MALAWI Les changements climatiques changent les méthodes agricoles Claire Ngozo LILONGWE, 12 mars (IPS) - Comme ils dormaient profondément dans la nuit du 28 février, les membres d'une famille de quatre membres ont été tués lorsque leur maison s’est effondrée sur eux dans le district de Chikhwawa, au sud du Malawi.
Christopher Ganizani, 27 ans, sa femme Grace, 29 ans, et leurs enfants Rymon, six ans, et Christian, neuf mois seulement, ont été enterrés vivants sous les décombres de leur maison, selon Sunday Ngulube, porte-parole de la police de Chikhwawa.
De fortes et orageuses pluies ont commencé à toucher la zone le mois dernier. Elles ont suivi une sécheresse que le district connaît depuis octobre, une période de l’année où le pays reçoit habituellement des pluies.
Chikhwawa est l’un des districts du pays confrontés aux rudes effets des changements climatiques, selon un rapport du gouvernement du Malawi adressé à la Convention des Nations Unies sur le changement climatique (UNFCC) en 2010.
Le Malawi a connu des phénomènes météorologiques extrêmes, indique le rapport, allant des sécheresses au cours de la période de croissance 1991/92 aux inondations au cours de la saison 1996/97 et aux crues soudaines en 2000/01. De tels phénomènes météorologiques extrêmes "montrent clairement qu’il y a de grandes variables temporelles et spatiales dans la fréquence des catastrophes et calamités liées au climat", selon les auteurs du rapport.
Cette situation a entraîné des dommages irréversibles à la production des cultures et du bétail. Dans les districts de Chikhwawa et de Nsanje, des agriculteurs ont été obligés de planter plus de deux fois parce que les cultures ont été détruites, tandis que d’autres n’ont pas du tout planter jusqu’en février, indique le rapport.
Ganizo Nyandoro, 39 ans, une agricultrice de subsistance originaire de Chikhwawa, affirme qu’elle a cessé de cultiver le maïs, l’aliment de base du pays. "Avec les conditions météorologiques imprévisibles, j’ai dû commencer par produire des cultures résistant à la sécheresse et des cultures qui mûrissent tôt parce que les pluies que le pays reçoit actuellement ne sont plus favorables à la culture du maïs", a-t-elle déclaré à IPS.
Nyandoro raconte qu'elle cultive maintenant du manioc, des patates douces, du coton et qu’elle élève des chèvres. "Au cours des huit dernières années, si mes souvenirs sont bons, ma région a été touchée par des sécheresses et des inondations. La plupart des gens se détournent de la culture du maïs dans ma communauté", a-t-elle ajouté, expliquant que sa communauté achète encore le maïs après avoir vendu les produits de ses activités agricoles. "Nous sommes tellement habitués à manger cet aliment de base que nous sommes obligés de l'acheter".
L'économie du Malawi est fortement dépendante de l'agriculture, avec près de 85 pour cent des 13.1 millions de citoyens du pays qui dépendent de la terre pour leurs moyens de subsistance. Comme dans d'autres pays d'Afrique australe, la récolte du maïs, une culture de base, a sérieusement baissé. Au Malawi, le président Bingu wa Mutharika, qui est également le ministre de l'Agriculture du pays, a déclaré qu’il s'attend à une réduction de 30 pour cent cette année, une baisse par rapport à la production de maïs de 3,7 millions de tonnes métriques l'année dernière.
Dans tout le pays, les communautés sont très vulnérables aux différents risques climatiques, notamment aux inondations, aux pluies plus courtes, aux périodes de sécheresse, aux pluies tardives, à la sécheresse, aux vents violents et aux averses de grêle, selon une étude menée en septembre 2009 par Bunda College, un institut supérieur faisant partie de l'Université du Malawi.
"Les inondations et les sécheresses ont été mentionnées par toutes les communautés vulnérables comme étant les principaux risques liés aux changements climatiques qui affectent leurs efforts d'adaptation", a souligné Dr David Mkwambisi, l'un des chercheurs.
Par conséquent, il affirme que des cultures meurent avant la maturité, que des cultures sont détruites par les inondations et qu’il y a l'érosion du sol, la perte de la fertilité des sols, l'envasement des champs, la pénurie d'eau, la perte de terres et la réduction des rendements. La perte de terres productives a entraîné la baisse du revenu familial, la faim, des maladies et la malnutrition.
Ceux qui sont déjà défavorisés souffriront le plus des effets des changements climatiques. "Bien que tous les ménages soient touchés, les ménages les plus touchés sont les ménages dirigés par des femmes, les ménages dirigés par des enfants, les handicapés physiques et les personnes âgées. Puisque les impacts sont grands et que la capacité d'adaptation est faible, les communautés sont très vulnérables", a expliqué Mkwambisi.
Les communautés ont fait tout leur possible pour trouver des moyens ingénieux afin de faire face et de s'adapter aux impacts négatifs des phénomènes météorologiques extrêmes. Elles ont commencé à diversifier les cultures, ajuster le calendrier des activités agricoles, changer des pratiques de labour, stocker les graines, irriguer, utiliser les ressources génétiques indigènes, utiliser les terres humides pour la production d'hiver et à élever des animaux plus petits, particulièrement les chèvres.
"Les stratégies hors ferme comprennent le rationnement alimentaire, le labour occasionnel, la vente des actifs des ménages et les migrations. D'autres options liées aux moyens de subsistance ruraux comprennent le déplacement des maisons sur des terrains plus élevés, la chasse aux petits animaux, la cueillette et la consommation de fruits et légumes sauvages", a indiqué Mkwambisi.
De telles interventions au niveau local, ajoute-t-il, ont été complétées par des initiatives du gouvernement et des partenaires au développement telles que des dons de nourriture et de matériaux, des puits de surface et l'installation des puits artésiens, la construction de ponts et de systèmes d'irrigation, la fourniture de médicaments et d'autres drogues.
Mais jusqu'à ce que de telles méthodes d'adaptation se mettent en branle, les effets néfastes des changements climatiques continueront de faire des ravages sur la vie des gens dans le pays. En Nkhotakota, dans le centre du Malawi, Grace Rajab, une femme enceinte de 35 ans, et Alice, sa fille de sept ans, sont décédées au début du mois de janvier après avoir été frappées par la foudre pendant une tempête. Henry, le fils de Grace a subi de graves brûlures au cours de l'accident, qui s’est produit lorsque la famille était assise pour le dîner.
En décembre l'année dernière, les conditions orageuses ont déplacé 500 familles à Dedza, également dans le centre du Malawi, tandis que 177 autres familles ont été laissées sans abri et deux personnes blessées par des tempêtes dans le district de Salima au bord du lac. En novembre dernier, sept personnes ont été blessées et 25 maisons se sont effondrées au cours d'une puissante averse de grêle qui a frappé Mangochi, un autre district au bord du lac. (FIN/2010)
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