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SENEGAL
Un plan pour sécuriser le paiement des producteurs d’arachide
Koffigan E. Adigbli

DAKAR, 17 déc (IPS) - Le prix du kilogramme d’arachide pour la campagne de 2009 est fixé du Sénégal à 165 francs CFA (environ 0,37 dollar) dont une subvention de 45 FCFA (0,10 dollar) de l’Etat, selon le ministère de l’Agriculture. L’Etat déclare avoir pris des dispositions pour que les producteurs soient payés après la vente.

Selon le directeur de l’agriculture, Mamadou Diallo, aucune subvention n’est versée cette année aux huileries. Seulement, affirme-t-il à IPS, un plan a été mis en place afin de permettre aux paysans d’être payés au niveau des points de vente.

«Ce n’est pas l’Etat qui a fixé la quantité réservée aux huiliers, mais ce sont les agriculteurs eux-mêmes, avec leur plan de campagne, qui l’ont fixé à 300.000 tonnes pour un montant de plus de deux millions de FCFA (environ 4.650 dollars). Le nombre de points de vente s’élève à 1.519 implantés dans tout le pays», indique-t-il à IPS.

Macoumba Diouf, coordonnateur du Comité de suivi de la campagne agricole et de commercialisation, explique qu’une commission de surveillance a été mise en place pour que la subvention profite aux producteurs bénéficiaires. "La production, cette année, sera un record, avec plus d'un million de tonnes d'arachides", dit-il à IPS.

«En vue de réprimer les pratiques spéculatives et d’éviter ainsi un éventuel détournement de la subvention au détriment des ayants droit, un accent particulier est accordé à la surveillance des activités dans les marchés hebdomadaires ou dans les dépôts... Tous les services de sécurité..., la police, l’armée et la gendarmerie sont invités à s’impliquer dans cette bataille», révèle-t-il à IPS.

Malgré les garanties de l’Etat pour la commercialisation de l’arachide – qui a déjà commencé -, les producteurs se préoccupent encore du système. Ils accusent certains opérateurs privés d’être à l’origine de leur mal vivre.

«Chaque année, on nous affirme qu’on sera payé aussitôt après la vente, mais le plus souvent, certains opérateurs viennent prendre nos produits sans payer. Nous sommes tous malades à cause des bons impayés par les opérateurs qui continuent toujours à se pavaner en toute impunité au su et au vu de l’Etat», déclare, un peu amer Abdou Sow, membre d’un syndicat des paysans.

Pour sa part, Abdoulaye Dieng, un agronome de l’Institut de la terre à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, reste sceptique sur les prévisions de la récolte de l’arachide. La campagne de commercialisation agricole 2009/2010, selon lui, n’a pas bénéficié de suivi technique prévu sur toute l’étendue du territoire.

«La campagne agricole comprend certaines étapes comme l’estimation des pousses et des floraisons, mais aucune structure sur le terrain, administrativement parlant, ne s’est préoccupée des ces étapes de la culture pour faire une appréciation objective. Et le gouvernement annonce une production de plus d’un million de tonnes d’arachides. Ce n’est pas possible», affirme-t-il à IPS.

Si la récolte est estimée à plus d'un million de tonnes, explique Dieng, l'Etat devrait avoir distribué plus de 100.000 tonnes de semences. Selon lui, l'Etat n'aurait distribué que quelque 60.000 tonnes. «Les semences, cette année, ont été aussi de mauvaise qualité», a-t-il indiqué, ajoutant que les «sols sont naturellement pauvres et les engrais pratiquement... insuffisants».

Pour dissiper le doute, la ministre de l’Agriculture, Fatou Gaye Sarr, explique que les autorités ont fait ce qu’ils doivent faire pour les producteurs, en équilibrant un peu le prix de l’arachide pour le rendre attractif pour les paysans.

«Je pense qu’il y a une mutation profonde au niveau du monde rural. Il faut que les gens sachent que les producteurs vont vendre. L’Etat va jouer son rôle de régulation et de contrôle pour veiller à l’application des dispositions acceptées par tous», rassure-t-elle.

Toutefois, la ministre reconnaît que le matériel agricole disponible est en deçà de la demande des producteurs, et annonce l’acquisition prochaine de 1.000 tracteurs, affirmant qu’ils seront répartis équitablement.

Selon le ministre délégué chargé des organisations paysannes, Khadim Gueye, il est hors de question que des opérateurs économiques véreux mettent à l’eau les efforts du gouvernement dans sa politique de commercialisation de l’arachide. Tout opérateur auteur de malversations dans l’achat des arachides, sera sévèrement sanctionné, déclare-t-il.

Christian Samara, le directeur général de la Société de transformation des oléagineux, affirme que si la campagne de commercialisation de l’arachide a connu d’énormes difficultés la saison dernière, c’est dû à un manque de complément de financement. «Peu confiantes dans l’Etat en butte à la crise des dépenses extrabudgétaires, les banques ont rechigné à servir de garantie dans le processus de commercialisation agricole», explique-t-il à IPS.

Selon Samara, une entreprise privée n’est pas capable de financer un programme arachidier de plus d’un million de tonnes. «L’établissement n’a jamais eu les moyens de financer, sur ses fonds propres, une campagne de cette envergure. Il faut l’appui du gouvernement qui permettra à un pool bancaire de nous suivre sur ces opérations-là et de financer», souligne-t-il.

Samara rassure cependant que son entreprise est prête pour financer le démarrage de la campagne. Il affirme qu’elle a déjà commencé à ressembler les sommes nécessaires dans ce sens, indiquant que les livraisons ont démarré lundi et mardi derniers, et ajoutant que les premiers décaissements interviendraient bientôt. «Tous les comptes de nos établissements sont approvisionnés pour pouvoir répondre au payement des premiers camions qui arrivent», dit-il. (FIN/2009)

 

 

 

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