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AGRICULTURE-CONGO
Rafistoler les pistes rurales pour évacuer les productions
Arsène Séverin

NGOUHA II, Congo , 18 déc (IPS) - Pierre Ngoro, Le chef du village de Ngouha II, dans le sud du Congo-Brazzaville, organise un dimanche le travail de réparation de la piste agricole permettant aux véhicules d’accéder au marché agricole de mardi. A Kolila, à deux kilomètres du village, le pont en grumes est cassé, et un grand bourbier empêche les véhicules de passer.

«Si nous ne faisons pas ça nous-mêmes, personne ne viendra à notre aide, et nos produits agricoles vont pourrir. C’est pourquoi tout le village est mobilisé à transporter la pierre, le bois et la terre. C’est une solution efficace», déclare Ngoro à IPS.

Sous l’ambiance des chants, les paysans travaillent toute la journée à traiter le bourbier et réparer le vieux pont, construit il y a une dizaine d’années par une société forestière.

«Là, c’est bien fait! La dernière fois, nous avons été obligés de transporter, sur la tête, les courges, l’arachide, les tarots, les fruits, les légumes, le manioc roui et la chikwangue jusqu’ici, le pont étant cassé», affirme Pierre Mavinda, un agriculteur.

A des dizaines de kilomètres de là, les jeunes de Ndiba, village situé non loin de la gare ferroviaire de Bouansa, dans le sud-ouest, un grand grenier du Congo, ont pris l’initiative de réparer la piste agricole, suite aux multiples plaintes des agriculteurs qui voient pourrir leurs produits aux champs. Munis de pelles, de houes et de pioches, ils traitent les bourbiers, et les crevasses, notamment le passage à la rivière Loua, où le pont n’existe plus depuis quelques années.

Jean Louamba, grand producteur de foufou (farine de manioc), de patates et de maïs à Ndiba, éprouve de difficultés pour transporter ses produits jusqu’à la gare. «Tous les véhicules refusent car la route est très mauvaise. Mon seul espoir, ce sont ces jeunes qui bricolent ici», souligne-t-il à IPS.

«En dehors de la ration que nous donnent les agriculteurs, nous demandons cinq dollars à chaque véhicule qui rentre au village. C’est notre travail, nous devons y trouver notre compte, n’est-ce pas?», s’interroge Armand Mpandzou, un des jeunes, entre deux rigolades.

Mais, dans d’autres localités, la situation est pire, comme celle que vit Gilbert Koumba, un producteur de bananes à la gare ferroviaire de Les Saras. «Voici une semaine que j’attends le train marchandises pour évacuer ces bananes à Pointe-Noire. Il n’y a que le train comme moyen de transport. J’ai peur de tout perdre ici», se lamente-t-il, accroupi devant son stock de bananes mures.

A Kibangou, le pont sur la rivière Niari, construit par l’administration coloniale des années 1950, a été brisé par un grumier, coupant ainsi le bassin agricole de Divenié, du centre de consommation de Dolisie, au sud-ouest.

«Quelle que soit notre volonté, je ne vois pas comment on peut reconstruire ce pont», regrette le député Serge Victor Ignoumba Maliga. Au Congo, les députés construisent également, à la place de l’Etat, des pistes agricoles pour soulager leurs électeurs. Les députés prennent de l’argent dans leur salaire pour mobiliser les paysans pour des travaux d’intérêt public dans un village, ou louer un engin pour réhabiliter une route, mais ces fonds ne leur sont pas remboursés.

Face à la dégradation des pistes agricoles, les paysans sont obligés de prendre les initiatives pour ne pas voir pourrir leurs produits dans les camps ou dans les villages.

«L’enclavement est général au Congo. Il n’y a pas de pistes agricoles vers les grands bassins de production. Et les plaintes sont partout les mêmes», déclare, à IPS, Irène Mboukou-Kimbatsa, responsable de suivi-évaluation du Projet de développement agricole et de réhabilitation des pistes agricoles, financé à 50 pour cent par l’Agence internationale de développement (IDA), qui est une filiale de la Banque mondiale.

Le gouvernement qui apporte les 50 pour cent restants, a décidé, en coopération avec la Banque mondiale et l’IDA, de réaliser, en quatre ans, 1.321 km de pistes agricoles dans l’ensemble du pays. «Ce n’est rien par rapport aux besoins», commente Mboukou-Kimbatsa.

«Le gouvernement n’est pas indifférent car s’il n’y a pas de pistes, il n’y aura pas de production agricole et nous mourrons de faim dans les grandes villes. Même si l’Etat n’achète pas les produits, les privés vont s’intéresser à cette production dès lors qu’il y a des pistes. Mais dans l’état actuel des routes, je ne vois pas qui enverra casser son véhicule», explique Jean Isben Moukouba, coordonnateur des projets de coopération multilatérale au ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, en charge des pistes agricoles.

Par ailleurs, le Projet sur le développement rural (PRODER Sud), financé par le Fonds international de développement agricole (FIDA), compte construire 400 km de pistes agricoles. «Sur les 400 km à réaliser, nous avons déjà étudié la moitié et les appels d’offres pour commencer les travaux ont déjà été lancés. La sélection des pistes à réhabiliter a été faite en tenant compte des bassins agricoles», explique à IPS, Paul Bizibandoki, responsable du PRODER Sud.

«Il ne s’agira pas de construire des kilomètres linéaires. La stratégie du FIDA, c’est traiter les goulots tels que les ponts, les dalots, les bourbiers. Mais là où c’est normal, on ne traitera pas. La priorité du FIDA, c’est permettre à l’agriculteur d’accéder au marché», indique, pour sa part, Dominique Kenga, responsable du PRODER 3.

Toutefois, les travaux n’ont pas encore démarré sur l’ensemble des chantiers, malgré les attentes des agriculteurs. «En 2009, il était prévu qu’on réalise déjà 123 km de pistes. Mais, la procédure des études, des passations de marché et de financement nous a donné du retard», constate Mboukou-Kimbatsa.

«Quel que soit le rythme, réhabiliter les routes est une nécessité pour nous. Par le passé, beaucoup de pistes agricoles ont été construites, mais les paysans ne s’impliquent pas dans l’entretien. Et dès qu’il pleut, rien n’est plus praticable», observe Moukouba. (FIN/2009)

 

 

 

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