SENEGAL L’irrigation locale, le levier du développement rural Koffigan E. Adigbli DAKAR, 19 mars (IPS) - En quatre ans d’intervention, le Projet d’appui à la petite irrigation locale (PAPIL) a dépensé plus que cinq milliards de francs CFA (environ 10,5 millions de dollars US) dans la culture irriguée au Sénégal, et plusieurs communautés rurales bénéficient de ses actions de développement économique et social.
Malgré l’optimisme suscité par les résultats du PAPIL considérés comme satisfaisants, le projet est confronté, selon son coordonnateur, Amadou Baba Sy, à quelques difficultés auxquelles il faut remédier pour lui permettre d’accroître sa performance et de s’élargir à l’échelle nationale. Ces difficultés sont liées notamment au retard dans l’exécution et à un gap de financement.
Pour développer l’agriculture et la sécurité alimentaire, une convention a été signée en février entre l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) et le PAPIL dans le but de définir un cadre de collaboration, de cogestion et de cofinancement de leurs activités communes afin de pérenniser le projet comme outil de développement à la base, déclare Sy à IPS.
Au total 207 microprojets pour un montant de 766,3 millions de francs CFA (environ 1,6 million de dollars) sont mis à la disposition des communautés rurales, avec 63 microprojets pour Fatick, dans l’ouest du Sénégal; 72 microprojets pour Kolda (sud-est); 40 microprojets pour Tambacounda (centre-est); et 32 microprojets pour Kédougou (sud-ouest du pays), indique-t-il.
Les microprojets comprennent 34 pour l’hydraulique 35 pour l’éducation, 10 pour la santé, et 98 pour l’équipement post-récolte.
Par ailleurs, a indiqué Sy, «Les activités de production de plants et de reboisement, d’ouverture et d’entretien de pare-feux, d’ouverture et d’entretien des parcours à bétail, ont été menées dans les différentes zones avec souvent des objectifs quantitatifs dépassés». Il a ajouté qu’un programme d’information, d’éducation et de communication avec production d’outils de sensibilisation, a été également mené par les centres médicaux régionaux sur les maladies d’origine hydrique.
Sy souligne toutefois que la crise financière et alimentaire persistante, les effets néfastes des changements climatiques, les inondations consécutives aux pluies diluviennes, l’avancée du désert, l’érosion côtière et la disparition des écosystèmes ont été des obstacles qui ont freiné certaines réalisations du PAPIL.
Jeffrey Povolny, directeur du Programme USAID/Wula Nafaa (signifie "Avantages de la forêt" en bambara) au Sénégal, a pour sa part indiqué que l’USAID s’est rendu compte de la nécessité de travailler avec le PAPIL dans l’optique d’aider l’Etat sénégalais à améliorer ses activités et politiques agricoles.
«Nous sommes dans la même zone d’intervention. C’est pourquoi nous avons jugé normal de mettre en synergie nos efforts et de travailler ensemble pour une meilleure rentabilité», explique-t-il. L’objectif général du programme USAID/Wula Nafaa est de contribuer à la réduction de la pauvreté et au développement local durable, en augmentant le revenu des producteurs ruraux et des communautés locales, a-t-il ajouté à IPS.
En quatre ans, le projet a réalisé 65 pour cent de ses objectifs de maîtrise d'eau, notamment dans la politique anti-sel afin de récupérer des sols pour une bonne productivité agricole et pour contribuer à la sécurité alimentaire, selon son rapport d’activité.
«Grâce à la politique anti-sel initiée par le PAPIL, plus de 2.000 hectares de sols ont pu être récupérés et plus de 6.000 hectares sont en ce moment sécurisés», indique le rapport.
Selon Wally Guéye, conseiller technique au ministère de l’Environnement, les volumes importants d’eau stockés au niveau des sites d’intervention ont permis au PAPIL de faire augmenter le potentiel de terres cultivables de 241 hectares en 2003 contre 2.614 hectares en 2009.
De même, ces volumes d’eau ont contribué à un accroissement des rendements rizicoles de moins d’une tonne/hectare en 2003 à trois et six tonnes/hectares en 2009, au développement de la production rizicole, horticole et maraîchère de contre-saison, à une autosuffisance en riz, pour six à huit mois, des populations des villages polarisés par les sites aménagés et valorisés : Fatick, Tambacounda, Kédougou et Kolda.
«Le projet a aussi aidé à une augmentation de plus de 50 pour cent des revenus de plus de 6.000 exploitants, une recharge des nappes avec une remontée d’eau douce (puits, forages, puits maraîchers), la mise en œuvre de... microprojets (adduction d’eau potable et assainissement), la lutte anti-sel, la récupération de plus de 2.100 hectares de terres salinisées, la protection et la sécurisation de plus de 9.800 hectares de terres menacées de salinisation», explique Guéye à IPS.
Selon Ibrahima Diouf, coordonnateur d’un groupement d’agriculteurs ayant bénéficié du projet à Fatick, depuis plus de trois ans, la culture et le rendement du riz ont considérablement augmenté. «Notre groupement, qui regroupe plus de cent personnes, a plus de cinq hectares de riz... Actuellement, on est bien suivi par le PAPIL, surtout dans le domaine de l’irrigation. Nous exerçons aussi dans le maraîcher, et c’est vraiment rentable», déclare-t-il à IPS.
Famara Sarr, le vice-président du Conseil régional de Fatick, estime qu’il est important d’inciter l’Etat à mettre plus de ressources à la disposition du projet d’autant plus que l’intervention du PAPIL est une aubaine pour les populations.
«Le problème de financement empêche le PAPIL d’atteindre environ 65 pour cent des superficies aménagées et 70 pour cent des productions additionnelles. Cet état de fait engendre une diminution du nombre de sites touchés», affirme-t-il. «Le projet doit être pérennisé afin d’accompagner les populations dans les activités de développement dans lesquelles tout le monde trouve son compte».
(FIN/2010)
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