NIGER Observer la pluviométrie et le pâturage pour sécuriser le cheptel Ousseini Issa HAMDALLAYE, Niger , 17 mars (IPS) - «J’ai acheté une importante quantité d’aliments pour le bétail depuis novembre 2009, en vendant deux vaches du troupeau dont j’ai la garde, avec l’accord du propriétaire», affirme Djibo Hama, un berger peulh de la commune rurale de Hamdallaye, dans l’ouest du Niger.
«Je l’ai sensibilisé sur le manque de pâturage qui menace gravement le cheptel cette année», a expliqué Hama à IPS. «Le stock que j’ai pu constituer avec l’argent de la vente permettra d’assurer la survie des 35 têtes restantes jusqu’aux prochaines pluies, quand il n’y aura plus du tout de pâturage», ajoute-t-il d’une voix rassurée. «C’est mieux ainsi que d’hypothéquer le sort de tout le troupeau».
D’après les statistiques du ministère de l’Elevage et des Industries animales à Niamey, la capitale, le déficit fourrager enregistré cette année au Niger se chiffre à plus de 16 millions de tonnes de matières sèches. Cette situation met en péril la survie d’environ 65 pour cent du cheptel nigérien.
Selon l’Institut national de la statistique basé à Niamey, le cheptel nigérien comptait quelque 8,8 millions de têtes de bovins contre 8,2 millions en 2007. Les ovins faisaient un peu plus de 10 millions en 2008 contre 9,8 millions en 2007. Le nombre des caprins était respectivement de 12,6 millions et 12,1 millions en 2008 et 2007.
La mesure préventive prise par le berger Hama a été suggérée, selon lui, par l’Association nigérienne pour la redynamisation de l’élevage au Niger (AREN), une organisation non gouvernementale (ONG) locale basée à Niamey, qui cherche à développer de nouvelles initiatives permettant aux éleveurs de s’adapter aux changements climatiques.
«L’Association nous a alertés du manque de pâturage qui se posera très tôt cette année, à cause notamment de la mauvaise pluviométrie. Il fallait donc vendre une ou deux vaches au moment où les prix de cession sont encore intéressants sur le marché pour surmonter la difficulté», poursuit Boubacar Belko, un berger compagnon Hama.
«La vache qui se vendait, il y a moins de trois mois encore, à environ 200.000 francs CFA (environ 465 dollars US) peut se négocier à 150.000 FCFA actuellement (348 dollars). Et cette dégringolade des prix se poursuivra à mesure que les animaux perdront leur embonpoint par manque de nourriture», prédit Belko à IPS.
Les femmes des éleveurs, qui tirent profit des dérivés de l’élevage, sont aussi inquiètes, a constaté IPS. «Nous n’avons plus suffisamment de lait à vendre parce que les animaux ont faim. Il y a quatre mois, notre troupeau donnait 10 à 15 litres par jour, mais actuellement nous trouvons à peine cinq litres», témoigne Maïmou Ibrahim, 46 ans, une vendeuse de lait à Hamdallaye.
Parallèlement à cette idée de constitution de stock d’aliments par anticipation pour affronter la pénurie de pâturage, AREN mène également une politique de diversification des aliments de bétail, de sécurisation des espaces pastoraux et des plaidoyers pour faciliter la transhumance transfrontalière, souligne Harouna Abarchi, secrétaire permanent de l’association.
«Nous conseillons également aux éleveurs la transhumance précoce et le recours au service de santé animale», indique Abarchi à IPS.
Pour mieux affiner ces différentes interventions qui visent, selon lui, à aider les éleveurs à s’adapter aux changements climatiques, AREN a créé, l’année dernière, des sites d’observation de la pluviométrie et de la végétation sur les deux axes de transhumance du pays.
«Ces sites d’observation - une vingtaine pour la pluviométrie et sept pour la végétation - sont des endroits précis sur les axes de transhumance où nous avons placé des pluviomètres pour voir les variations, d’une année à l’autre, des quantités de pluie recueillies», explique à IPS, Hassan Ibrahim, un membre de l’association.
Parmi les sites d’observation de la pluviométrie et du pâturage, Abarchi énumère à IPS : les zones pastorales du village de Tanda et de l’île de Lété, dans le sud-ouest du Niger, les zones pastorales de BaniBangou (nord-ouest), de KomaBangou (extrême-ouest) et le "Fakara" (centre-ouest du pays).
«Avec le concours des éleveurs, nous observons aussi les mutations au niveau de la végétation, et à l’issue de cette phase qui va s’étaler sur trois ans, nous comptons élaborer des outils d’aide à la décision au profit des décideurs politiques et des éleveurs eux-mêmes», souligne Abarchi.
Selon AREN, le but ultime de l’initiative est de promouvoir, entre autres actions, la multiplication des points d’eau et des points de vente d’aliments de bétail, le désensablement des mares, la réintroduction des espèces fourragères disparues... sur les axes de transhumance et dans les aires de séjour du bétail.
«Nous voulons aussi amener les éleveurs à savoir prendre les bonnes décisions au bon moment, comme la constitution rapide de réserves d’aliments de bétail, le déstockage, afin d’amoindrir les pertes lors des sécheresses», explique Abarchi.
Pour Boubacar Diallo, président du Conseil des éleveurs de la zone nord Tillabéry (ouest du pays), une ONG basée à Niamey, cette initiative est à saluer, car elle permettra de renforcer le dispositif existant.
«L’assèchement précoce des mares dans les zones de pâturage, qui est provoqué par l’accélération de la désertification, constitue actuellement un vrai casse-tête pour les éleveurs. La construction de puits dans ces zones sera d’un grand soulagement pour eux», déclare Diallo à IPS.
Pour l’approvisionnement des éleveurs, l’AREN a déjà implanté, dans les zones pastorales du pays, 67 banques d’aliments de bétail d’une capacité moyenne de 35 tonnes chacune, soit une disponibilité physique d’environ 2.300 tonnes actuellement, selon Abarchi.
Face à la crise ponctuelle, l’Etat nigérien a pour sa part décidé de «mobiliser 32.471 tonnes d’aliments complémentaires, avec le concours des partenaires techniques et des ONG, pour couvrir essentiellement les besoins des reproductrices bovines, soit 70 pour cent des effectifs des bovins», selon Dr Sahabi Barthé, un responsable au ministère de l’Elevage.
«Nous envisageons aussi d’acquérir 1.024 tonnes d’aliments complémentaires qui seront cédés aux éleveurs à un prix subventionné», a indiqué Barthé à IPS.
Mais pour Elhadji Kimba Gado, un éleveur basé à Niamey, «le tout n’est pas de mettre les stocks en place; il faut surtout pratiquer des prix véritablement abordables».
A ce propos, Ibrahim de AREN ne cache pas son amertume vis-à-vis de l’Etat. «Au niveau des nos banques, le sac de 70 kilogrammes d’aliments est cédé à 3.500 FCFA (environ huit dollars). L’Etat, lui, voulait le placer à 6.000 FCFA (environ 13 dollars) alors que même chez les privés, il coûte 7.000 FCFA (16 dollars)».
«Finalement, devant notre vive protestation, il a décidé de ramener son prix à 4.000 FCFA (environ neuf dollars)», se réjouit Ibrahim.
(FIN/2010)
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