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ENERGIE-COTE D’IVOIRE
L'activité économique a beaucoup souffert des délestages
Salif D. Cheickna

ABIDJAN, 18 mars (IPS) - La Côte d’Ivoire, qui n’était pas habituée aux délestages comme ses voisins d’Afrique de l’ouest, a vécu pendant plus d’un mois une crise énergétique sans précédent, avec des coupures de courant récurrentes ayant affecté la vie des populations et des entreprises dans le pays.

Les autorités ivoiriennes ont néanmoins annoncé jeudi soir la fin des délestages pour vendredi, après la réparation de la centrale thermique d'Azito qui ne produisait plus que 150 mégawatts (MGW), soit la moitié de sa capacité normale.

Cette crise énergétique est ressentie plus durement par les petites et moyennes entreprises (PME). Les coupures intempestives d'électricité paralysent les activités économiques, notamment à Abidjan, la capitale économique, où quelque 2.800 entreprises industrielles sont abonnées à la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE), selon Kouassi N'Dah, directeur de l'énergie au Bureau national d'études techniques et du développement.

"Désormais, les entreprises sont obligées de planifier leurs activités en tenant compte de l’impact du délestage. Vous avez des pertes d'exploitation et de production", a-t-il confié à IPS, ajoutant : "Ne disposant pas de moyens de production suffisants", la Côte d'Ivoire doit se tourner vers des "solutions d'extrême urgence".

Pour faire face à l'urgence, la Côte d'Ivoire joue la carte de la coopération sous-régionale. Le président Laurent Gbagbo a annoncé, le 13 mars dernier, que depuis le début du mois de février le Ghana – son voisin de l’est - fournit 25 MGW par jour à la Côte d’Ivoire.

L’une des premières conséquences du délestage dans ce pays est le ralentissement du service et l’accumulation du travail à faire dans les entreprises.

Dans le quartier d’Angré à Cocody à Abidjan, la succursale d’une banque a fermée ses portes, et le distributeur automatique ne fonctionne plus. Raison évoquée : coupure d’électricité. «Vous pouvez vous rendre à notre succursale des Deux Plateaux les Vallons. Là-bas, il y a l’électricité», conseille Rachelle Coulibaly, une assistante pour la clientèle.

Au Plateau, le centre des affaires à Abidjan, les coupures d’électricité sont moins courantes et les entreprises de cette zone disposent de puissants groupes électrogènes pour échapper aux délestages.

Si de grandes entreprises peuvent acquérir ces moyens pour maintenir leurs activités, cela n’est pas le cas des petites exploitations.

Assé Alafé, directeur général du quotidien 'L’intelligent' basé à Abidjan, a expliqué à IPS la difficulté à travailler pour faire sortir son journal : «Nous avons un groupe électrogène modeste pour alimenter seulement nos ordinateurs. Et il faut attendre le rétablissement de l’électricité à chaque fois à 18 heures GMT pour travailler normalement».

Cherif Mamadou est responsable d’une entreprise de ferronnerie située dans la commune d’Abobo, à Abidjan. L’électricité occupe une place prépondérante dans ses activités. «Nous sommes au chômage du fait du délestage. C’est 30.000 francs CFA (environ 62,5 dollars US) que je perds par jour», se lamente-t-il.

De son côté, Bénédicta Aya Koffi, une coiffeuse à Adjamé, une commune d’Abidjan, déclare à IPS qu’elle reçoit ses clientes avec la peur au ventre. «Très souvent, nous avons peur qu’en pleine intervention sur les cheveux d’une cliente, l’électricité soit interrompue».

L'électricité produite par la Côte d'Ivoire, qui est de 830 MGW, provient de quatre barrages hydroélectriques et de deux centrales thermiques, Azito et Ciprel.

C’est une panne survenue sur la centrale d'Azito en réduisant de moitié sa production initiale de 300 MGW, qui est la cause principale du délestage que connaît la Côte d'Ivoire, selon le ministère des Mines et de l'Energie.

Cependant, "Depuis une dizaine années, le secteur de l'électricité en Côte d'Ivoire n'a connu ni investissement, ni réhabilitation de ses infrastructures, alors que la consommation de l'électricité augmente de 5 pour cent par an", a déclaré à IPS, Jean Djaha, un cadre de la CIE.

Si la centrale d’Azito doit retrouver son rythme normal dans un délai d'une semaine, celle de Ciprel qui a une capacité de 110 MGW va s'arrêter pour cause d'entretien, déclarait le chef de l'Etat ivoirien.

Selon Simon Eddy, directeur général de l’énergie au ministère, le retour à une situation normale est prévu en mai prochain. Mais avant, l’Etat a décidé d’engager des actions pour réduire les effets du délestage à hauteur de 35 milliards de FCFA (environ 73 millions dollars).

En attendant, les entreprises moins nanties sont obligées de s'abonner aux groupes électrogènes. Ainsi, pour maintenir sa capacité de production, une usine de fabrication de sac en fibre naturel dispose d'un puissant groupe électrogène.

Mais, un groupe électrogène d'une puissance de 30 kilowatts triphasés diesel de coûte environ 10 millions FCFA (environ 20.833 dollars) à Abidjan, ce qui n’est pas à la portée des PME.

Dans l'ensemble, les groupes électrogènes les plus utilisés varient entre 150.000 FCFA (312,5 dollars) et 200.000 FCFA (416 dollars); avec une consommation en carburant (essence super) qui oscille entre huit et 10 litres pendant les heures de coupure. Le litre du super coûte plus de 710 FCFA (1,5 dollar) en Côte d'Ivoire.

Toutefois, Ali Traoré, vendeur dans un magasin de groupes électrogènes, indique à IPS que malgré le délestage, ce n'est pas du tout la ruée vers ces machines comme on pourrait l'imaginer.

A côté des groupes électrogènes, une entreprise d’ingénierie propose des solutions au délestage à travers des kits solaires avec des panneaux de 30 watts à 200 watts dont le prix varie de 300.000 FCFA (625 dollars) à 1,2 million FCFA (2.500 dollars).

Dans un pays où le salaire minimum est de 40.000 FCFA (environ 83 dollars) et où près de 48,5 pour cent de la population vit avec moins d'un dollar par jour, aucune de ces solutions matérielles n’est à la portée de l’Ivoirien ordinaire. (FIN/2010)

 

 

 

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