GRANDS LACS Les Chinois appréciés et craints Marie-Agnès Leplaideur* GOMA, RD Congo , 20 mars (IPS) - Les Chinois sont aujourd'hui plus d'un demi-million en Afrique, cinq fois plus qu'en 2001; le commerce Chine-Afrique a été multiplié par dix en dix ans, et a dépassé en 2008 les 100 milliards de dollars.
Les Chinois sont présents dans tous les pays d'Afrique. Ils sont les plus nombreux là où les matières premières sont les plus abondantes.
Dans la région des Grands Lacs, s'ils commencent tout juste à arriver au Burundi, ils sont déjà largement présents en République démocratique du Congo (RDC). L'abondance des richesses du sous-sol congolais est un puissant aimant pour la Chine et ses entreprises, qui ont besoin de toujours plus de minerais pour faire tourner leur économie.
Mais, si l'Empire du milieu achète beaucoup, via des accords avec les gouvernements qui prennent souvent des allures de trocs – minerais contre construction d'infrastructures - il vend aussi beaucoup. L'Afrique est un vaste marché pour les produits manufacturés chinois, d'autant que les normes y sont beaucoup moins strictes que celles des pays occidentaux.
Les produits chinois, qui ont envahi tous les marchés, en chassant souvent les produits locaux comme les textiles, sont conçus spécifiquement pour des consommateurs aux faibles ressources. Vendus peu chers, ces produits sont cependant souvent peu fiables, voire dangereux.
Les Chinois sont présents dans de nombreux secteurs en Afrique. On les trouve sur les chantiers, où ils ne sont parfois que de simples ouvriers; dans le commerce de la petite boutique de quartier au supermarché; dans le secteur de la santé, médecins dans les nombreux hôpitaux qu'ils ont construits ou simples vendeurs de médicaments.
Tous ces Chinois d’Afrique ne sont pas des expatriés aux gros moyens. Beaucoup viennent de régions pauvres de Chine pour subvenir aux besoins de leur famille, souvent restée au pays. Ils vivent en groupes, se mêlant très peu aux populations locales dont ils parlent pourtant souvent la langue.
Congolais, Rwandais, Burundais, tous sont surpris par leurs modes de vie, leur acharnement au travail et leur organisation. Ils apprécient la disponibilité des nombreux produits qu'ils vendent et devenus indispensables à beaucoup. Mais au travail, ils les craignent.
L'aide de la Chine, le plus souvent constituée de prêts à faible taux, rapide à décaisser et sans contrepartie comme celle des Occidentaux - qui exigent des conditions de bonne gouvernance et de saine gestion -, est recherchée par les gouvernements africains en manque de liquidités pour mener à bien leurs politiques. C'est le cas notamment en RDC où les Chinois, qui font travailler leurs propres entreprises, se sont lancés dans de vastes chantiers routiers et de construction d'infrastructures.
*(Marie-Agnès Leplaideur est journaliste à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).
(FIN/2010)
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