RD CONGO Les Chinois, durs patrons, durs à la tâche Thaddée Hyawe-Hinyi* BUKAVU, 20 mars (IPS) - Les comportements des Chinois, gros employeurs en République démocratique du Congo (RDC), notamment sur les chantiers routiers, ne sont pas toujours bien vus par leurs salariés, bien qu'ils ne différent guère de ceux des patrons congolais. Seule différence de taille: les Chinois sont infatigables au travail.
Il n’est pas encore huit heures à Bukavu (Sud-Kivu), où la journée commence habituellement plus tard, que, pelle à la main, Julien Mahenga transpire déjà sous sa salopette bleue. Comme tous les ouvriers employés sur le chantier de la route menant de Bukavu à l'aéroport de Kavumu au Sud-Kivu (est de la RDC), dirigé par la CREC, une entreprise chinoise qui fait de nombreuses routes dans le pays.
"Les Chinois font peur quand ils travaillent, susurre Mahenga. Pas une minute de causerie, il faut rester concentré". La conscience professionnelle des Chinois force l'admiration.
"Ils prêchent par l’exemple. Ils sont sur leurs engins, mesurent, prospectent, exhortent les autres à faire comme eux. Ces infatigables, très disciplinés, n’ont même pas de dimanche", s’émerveille Jules Wilonja, un autre ouvrier. "Vous ne savez pas qui est chef. Tout le monde retrousse les manches". Contrairement aux chefs congolais qui ne se mêlent pas à leurs employés et se contentent de les évaluer à distance, à partir de leur bureau.
Toutefois, les ouvriers trouvent rudes les conditions d'embauche. "Pas de sécurité, pas de jour de repos, faible prise en charge médicale des employés, non-respect du taux de change dans les calculs de paie des salaires des ouvriers, pas de contrat...", se rappelle, amer, un ancien chauffeur de benne qui approvisionnait le chantier routier menant à l’aéroport de Kavumu.
De la part d'expatriés, les Congolais s’attendaient à un meilleur traitement et acceptent mal d'eux ce qu'ils acceptent bien souvent des entreprises congolaises.
Salaire à la mesure de travail fourni
D’autres griefs portent sur la médiocre rémunération des ouvriers. "Nous étions convenus d'un salaire de 2,5 dollars par jour, mais à la fin du mois, je touche 50 dollars alors que je travaille chaque jour, même le dimanche", dénonce un maçon sur le chantier à Mudaka.
Un Chinois explique ces bas salaires : "Le Congolais se présente une demi-journée par jour et réclame un salaire pour la totalité de la journée. Je combats cette paresse, sinon notre entreprise ne pourra pas atteindre ses objectifs".
Dans certaines entreprises congolaises, les horaires sont strictement respectés, comme à la Bralima et à la Pharmakina où une sirène annonce le début et la fin de la journée et les temps de pause. Mais ceux qui ont longtemps exercé dans les administrations ou dans des activités libérales, ou travaillé dans des entreprises peu rigoureuses sur les horaires, supportent mal le rythme des Chinois.
Leurs rémunérations ne respectent pas le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) qui est de trois dollars par jour, pas plus d'ailleurs que ne le font la plupart des employeurs congolais. Le salaire est en plus grignoté par les démarcheurs congolais, qui ont facilité l’embauche de l’ouvrier.
A ce niveau, "s’il y a des ponctions sur le salaire, ce n'est plus la faute des Chinois, même si tout ce qui se fait dans leurs entreprises relève de leur responsabilité", nuance Raphaël Wakenge, de l’Initiative congolaise pour la justice et la paix (ICJP), une association de défense des droits de l’Homme œuvrant au Sud-Kivu.
Mauvais traitements
Les responsables chinois sont aux côtés des ouvriers : "Toujours présents sur le chantier, ils surveillent et donnent une impulsion au travail qu’ils conduisent. Paradoxalement, un fossé profond existe entre eux et leurs ouvriers congolais. Ils commandent par des gestes et à la moindre incompréhension, lancent des injures", fustige Moreau Tubibu, animateur du Groupe Jérémie, une association de défense des droits humains.
La rumeur circule ici que les Chinois sont tous karatekas et que, s'ils se fâchent, ils peuvent taper sur leurs employés, ce qui leur aurait déjà fait perdre de bons ouvriers. Cela expliquerait en partie qu'on rencontre à présent des Chinois casseurs de pierres, maçons et aide-maçons, des emplois auparavant dévolus aux Congolais.
Le ministère de l'Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale, a reconnu avoir été informé de la manière dont les employés et ouvriers de la CREC sont traités. Il a promis de faire appel à l’Inspection du travail pour trouver une solution à ces problèmes qui se posent, selon lui, dans plusieurs autres entreprises du pays gérées par des Congolais ou des expatriés.
Des plaintes de travailleurs de la CREC ont été enregistrées et leurs griefs sont confirmés dans une enquête de l’Association africaine des droits de l’Homme (ASADHO), conduite du 17 au 21 novembre 2009.
L’ASADHO y demande au gouvernement de protéger la main-d’œuvre et à l’inspection du ministère du Travail de contrôler régulièrement les activités de la CREC et d’exiger la signature de contrats entre cette société et tous ses employés. Une exigence largement respectée à ce jour dans les entreprises congolaises, "pour diminuer les interpellations par la justice, à l'instigation des ouvriers qui sont renvoyés sans avoir signé de contrat", explique un inspecteur de la division du travail.
*(Thaddée Hyawe-Hinyi est journaliste à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).
(FIN/2010)
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