'adaptation et de l'atténuation du changement climatique, à essayer de puiser dans le financement pour le changement climatique.
"Par exemple, à travers l'initiative, une association de femmes locales au Rwanda utilise une subvention volontaire de crédit de carbone pour mettre en œuvre un projet de bambou pour générer des revenus et protéger l'environnement", a dit Lucy Wanjiru, responsable de genre, du changement climatique et de la GGCA au PNUD.
Elle a déclaré qu’avec un financement du Mécanisme de développement propre (MDP), le Fonds d'adaptation, et les nouveaux fonds provenant des projets de réduction des émissions résultant de la déforestation et la dégradation (REDD), les femmes pourraient être celles qui accèdent aux fonds pour démarrer des projets écologiquement durables – que ce soit une plantation d’arbres ou la gestion des entreprises de l’écotourisme - et gagner leur vie.
"L'agriculture est le secteur le plus vulnérable au changement climatique", a dit Cooke. "Deux millions de personnes supplémentaires en Afrique subsaharienne vont être touchées par des pénuries d'eau et la majorité d'entre elles sont des femmes".
Si un accord conclu au cours de la Conférence de l’ONU sur le changement climatique doit atteindre ses objectifs, a-t-il souligné, il devra intégrer une perspective basée sur le genre.
*Cet article apparaît en ligne dans le bulletin TerraViva de IPS, 'TerraViva online daily on COP15' http://www.ips.org/TV/copenhagen/, publié quotidiennement pour la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Copenhague.
(FIN/2009)
|
|
|