TANZANIE Les changements de temps rendent l’agriculture incertaine Denis Gathanju DAR-ES-SALAAM, 16 mars (IPS) - Les changements des tendances climatiques ont transformé l'agriculture en un pari avec la nature pour les agriculteurs tanzaniens. Des sécheresses prolongées et des inondations ont rendu extrêmement difficile la vie des petits fermiers qui n'ont pas accès à l'irrigation.
En Tanzanie, où l'économie dépend essentiellement de l'agriculture, la population rurale largement pauvre est devenue encore plus vulnérable.
Selon le ministère national de l'Agriculture (MoA), l'agriculture représente jusqu'à 60 pour cent du produit intérieur brut (PIB) du pays. Plus de 80 pour cent de la population travaille dans ce secteur, qui constitue 60 pour cent des exportations du pays.
Un rapport publié en 2009 par l'Institut international pour l'environnement et le développement (IIED) annonce que la Tanzanie a deux décennies pour adapter son agriculture aux changements climatiques ou aux principaux trous de risque dans son PIB. Autrement, la perte du PIB pourrait s'élever à un pour cent au cours des 20 premières années et atteindre entre 5 et 65 pour cent au cours des 75 prochaines années, déclare Muyeye Chambwera, qui a co-rédigé le rapport.
Les experts des changements climatiques conviennent que la seule façon d'éviter un impact économique majeur est de changer la façon dont l'agriculture est faite.
"La seule façon d'avancer est d’éduquer les agriculteurs sur les meilleures pratiques agricoles, puisque la plupart utilisent encore des méthodes agricoles démodées, tandis que d'autres pratiquent l'agriculture dans les zones où le niveau de précipitations est inadéquat", a indiqué Marc Baker, directeur exécutif de 'Carbon Tanzania', une organisation à but non lucratif qui aide les fermiers dans le village d’Arkaria, à 35 kilomètres à l'ouest d'Arusha, à s'adapter aux changements climatiques.
Le gouvernement tanzanien a constaté qu'il doit agir rapidement et a lancé un Programme d'action national d'adaptation (NAPA) qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à aider les petits agriculteurs à s’adapter aux nouvelles pratiques et technologies agricoles.
Il envisage d’éduquer les agriculteurs sur des pratiques alternatives, telles que la rotation des cultures, zéro pâturage et la production de cultures qui nécessitent peu d'eau, telles que le millet et le sorgho. Le NAPA fait également la promotion de la plantation de maïs résistant à la sécheresse.
"L’objectif du NAPA est de renforcer les capacités d'adaptation des communautés vulnérables, puisque l’économie de la Tanzanie est largement tributaire de l'agriculture [...]", a confirmé Abubakar Rajabu, secrétaire permanent au bureau du vice-président.
Dans tout le pays, les températures sont susceptibles d'augmenter de deux à quatre degrés Celsius d'ici à 2100, prédit le MoA. Cela semble une période lointaine, mais c’est un signe que les cultures pérennes, telles que le maïs et les haricots, ne pourront plus finalement pousser et devront être remplacées par des cultures annuelles, telles que le millet et le sorgho.
La production de maïs, l’aliment de base en Tanzanie, devrait baisser d'un tiers dans les prochaines décennies, car cette culture a besoin de beaucoup d'eau pour pousser, avertissent davantage les cadres du MoA. Dans les régions centrales plus sèches du pays, la récolte de maïs pourrait même baisser de près de 84 pour cent.
La saison de plantation de l'année dernière indique bien que les prévisions se réalisent, peut-être même plus tôt que prévu. Les agriculteurs dans la province d'Iringa ont dit aux cadres du MoA qu'ils ont récolté entre trois et cinq sacs de maïs par demi-hectare de terre en 2009. Cela est bien loin de la moyenne de 15 à 18 sacs récoltés il y a quelques années.
Les agriculteurs ont également observé les effets du changement des tendances de précipitations. "Le maïs n'est plus très bien", affirme Mama Mrema, un petit agriculteur d'Arusha. "Maintenant, je me suis tourné vers la production d'autres cultures, telles que le manioc et les patates douces, qui ne nécessitent pas beaucoup de pluies, pour gagner ma vie".
A Mwitikilwa, un autre village dans la province d'Iringa, les villageois disent qu'il y a eu des changements drastiques dans les tendances climatiques au cours des trente dernières années.
Dr Emma Liwenga, un chercheur à l'Institut d'évaluation des ressources à l'Université de Dar-es-Salam, qui a effectué des recherches dans le village l'année dernière, confirme que les changements climatiques ont empêché les fermiers de Mwitikilwa de planter des haricots, du café, des pois et des patates douces. Sa recherche montre également une augmentation des insectes nuisibles du fait de l'augmentation des températures.
Les agriculteurs luttent pour s'adapter aux tendances climatiques changeantes. "La dernière décennie a été vraiment mauvaise en termes de production alimentaire, notamment dans notre village où nous n'avons jamais utilisé d'engrais chimiques pour produire nos cultures. Nous enregistrons des récoltes moins grandes, parce que les périodes de sécheresse ont été plus longues et plus sévères alors que les pluies ont été irrégulières", observe Maimuna Hamadi, une agricultrice.
Les précipitations généralement courtes qui arrivent entre avril et juillet sont devenues sporadiques, alors que les températures entre avril et août sont devenues anormalement élevées, indiquent les agriculteurs.
"Nous ne savons plus avec certitude à quel moment commencer à préparer la terre pour la plantation ou à quel moment commencer à planter. C’est presque un pari avec la nature. Le temps n'est plus prévisible comme il était il y a environ 10 ou 15 ans", déplore Mwanaisha Mwampamba, une autre agricultrice de Mwitikilwa.
"Parfois, les pluies ne sont pas suffisantes pour la production des cultures, alors que d'autres fois, elles sont importantes. Elles inondent et détruisent les cultures", ajoute-t-elle. "Si la situation persiste, alors la plupart d'entre nous, qui avons de petites fermes, vont sombrer davantage dans la pauvreté, car nous dépendons de l'agriculture pour prendre soin de nos familles". (FIN/2010)
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