KENYA Conflit sur les droits à l’avortement dans la nouvelle constitution Susan Anyangu-Amu NAIROBI, 19 jan (IPS) - Un projet de constitution harmonisé a été maintenant remis à la Commission parlementaire du Kenya. Les dirigeants chrétiens influents préviennent que la question de l'avortement pourrait faire dérailler le processus de révision constitutionnelle.
Ce projet, élaboré par un Comité d’experts (COE), ne contient en réalité aucune référence spécifique à l'avortement, mais le Conseil national des églises (NCCK) et l'Eglise catholique s'insurgent contre une expression indiquant que "toute personne a droit à la vie" sans pouvoir définir là où la vie commence et se termine.
Les dirigeants de l'Eglise sont catégoriques que toute ambiguïté, qui pourrait voir les droits à l'avortement au Kenya élargis, est inacceptable.
Le chanoine Peter Karanja du NCCK a déclaré à IPS: "La vie est sacro-sainte. La définition de la vie doit être stipulée dans la loi suprême du pays, la constitution. La vie doit être définie comme commençant à la conception et se terminant à la mort naturelle".
Lorsque le COE a entendu les observations du public sur le projet en 2009, le clergé et les militants anti-avortement ont contesté le fait que le document ne renforçait pas la loi actuelle du Kenya et proscrivait clairement l'avortement, sauf lorsque la vie de la mère est en danger.
Au cours des audiences en juillet, l'émotion était grande, avec des dirigeants de l'église huant littéralement les discours de l'Alliance pour les droits à la santé de la reproduction (RHRA), avertissant que la légalisation de l'avortement "ferait ou détériorerait" le processus de révision de la constitution.
Le vice-président du comité, Atsango Chesoni a dû intervenir. "Je demande à mes frères et sœurs chrétiens, si vous étiez né femme ou fille et aviez le malheur d'être violée, que voudriez-vous et quels sont les choix que vous aimeriez avoir à votre disposition?"
Actuellement, l'avortement est autorisé au Kenya seulement pour sauver la vie de la mère. Malgré cela, chaque année, un grand nombre de femmes sollicitent de l'aide pour mettre un terme à une grossesse partout où elles peuvent la trouver.
Dr Joachim Osur, un conseiller de IPAS, une organisation des droits à la santé de la reproduction - un membre de la RHRA - estime que les opposants aux droits à l'avortement répandu au Kenya ont leur tête enfouie dans le sable.
"En dépit du fait que l'interruption de grossesse est en train d’être restreinte au Kenya, les avortements provoqués demeurent courants. Au Kenya, ont estime que 300.000 avortements spontanés et provoqués se produisent annuellement, environ 29 avortements pour 100 naissances vivantes", explique Osur.
"Les avortements dangereux contribuent pour une marge importante de 30 pour cent à la mortalité maternelle dans ce pays. On estime que 2.000 femmes meurent annuellement à cause des avortements dangereux".
Nerida Nthamburi, directeur exécutif du Centre du Kenya pour des informations juridiques et la communication, dit que la décision des experts de résister à l'appel pour définir le droit à la vie, conformément aux demandes des églises, est une victoire - du moins pour le moment - pour les droits des femmes.
"Il est louable que le COE ait examiné la question de l'avortement comme étant résoluble. Ne pas prendre une telle position positive pourrait entraîner des restrictions dont les résultats tragiques sont le plus souvent ressentis par les femmes vulnérables, parmi elles les jeunes, les pauvres, celles vivant dans les zones rurales marginalisées", souligne Nthamburi.
"Ayant personnellement été témoin des effets dévastateurs des lois et politiques qui ne parviennent pas à protéger les vies et la santé des femmes, telles que la restrictive loi existante sur l'avortement, le projet aura un impact considérable sur la réduction de la mortalité maternelle au Kenya".
Mais les églises sont furieuses, menaçant de se mobiliser contre le vote du "oui" au cours du référendum final sur la constitution.
"Au cas où le projet harmonisé devrait rester tel qu'il est, sans la définition du moment où commence la vie, nous devrons explorer les options légitimes, comme le prévoit la Loi 2008 sur la révision de la constitution du Kenya, pour demander réparation. Ce qui est clair, c'est que cette question doit être prise au sérieux puisqu’elle occupera certainement le devant de la scène par rapport au référendum", déclare Karanja.
Présenté avec des statistiques sur les décès résultant d'avortements dangereux, le chanoine était catégorique. "Il faut comprendre que la grossesse est le dessein de Dieu, les résultats d'un contact sexuel entre un homme et une femme. Dieu, par conséquent, tient responsables l'homme et la femme de se contrôler et de s'engager dans le sexe en tant que mari et femme. Dans tous les cas, qu'il en résulte une grossesse, ce n'est pas le problème du fœtus. Pourquoi tuer cette vie humaine, innocente sans défense lorsqu'elle est le résultat du comportement des adultes?"
Dans un mémorandum adressé au COE, l’alliance déclare que la façon dont le projet de constitution garantit actuellement un droit à la vie, sans une définition plus approfondie, est conforme à celle adoptée par d'autres Etats et par les principaux instruments internationaux des droits humains.
La RHRA considère les recommandations de l'église comme revenant à imposer le christianisme à tous les citoyens - d'autres communautés religieuses ont largement évité ce débat dans le processus de révision constitutionnelle.
La commission parlementaire passera 21 jours à travailler pour résoudre les "questions controversées" avant qu’un projet ne soit soumis à l'Assemblée nationale pour approbation. Pour intervenir davantage avec force à ce stade du processus, un groupe de pasteurs s’est rendu au tribunal en décembre à la recherche de clarification sur ce qui est officiellement qualifié comme étant une question "controversée".
Le COE a identifié le type de gouvernement (parlementaire, présidentiel ou hybride), la délégation des pouvoirs hors du gouvernement central, et la façon dont une nouvelle constitution devrait entrer en vigueur. Ces questions seront le travail central de la commission parlementaire d'ici à la fin de janvier; les dirigeants des églises veulent que l'avortement, entre autres questions, soit élevé au même niveau.
Pendant que le débat se poursuit depuis le pupitre, dans les médias, et au tribunal, le gynécologue obstétricien de l’Université de Nairobi, Joseph Karanja, offre un rappel opportun.
"Ceux qui plaident pour la restriction de l'avortement dans la constitution sont mal avisés et refusent d'accepter la réalité. Que cela soit mis dans la constitution ou pas, des centaines de femmes continueront de mourir du fait d'avortements dangereux chaque année", déclare le professeur.
"La solution est de s'attaquer d’abord à la source des grossesses non désirées au lieu de dépenser des énergies à discuter sur leur inclusion dans la constitution".
(FIN/2010)
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