ENERGIE-SENEGAL Avantages et inconvénients des lampes à basse consommation Souleymane Faye DAKAR, 11 mars (IPS) - Amadou Abdoulaye Aïdara, un médecin-dentiste basé à Dakar, la capitale sénégalaise, utilise depuis environ un an des lampes à basse consommation (LBC) qui, selon lui, ont fait baisser sa facture bimestrielle d’électricité de 37,5 pour cent.
Dr Aïdara précise que sa facture, qui a baissé de 80.000 à 50.000 francs CFA (de 166 à 104 dollars US environ), prend en compte des appareils électroménagers.
Au Sénégal, le ministère de l’Energie compte réduire la consommation énergétique par l’utilisation des LBC, mais beaucoup de gens doutent des économies d’énergie attendues de cette innovation, craignant également des ennuis de santé qu’elle peut engendrer.
Les besoins énergétiques de ce pays sont énormes alors qu’il ne dispose que d’une capacité estimée en août dernier à 486 mégawatts (MGW), selon des sources parlementaires. Et il aurait besoin encore de 240 MGW pour combler un peu son déficit énergétique.
Le gouvernement compte importer de la Corée du Sud 3,5 millions de LBC, qui seront revendues aux populations à 1.000 FCFA (environ deux dollars). Le 19 février, le gouvernement a réceptionné 550.000 LBC qui seront installées à Dakar et sa banlieue, a déclaré Seydina Kane, directeur général la Société nationale d’électricité (SENELEC).
Les ménages, les entreprises privées et les services publics ont rarement de l’électricité 24 heures sur 24 au Sénégal, où le coût des importations de pétrole représentent 46 pour cent des recettes d’exportations du pays, selon des statistiques officielles.
‘’L’utilisation des LBC nous permettra de limiter nos importations de pétrole, car ces lampes consomment moins d’électricité et vont alléger la facture de la clientèle’’, a indiqué Kane lors d’un atelier consacré à cette innovation, à Dakar, au début de ce mois.
Pour cela, le gouvernement interdira les importations de lampes à incandescence, très largement utilisées au Sénégal, à partir du deuxième semestre de 2011, a annoncé Lamine Thioune, secrétaire général du ministère de l’Energie. Une unité d’assemblage de LBC sera installée dans le pays, avec un encadrement sud-coréen.
Selon Ousmane Diop, directeur du Projet de maîtrise de la demande à la SENELEC, un ménage, qui investit 5.000 FCFA (10,4 dollars) pour l’achat de cinq LBC, verra au bout de chaque bimestre sa facture d’électricité baisser de 3.500 FCFA (environ 7,2 dollars).
‘’Les 3,5 millions de LBC engendreront chaque année un gain de 77 MGW, soit la capacité de production d’une centrale électrique dont la construction peut durer trois ans’’, a affirmé Ousmane Diop à IPS.
‘’Grâce à ces lampes, le Sénégal évitera de dégager, au bout de dix ans, 1,7 million de tonnes (soit 174.832 tonnes par an) de gaz carbonique’’ nuisible à la couche d’ozone, soutient Moussa Diop, un environnementaliste basé à Dakar.
Mais l’écologiste Haïdar el-Ali, ne partage pas cette opinion. Au Sénégal, ‘’la pollution ne vient pas des lampes électriques, mais des industries du ciment et des véhicules de transport. Aussi, la grosse consommation d’énergie n’est pas le fait des ménages, mais des usines’’, a déclaré à IPS, el-Ali qui est directeur de l’Océanium de Dakar, un centre de surveillance et de protection des ressources naturelles.
Toutefois, a prévenu l’environnementaliste Moussa Diop, les LBC ne doivent pas servir de lampes de chevet en raison de leur contenance en mercure, mais elles produisent moins de chaleur et plus de lumière que les lampes à incandescence.
‘’Les LBC contiennent du mercure, qui peut engendrer des atteintes au système nerveux et des troubles de la mémoire, même si elles en contiennent seulement deux à cinq milligrammes...’’, explique Ousmane Diop, de la SENELEC.
Dr Aïdara confirme à IPS : ‘’Contenant du mercure, les LBC sont de nature à engendrer un rayonnement magnétique sur l’organisme humain, ce qui provoque surtout le cancer et dérange le système nerveux’’. Mais, ‘’nous sommes obligés d’aller vers les LBC pour faire des économies d’énergie’’, souligne Dr Aïdara qui est également président de l’Association de défense des usagers de l’eau, de l’électricité, des télécommunications et des services.
‘’Les lampes à basse consommation posent un problème de santé publique, mais leur utilisation est quelque chose de positif car cela réduit la consommation d’énergie. Nous allons faire une communication de proximité auprès de nos fidèles, dans les lieux de culte, pour les inciter à les utiliser’’, a confié à IPS, l’imam Youssoupha Sarr, dirigeant d’une association d’abonnés à la SENELEC, à Guédiawaye, dans la banlieue dakaroise.
‘’Il fallait mener une bonne campagne de sensibilisation sur les dangers de santé liés à ces ampoules, des dangers que l’on peut amoindrir en mettant en place un circuit de vente avec des boutiques agréées, et un autre circuit chargé récupérer les lampes usagées’’, préconise Dr Aïdara.
De son côté, Malick Ndiaye, un vendeur d’appareils électroniques au marché Sandaga, à Dakar, explique à IPS : ‘’J’ai des LBC à la maison depuis un an, mais ma facture ne baisse pas du tout. Le seul avantage, c’est que ces lampes s’allument à tout moment, même si la tension électrique est faible, ce n’est pas le cas avec les lampes ordinaires’’.
Joachim Ndiaye, un pharmacien dakarois, dit qu’il utilise les LBC depuis le début des années 2000. Il les a achetées à 500 FCFA (environ un dollar) l’unité. ‘’Je sais que ce sont des ampoules qui ne consomment presque pas beaucoup d’électricité et sont plus lumineuses que les lampes ordinaires, cependant je n’ai pas vu ma facture baisser’’, dit-il.
Le président de l’Association des consommateurs du Sénégal, Momar Ndao, suggère au ministère de l’Energie de mettre en place un circuit de vente qui s’occupe en même temps de la récupération des LBC usagées. Les utilisateurs pourront ainsi éviter de les jeter à la poubelle et contaminer l’environnement, a-t-il indiqué, ajoutant : ‘’Nous approuvons la mise en service de ces lampes’’.
‘’En Europe, on les récupère pour les remettre à des magasins, car ces lampes sont extrêmement dégradantes pour l’environnement. Malheureusement, ici chez nous, on risque de les jeter à la rue. Si on peut les récupérer, ce serait très bien’’, commente el-Ali.
Thioune affirme que le ministère de l’Energie mènera des campagnes de sensibilisation des populations sur la récupération et le recyclage des LBC usagées.
Le prix des LBC varie de 1.000 à 3.000 FCFA (de deux à six dollars), selon la qualité et la durée de vie qui peut aller jusqu’à trois ans environ, alors que les lampes à incandescence durent seulement neuf mois, a expliqué à IPS, Ousmane Fall Sarr, directeur des études à l’Agence sénégalaise d’électrification rurale, une institution publique.
(FIN/2010)
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