Q&R "Le Congo risque de s'appauvrir avec les contrats chinois" Badylon Kawanda Bakiman* s’entretient avec RUPHIN KIBARI NSANGA, historien enseignant et analyste congolais KIKWIT, RD Congo , 21 mars (IPS) - Le contrat signé en 2007, entre la République démocratique du Congo (RDC) et la Chine, ne présente pas que des avantages et risque d'appauvrir le pays, affirme Ruphin Kibari Nsanga, historien, analyste enseignant à Kikwit, dans la province du Bandundu, dans l’ouest de la RDC.
Kibari Nsanga, qui est également auteur de plusieurs livres sur la RDC, a accordé un entretien au journaliste Badylon Kawanda Bakiman sur cette question.
Q: Quelles sont, selon vous, les forces et faiblesses du contrat chinois?
R: D’abord les forces de ce contrat. De manière générale, il faut admettre que son exécution est rapide. Il a été signé en 2007 et les travaux ont commencé fin 2008, car le pays attendait du matériel en provenance de Chine par bateau. En plus, les Chinois imposent moins de conditionnalités que les autres partenaires. Enfin, ce contrat concerne un domaine important, les infrastructures, car dans notre pays, beaucoup de choses sont à refaire, à reconstruire.
Quant aux faiblesses : il a été signé entre le ministre des Travaux publics, des Infrastructures et de la Reconstruction, et les entreprises privées chinoises. Or c’est un accord très important qui engage toute la nation. D'après moi, c'est très fragile, cet accord conclu sous forme de troc. C'est-à-dire que les Chinois vont construire des infrastructures en échange des minerais. Est-ce que le gouvernement avait réellement bien évalué la quantité des minerais qu’il va confier aux entreprises privées chinoises en contrepartie des travaux à exécuter? L'aspect "gagnant-gagnant" n'est qu'apparent.
Q: Ceux qui critiquent cet accord parlent plutôt d’un nouvel endettement du pays?
R: Les Chinois ne donnent pas gratuitement de l'argent, ils le prêtent. Pour un investissement par exemple d'un milliard de dollars, ils pourront tirer un bénéfice de sept milliards. C'est vrai que le gouvernement congolais est à la recherche de capitaux, mais on ne peut pas brader toute une nation. Ce contrat a une durée de 30 ans! C'est trop! Plus on extraira les minerais, plus le sous-sol congolais s'appauvrira. C'est un des aspects que je vais évoquer dans mon livre "A qui appartient le Congo?".
Une autre faiblesse : ce contrat présente beaucoup de déséquilibres entre les provinces. Par exemple, la réhabilitation et la construction des chemins de fer se feront dans les provinces du Katanga, Maniema et les deux Kivu, mais rien pour le Nord Equateur, le Haut et le Bas-Uélé...
Q: Quelles sont les responsabilités des deux parties dans l’exécution de ce contrat?
R: Dans les grandes lignes, le contrat prévoit d'une part les garanties du gouvernement du Congo envers les entreprises chinoises : l'exemption des frais des droits et des titres miniers, des permis de prospection et d'exploitation, les facilitations dans l'octroi des visas et permis de travail aux employés expatriés, la sécurité des sites et des projets miniers, et des infrastructures...
D'autre part, les garanties des entreprises chinoises : la ferme volonté de s'engager en partenariat avec le Congo Kinshasa à travers l'entreprise publique Gécamines dans la réalisation des projets miniers, la mobilisation des financements, des prêts, etc. Il est prévu des consultations périodiques pour vérifier la bonne exécution des travaux. Il est important de savoir que le gouvernement congolais a consenti de céder les réserves de certaines mines de la Gécamines d'une valeur totale de près 10,2 millions de tonnes pour le cuivre et 626.000 tonnes pour le cobalt.
Q: Les deux parties pourront-elles scrupuleusement respecter leurs engagements?
R: Scrupuleusement? Je doute. C'est difficile que cela se passe ainsi. N'avez-vous pas vu l'intervention et la réaction du Fonds monétaire international (FMI) après la signature de ce contrat? De neuf milliards de dollars initialement prévus, ce montant a été revu à la baisse à six milliards. C'est déjà un signe. Peut-être pourra-t-on connaître d'autres circonstances susceptibles de faire bouger les choses.
Q: A propos, comment appréciez-vous l'attitude du FMI face à ce contrat?
R: Cette institution refuse que l'Etat congolais se choisisse librement ses partenaires pour son développement. Et derrière le FMI, il y a de grandes puissances qui ne veulent pas que les Chinois puissent prendre les minerais du Congo. Le FMI craint aussi que la RDC, en signant ce contrat, ne se rendette davantage. Le pays a déjà une dette de 12 milliards de dollars. S’il faut ajouter à cela les six milliards de la Chine, la RDC atteindra 18 milliards de dette. Retenons que les Chinois ne donnent pas l'argent, mais le prête, et que nous avons affaire à des entreprises privées.
*(Badylon Kawanda Bakiman est journaliste à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).
(FIN/2010)
|
|
|