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AFRIQUE DE L’OUEST
Stopper la circulation du virus de la polio
Brahima Ouédraogo

OUAGADOUGOU , 15 mars (IPS) - L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et ses partenaires espèrent éliminer la circulation du virus de la poliomyélite dès juin prochain en Afrique de l’ouest en lançant au cours de ce mois les premières journées nationales de vaccination synchronisées de l'année conte cette maladie handicapante.

Seul le Nigeria pourrait aller jusqu’en 2011 pour l’arrêt de la circulation du virus causant la poliomyélite, selon l’OMS. «Nous voulons obtenir dans la région ouest-africaine l’arrêt de circulation du polio virus sauvage dès la fin du mois de juin 2010», espère Dr Bokar Touré, coordonnateur de l’équipe inter-pays de l’OMS pour l’Afrique de l’ouest.

Pour s’assurer un meilleur ratissage de l’opération qui touche plus de 85 millions d’enfants de moins de cinq ans dans 19 pays d’Afrique de l’ouest et du centre dont le Tchad, la Centrafrique et le Cameroun, l’OMS mobilise plus de 400.000 vaccinateurs bénévoles. Et l’OMS travaille en collaboration avec la Fédération des sociétés internationales de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et Rotary International.

«Pendant cette période, il y aura beaucoup de rounds synchronisés car la vaccination permet de toucher les populations transfrontalières et les mouvements de populations», ajoute Touré à IPS.

Selon les responsables de l’équipe inter-pays de l’OMS, les espoirs d’éradication de la poliomyélite se fondent sur des signes positifs au Nigeria où il a été constaté une amélioration au niveau des enfants non vaccinés qui ont été couverts par le programme et du fait que toutes les résistances socioculturelles à la vaccination sont en train de tomber grâce aux leaders religieux et communautaires.

Le Nigeria, reste l’un des pays les plus touchés au monde et l’un des foyers de l’épidémie avec 388 cas représentant 70 pour cent des cas de poliomyélite de la sous-région. Pendant des années, les pesanteurs socioculturelles ont empêché la conduite des opérations de vaccination contre la poliomyélite dans le pays.

L’OMS espère, avec les rounds de vaccination synchronisés, combler les insuffisances des séances de vaccinations de routine auxquelles échappent beaucoup de personnes en âge d’être vaccinées. L’organisation onusienne attribue à ces faiblesses l’apparition de 13 et trois cas respectivement en Mauritanie et au Sénégal en 2009.

«C’est le rôle des vaccinateurs, des agents de santé d’organiser toute la chaîne de vaccination afin que les enfants qu’on ne voit pas soient enfin vaccinés, et de retourner chercher et retrouver les enfants dont les parents sont réticents», lance Djamila Cabral, la représentante de l’OMS au Burkina Faso. Elle regrette une recrudescence du poliovirus depuis 2008 dans les pays de la sous-région dont le Burkina.

Au Burkina Faso, 15 cas ont été notifiés en 2009 dont le dernier cas en octobre dernier malgré six rounds de vaccination. Or selon l’OMS, chaque cas notifié constitue un risque de contamination de 200 enfants.

«On est prêt du but, mais il y a encore des enfants qui échappent à la vaccination et nous devons retrouver tous ces enfants pour les vacciner», déclare Cabral à IPS.

Trois millions d’enfants sont concernés par la vaccination cette année au Burkina.

"Tous mes trois enfants sont vaccinés depuis que les journées de vaccination ont commencé; dans notre quartier nous (un groupe de femmes), nous faisons le porte à porte pour rechercher tous les enfants et aider les agents à les vacciner", explique à IPS, Pauline Zampaligré, du quartier Nagrin, dans la banlieue de Ouagadougou, la capitale burkinabé.

"Tous les enfants de la cour sont vaccinés; d'ailleurs nous les faisons vacciner systématiquement dès que les messages à la radio et à la télé annoncent le passage des agents", confie à IPS, Aïssata Nonguierma, une autre ménagère du même quartier. Selon elle, la mobilisation de la population s'explique par la découverte, il y a quelques années, d'un cas de poliovirus dans le quartier.

Selon Dr Kolonpiaré Apiako de la direction régionale de la santé du sud-ouest de pays, «pour une cible de 223.118 enfants attendus, dans les quatre districts sanitaires, nous avons pu vacciner plus de 225.000 enfants, soit 101 pour cent», confie-t-il à IPS.

«Il existe tous les moyens d’éradiquer la poliomyélite aujourd’hui. Les moyens financiers sont là; les moyens matériels sont là; les ressources humaines sont la; l’engagement de la communauté et des leaders politiques, tout est là pour que la polio soit boutée hors de notre région», affirme à IPS, le ministre de la Santé du Burkina, Seydou Bouda.

La poliomyélite touche principalement les enfants de moins de cinq ans. Les symptômes initiaux sont la fièvre, la fatigue, des céphalées, des vomissements, une raideur de la nuque et des douleurs dans les membres. Dans un petit nombre de cas, la poliomyélite entraîne une paralysie, souvent définitive. La vaccination est le seul moyen de prévention, selon l’OMS.

Une infection sur 200 entraîne une paralysie irréversible, généralement des jambes. Parmi les enfants paralysés, cinq à 10 pour cent meurent par suite de la paralysie de leurs muscles respiratoires, indique l’OMS.

Les cas de poliomyélite ont néanmoins diminué de plus de 99 pour cent entre 1998 et 2006, passant de 350.000 à 1.997 cas déclarés. En 2008, il ne restait plus au monde que quatre pays d’endémie (l’Afghanistan, l’Inde, le Nigeria et le Pakistan), alors qu’ils étaient plus de 125 en 1988.

Lancée en 1988, l'Initiative mondiale pour l'éradication de la polio (GPEI) avait permis de vacciner deux milliards d'enfants, réduisant de 99 pour cent l'incidence de la poliomyélite. Mais l'arrêt des vaccinations en 2004 au Nigeria a largement contribué à la résurgence de la maladie. En 2009, 1.595 enfants dans 24 pays ont été paralysés après avoir contracté la poliomyélite.

L’OMS compte réaliser cette année au moins deux journées de vaccination synchronisées contre la poliomyélite. Le deuxième passage des premières journées est prévu à la fin avril.

«IL y a beaucoup de mouvements de populations, les pays sont très proches, très ouverts; donc en mettant les populations ensemble (à travers la synchronisation) on arrive à vacciner le maximum, ce qui permet de maximiser les efforts faits par les bailleurs de fonds et les gouvernements des pays affectés», souligne Cabral à IPS.

Pour assurer le succès des journées nationales de vaccinations, Dr Touré de l’OMS annonce la formation des agents de terrain, des responsables des programmes élargis de vaccination, et le développement des capacités de renforcement des logistiques car, explique-t-il, les vaccins exigent une chaîne de froid. (FIN/2010)

 

 

 

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