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POLITIQUE-CAMEROUN
Les femmes comme solution contre "l’apathie électorale"?
Mohamadou Houmfa

YAOUNDE, 8 mars (IPS) - Après avoir constaté une tendance de plus en plus marquée à l’abstention lors des élections au Cameroun, un réseau de soutien à la participation politique des femmes, 'More Women In Politics', entend faire changer ce qu’il appelle "l’apathie électorale".

Cette organisation de la société civile a profité des activités liées à la commémoration de la Journée internationale de la femme (le 8 mars) pour s’exprimer sur la question et indiquer quelques éléments de sa stratégie au cours d’une conférence à Yaoundé, la capitale camerounaise, vendredi dernier.

Le phénomène de l’abstention a notamment marqué les élections législatives et municipales dans ce pays d’Afrique centrale en 2007.

Selon les chiffres publiés par le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, seulement cinq millions de Camerounais se sont inscrits sur les listes électorales en 2007 sur une population totale estimée à environ 18 millions. Et 62 pour cent des personnes inscrites sont allées effectivement voter, soit environ trois millions de Camerounais.

La reconquête de l’électorat camerounais, visiblement lassé par les joutes politiques, constitue désormais le cheval de bataille de plusieurs formations politiques et plusieurs organisations de la société civile dans le pays.

Le réseau 'More Women in Politics' (Plus de femmes en politique) a été créé dans ce contexte par un groupe de femmes ayant à sa tête Justine Diffo, une juriste enseignante à l’Université de Yaoundé II.

«Les femmes à elles seules représentent 52 pour cent de la population camerounaise, ce qui fait que leur poids démographique est un déterminant politique qui mérite d’être mobilisé pour une inscription massive sur les listes électorales en vue d’une plus grande participation politique au processus électoral», a affirmé Diffo à IPS.

«Les femmes doivent s’inscrire sur les listes électorales. Pour cela, elles doivent d’abord faire leurs pièces officielles. Or, il y a encore parmi nous, les femmes qui se promènent sans carte nationale d’identité», a déclaré la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Cathérine Abena au cours de la conférence.

Guy Parfait Songuè, politologue et enseignant à l’Université de Douala, la capitale économique, estime que la faible participation des Camerounais – y compris les femmes - dans la marche politique s’explique historiquement par le processus de décolonisation qui a été très violent.

«Il y a au Cameroun une véritable crise de citoyenneté. Il faut savoir que le cœur de ce pays a été décimé avant l’indépendance et pendant les dix années qui ont suivi cette indépendance. Les nationalistes, qui se battaient pour l’indépendance de ce pays, ont été décimés au napalm par les colons français. Cela a affaibli le sentiment national», a-t-il affirmé.

Pour cet universitaire, le faible engagement politique – des hommes comme des femmes - constaté au Cameroun est dû également à des causes psychologiques et anthropologiques.

«Demander aux gens de faire la politique revient à les inviter au leadership. Or, on ne peut pas favoriser l’esprit de leadership d’un individu en refusant de valoriser son potentiel. Cela commence depuis la famille où on interdit le leadership aux enfants (garçons et filles). Ce qu’on leur enseigne, c’est la peur et le doute. On ne fabrique pas le leadership d’un enfant en le dénigrant toute une vie. Les parents doivent commencer par décomplexer leurs relations avec les enfants», a expliqué Songuè.

Le ministère de la Promotion de la femme et de la Famille ne nie pas qu’il existe un réel problème. «Il y a une faible culture politique des femmes. Il y a aussi une méconnaissance des textes comme la constitution qui consacre le principe de l’égalité de genre», a déclaré Jean-Pierre Makang, sous-directeur de la promotion des droits de la famille dans ce ministère.

La correction du déséquilibre de représentation entre hommes et femmes au sein des partis politiques est pourtant prônée dans les partis. C’est le cas du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir.

«Il y a généralement un non-respect des prescriptions de la hiérarchie du RDPC qui demande aux militants d’intégrer les femmes et les jeunes dans les listes présentées lors des élections législatives et municipales», a observé Makang pour relever que cette attitude handicape la participation politique des femmes.

Cependant, la représentation des femmes dans la vie politique camerounaise a connu une légère amélioration liée aux revendications des mouvements féministes et aux efforts gouvernement.

Citant le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Makang a remarqué qu’en 1982, il y avait 336 femmes dans les conseils municipaux contre 1.651 aujourd’hui. Une évolution a été également enregistrée au parlement où une femme a été élue pour la première fois en 1957. L’Assemblée nationale compte aujourd’hui 10 femmes députées sur 180.

Mais cette évolution reste encore insuffisante car, selon Makang, depuis la création de l’assemblée législative, il n’y a eu que 8,41 pour cent de femmes élues tandis que 11,16 pour cent de femmes ont été élues dans les conseils municipaux.

«Les femmes doivent s’organiser en associations et en groupes; pas seulement pour faire des cotisations, manger, boire et s’assister pendant les événements malheureux», a souligné Songuè.

«Je vais profiter de tous les rassemblements pour faire passer un message : le vote de la femme est très important pour choisir ses représentants et surtout pour faire élire les femmes», s’est engagée Ngala Esther Ntala, une députée du Social Democratic Front (SDF), le principal parti de l’opposition.

Des élections sénatoriales sont prévues cette année au Cameroun puisque le président Paul Biya a annoncé la mise en place d'un sénat, tandis que la prochaine élection présidentielle est attendue en 2011.

Conscient du fait qu’une «élection ne réussit que si on a réussi à mobiliser une masse critique de 60 pour cent du corps électoral», le réseau 'More Women in Politics' entend mener des actions résolues pour mobiliser les 52 pour cent de femmes camerounaises afin que la voix des femmes se fasse désormais entendre avec plus de force, a souligné Diffo. (FIN/2010)

 

 

 

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