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SANTE-RWANDA
Laisser son bébé pour conserver son emploi
Solange Ayanone et Jean F. Dukulizimana*

KIGALI, 5 fév (IPS) - Pour limiter la discrimination à l'encontre des femmes dans le monde du travail, les Rwandaises n'ont plus droit qu'à six semaines, au lieu de douze, de congés payés de maternité. Mais la santé des nourrissons, laissés aux domestiques et privés de l'allaitement maternel préconisé durant six mois, prend un coup.

"Deux semaines après ma reprise de service, mon bébé a eu la diarrhée. Le médecin m’a dit que la mauvaise préparation du lait de vache qu’il prend en mon absence est la cause de sa maladie", confie Honorine, mère d’une fillette de deux mois. Elle et d’autres fonctionnaires s’inquiètent de la santé de leurs bébés quand leur congé payé de maternité se termine.

Depuis la réforme du Code du travail en mai 2009, ce congé a en effet été réduit de 12 à six semaines. La femme qui choisit de ne pas retourner travailler après cette période d’un mois et demi réglementaire, ne touche que 20 pour cent de son salaire les six semaines suivantes.

D’après les parlementaires, majoritairement des femmes, cette réforme vise à protéger les mères. "Les employeurs affirment qu’ils préfèrent embaucher des hommes. Avec cette réforme, nous voulons éviter que la femme soit vulnérable sur le marché du travail", explique la députée Spéciose Mukandutiye, membre de la Commission des affaires sociales au parlement.

Elle ajoute que la maman doit reprendre le service rapidement pour ne pas perdre son emploi : "Nous avons fait attention à ce qu'elle ait le minimum de repos tout en restant en bonne santé, elle et son bébé".

'Les femmes n’ont pas le choix'

Bon nombre de parents ne sont pas du même avis. Françoise, qui allaite son bébé, affirme que les femmes qui reprennent le travail le font à contrecœur pour toucher la totalité de leur salaire, malgré la crainte que la santé de leur enfant ne soit pas bien assurée.

Abdulkarim, père de trois enfants dont un bébé de trois mois, explique : "Le chômage augmente de jour au jour. Les femmes n’ont pas le choix, elles sacrifient leurs enfants pour leur travail. Seules celles qui en ont les moyens peuvent prolonger leur congé".

Les femmes pensent par ailleurs qu'elles ne sont pas suffisamment fortes pour reprendre le service après un mois et demi de repos. Ce qui est contredit par Dr Liliane Rumaya, gynécologue à l’hôpital de Muhima à Kigali, la capitale rwandaise : "Normalement, celle qui a accouché sans complications récupère ses forces entre 45 et 60 jours".

Pour Rumaya, ce congé est donc globalement suffisant. Elle précise cependant que les femmes qui accouchent par césarienne ou qui souffrent de maladies telles que l’hypertension devraient pouvoir prolonger leur congé jusqu’à quatre mois. Quant aux femmes qui exercent des emplois physiques, elles devraient aussi avoir droit à des prolongations, car leur travail nécessite beaucoup de force.

La santé des bébés en danger

De leur côté, pédiatres et nutritionnistes conseillent d’allaiter régulièrement les enfants au moins pendant six mois. Mais beaucoup de celles qui reprennent le travail après six semaines, laissent leurs enfants entre les mains de leurs domestiques avec le biberon ou le lait maternel tiré et conservé.

"Ces enfants ne tarderont pas à souffrir de maladies diarrhéiques et respiratoires dues au biberon mal préparé", s'inquiète Dr Barbara Mukamabano, pédiatre à la Polyclinique la médicale de Kigali. "D’autres auront un retard de croissance et des maladies comme le kwashiorkor (malnutrition au moment de l'arrêt de l’allaitement), car quelquefois, les domestiques préparent mal le lait maternel ou boivent elles-mêmes le biberon, et l’enfant souffre de faim", ajoute Dr Mukamabano.

Par ailleurs, beaucoup de mamans donnent à leurs enfants le lait de vache moins cher que le lait pour bébé. Dr Rumaya estime que ce lait nécessite une hygiène rigoureuse dans sa préparation (utilisation d'une eau saine, nettoyage soigneux des biberons) que les domestiques n'assurent pas toujours. Elle ajoute : "Le dosage du lait de vache est très difficile. Soit il est surdosé, soit il est sous dosé, ce qui donne la diarrhée, l’une des causes de mortalité chez l’enfant".

Pour permettre à la maman de rester en congé le plus longtemps possible, le Code du travail prévoit qu’une assurance maternité soit mise en place. Les femmes pourront y souscrire et en bénéficier les six dernières semaines de leur congé, une disposition que certains qualifient d’inégalitaire.

"Elles auront à souscrire alors que les hommes ont leur salaire entier", observe un juriste de Kigali. Mais, selon la députée Mukandutiye, la loi établissant cette assurance maternité sera bientôt mise en place.

*(Solange Ayanone et Jean F. Dukulizimana sont journalistes à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS). (FIN/2010)

 

 

 

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