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ECONOMIE-SENEGAL
Le système bancaire ne profite pas aux PME
Koffigan E. Adigbli

DAKAR, 10 mars (IPS) - Malgré la floraison des banques au Sénégal, les Petites et moyennes entreprises (PME), qui représentent plus de 90 pour cent du tissu industriel de ce pays, peinent à accéder au financement pour leur développement, affirment leurs représentants.

Pour booster les PME Sénégal, une somme de plus de 600 milliards de francs CFA (environ 1,2 milliard de dollars) est nécessaire, déclare à IPS, Ibrahima Diouf, directeur des PME dans ce pays d’Afrique de l’ouest.

Diouf explique à IPS que si le niveau de rejet des demandes de financement des PME auprès des banques est élevé, c’est parce que les demandeurs de crédit ne maîtrisent pas l’information financière. Et à cette lacune, s’ajoute l’absence, au sein des banques, un personnel capable d’analyser et de comprendre le profil de croissance des PME.

«Une PME qui démarre ses activités, n’a pas les mêmes besoins que celle qui se restructure. La demande n’arrive pas souvent à être formulée de manière optimale pour rassurer l’offreur de crédit. Cela est dû à l’absence d’informations financières et d’états financiers fiables de la part du demandeur. Mais aussi, la demande n’arrive pas à apporter le plus souvent la garantie que lui exige l’offreur de crédit», explique-t-il.

Malgré la diversification de l’offre et la présence de nouveaux acteurs sur la place bancaire et financière, on constate l’absence des ressources humaines qui soient à même de connaître le profil de la PME, ajoute Diouf.

Selon une enquête financée par la coopération allemande, portant sur plus de 703 entreprises à Dakar entre novembre 2008 et janvier 2009 et publiée en février 2010, le secteur informel est quasi-absent du champ d’orientation des PME. Ceci signifie que dans les plans établis par les banques pour l'octroi de financement aux PME, le secteur informel n'est pas pris en compte.

De même, les secteurs d’activités qui prédominent sont peu articulés avec les pôles de développement retenus dans le cadre de la stratégie de croissance accélérée, notamment l’agriculture, la pêche et le textile, ajoute le rapport de l’enquête. Ce qui signifie que des secteurs comme la pêche, l'agriculture et le textile, qui sont dominants, n'ont pas une stratégie de développement solide.

«Il existe des décalages entre le tissu économique et le cadre des PME. Du fait de la conjoncture difficile et de la morosité des affaires, les institutions de financement n’interviennent qu’à hauteur de cinq pour cent dans les PME», explique Vincent Akué, chef de l’équipe des consultants économiques à Dakar. «Pour les prêts, les garanties acceptées par les institutions sont, pour les PME structurées, à 35 pour cent constituées de cautions personnelles tandis que pour les entreprises de l’informel, elles sont plutôt à 39 pour cent des hypothèques».

Selon Akué, du fait de la contrainte bancaire pour accéder au crédit, les entreprises sont le plus souvent obligées de rechercher du crédit dans des cercles des proches des chefs d’entreprise. Certaines institutions de microfinance utilisent, dit-il, des méthodes à la limite abusives pour mettre le maximum de pression sur l’emprunteur et se donner les moyens de recouvrer rapidement les créances en difficulté.

«Environ 60 pour cent des entreprises interrogées pensent à se développer. Les investissements planifiés dans cet objectif concernent surtout les terrains et constructions, les dépenses d’investissement et l’achat de matières premières. De ce fait, le manque de financement pour investir et augmenter les stocks constitue un goulot d’étranglement majeur», indique-t-il à IPS. «Là où les structures formelles de financement s’engagent, 65 pour cent des entreprises financées sont en phase de consolidation», ajoute-t-il.

Selon Ndèye Lo, une promotrice des produits à base de céréales locales, les conditions pour une intensification de l’offre de financement aux PME ne semblent pas encore réunies. «Si les PME ont des difficultés pour avoir de financement c’est d’abord par le manque de formation, et ensuite par la non sensibilisation des entrepreneurs de microfinance sur le financement bancaire. La formation est didactique car elle permet d’être outillé et de mieux gérer son entreprise», déclare-t-elle à IPS.

Aminata Ndione, membre du Syndicat des femmes pour la transformation des poissons, explique à IPS que le manque de financement freine énormément son entreprise. «Lorsqu’on demande de financement, on ne nous considère même pas. Cette année, on a encore constitué un dossier en bonne forme, mais on nous a rejeté le dossier, simplement parce qu’ils n’ont pas confiance en nous. Or sur les médias, les banques font chaque fois de la publicité sur le financement des PME», déplore-t-elle.

Ndione estime qu’au Sénégal, on ne prête qu’aux riches. «Vous savez, ce travail de poisson, si je vous dis qu’on fait des millions de francs CFA par mois, vous n’allez pas croire. Le poisson séché est envoyé au Togo, au Bénin et au Mali. Seulement, nous voulons de financement pour moderniser les fourneaux afin que le travail de fumage et de séchage du poisson soit rapide et moins épuisant, mais ce n’est pas facile», se lamente-t-elle.

Fatou Sankaré, trésorière de l’Association des femmes pour la transformation des céréales, affirme également que son PME est confrontée aux difficultés de financement qui freinent son développement.

«Avec le maïs, on fait une sorte de pâte qu’on vend, on fabrique des jus d’oseille (bissap) et de gingembre. On utilise toujours la main pour faire tout ça; or il existe des machines pour le faire, on a constitué des dossiers pour avoir de financement, mais rien», explique-t-elle à IPS. «Ce qu’on a constaté, c’est que des fois, le taux d’intérêt ne nous arrange pas; parfois, le délai de remboursement est à court terme par rapport à nos prévisions».

Sankaré reconnaît que l’illettrisme constitue un grand frein pour le développement de son entreprise. «Vous savez, parmi toutes les femmes que vous voyez ici, presque personne ne maîtrise le domaine financier, cela nous joue beaucoup de tours. J’aurais souhaité que l’Etat organise des séances de formation pour nous les femmes entrepreneurs. Cela nous aiderait à mieux gérer nos entreprises», déclare-t-elle. (FIN/2010)

 

 

 

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