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MADAGASCAR
L’eau, le difficile rêve des femmes des quartiers défavorisés
Lova Rabary-Rakotondravony

ANTANANARIVO, 23 mars (IPS) - Les habitants d'Antananarivo, la capitale malgache, n'ont qu'un accès limité à l'eau potable. Environ 20 pour cent seulement disposent d'un branchement au réseau public de distribution d’eau, dont les infrastructures sont difficilement accessibles dans plusieurs quartiers.

Tous les jours, Florine Rasoarizay, une lavandière résidant dans un quartier pauvre d’Antananarivo, est au bassin public dès 4 heures du matin pour n'en repartir que vers 10 heures, et elle n’a pas le temps de se reposer. «Je mets le riz et l’accompagnement sur le feu, et je m'en vais chercher de l'eau», dit-elle à IPS. Après le déjeuner, elle doit encore repasser le linge qu'elle a lavé la veille avant de le ramener aux clients.

Rasoarizay regrette de ne pouvoir à la fois faire son travail et s'occuper de son foyer. «Si l'eau arrivait jusque chez moi, je pourrais laver le linge, tout en surveillant la cuisson du repas de midi, et je n’aurais pas à me réveiller aussi tôt», rêve-t-elle.

Georgette Razanadrasoa, une autre lavandière, aimerait aussi disposer de l'eau courante près de chez elle. «Je n'aurais pas à me lever dès 4 heures pour aller chercher de l'eau», confie-t-elle à IPS. Faisant la lessive au domicile même de ses employeurs, Razanadrasoa passe toutes ses journées dehors. Elle raconte qu’elle est obligée de faire la corvée d'eau dès la première heure d'ouverture des bornes fontaines.

Razanadrasoa explique que si elle rate cette première heure, elle va «perdre du temps dans la file des chercheurs d'eau», et arriver ainsi en retard au travail. Elle pourrait chercher aussi l'eau le soir, «mais les bornes fontaines ferment à 17 heures, or, je ne rentre que vers 18 heures», dit-elle.

Le plus dur, souligne Razanadrasoa, «c'est de trimbaler les deux seaux d'eau quotidiens entre la borne fontaine et la maison». Elle habite en plein centre de la capitale, mais le point où elle s’approvisionne en eau se trouve à un kilomètre de chez elle.

Rasoarizay et Razanadrasoa pourraient recourir au service des «chercheurs d'eau professionnels». Transportant plusieurs bidons de 50 litres sur des calèches en bois, ces derniers vendent l'eau au domicile de ceux qui n'ont pas les moyens d'en faire venir jusque chez eux. Ils sont surtout présents dans les quartiers défavorisés d'Antananarivo où la plupart des habitants n'ont pas l'eau courante à domicile.

Toutefois, souligne Razanadrasoa, «acheter de l'eau auprès de ces gens revient plus cher, parce qu'ils prennent des marges». Rasoarizay explique que «pour le linge de deux foyers dont je m'occupe quotidiennement, j'aurai au moins besoin de quatre bidons de 50 litres, que je paie 600 ariary (0,3 dollar). Alors qu'au bassin public, je ne paie que 50 ariary (0,02 dollar) par jour, quelle que soit la quantité d'eau que j’utilise», ajoute-t-elle.

Comme Rasoarizay et Razanadrasoa, beaucoup de Tananariviennes souffrent de l’éloignement des points d’approvisionnement en eau parce que «ce sont souvent les femmes qui sont chargées de chercher l’eau», témoigne Hary Ranaivosolo, documentariste chez 'Signe Visuel'. C’est une agence de communication qui a filmé pour l’ONG 'WaterAid', en 2008, des témoignages et des souhaits en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène dans le cadre du projet Caméra en ballade.

«Toutes les femmes ne rêvent pas d’avoir l’eau courante chez elles», souligne Ranaivosolo. «Elles savent que brancher leur foyer au réseau public de distribution d'eau coûte cher».

Barson Razafindrazaka, directeur de l'équipement eau de la Jirama, la compagnie nationale de distribution d'eau et d'électricité, indique à IPS que «les installations nécessaires au branchement coûtent en moyenne 400.000 ariary (environ 200 dollars)».

«Pour nombre de femmes, disposer d’eau à proximité de leur domicile est suffisant», explique Ranaivosolo. Pour Rasoarizay et Razanadrasoa, «un bassin commun à partager avec les voisins immédiats suffirait». Mais même dans ce cas, leur situation se heurte à un autre problème.

Selon Razafindrazaka, certaines zones d'Antananarivo, particulièrement les habitations situées en arrière-plan dans les quartiers les plus défavorisés, ne pourraient pas être facilement desservies.

Anosibe, le quartier de Razanadrasoa, fait partie de ces zones. «Faute de plan d'urbanisme, les constructions, souvent illicites, ont précédé le réseau d'eau, les ruelles n’appartiennent pas au domaine public mais à des personnes privées», explique Razafindrazaka. «Et comme la Jirama ne peut pas installer ses équipements sur des propriétés privées, les habitants des quartiers situés loin du réseau principal ne sont pas desservis et doivent se déplacer loin pour avoir de l'eau», ajoute-t-il.

Mais, Razafindrazaka ne désespère pas que des branchements sociaux puissent être effectués dans les prochaines années. «Cinq à six familles pourraient se partager la facture des installations et de la consommation», explique-t-il. Cela nécessitera de gros investissements, mais selon lui, «ce sera un des projets prioritaires que nous soumettrons aux bailleurs de fonds dès que la crise politique sera résolue et que les partenaires... reprendront leurs financements».

Pour la Commune urbaine d'Antananarivo, la Journée mondiale de l'eau, commémorée le 22 mars, a été l'occasion de connaître les besoins des administrés en termes d'accès à l'eau potable et à l'assainissement.

Au cours de cette journée, les habitants des quartiers ont fait la queue à un endroit précis pour indiquer qu'ils aimeraient qu'une infrastructure d’eau y soit implantée, selon un responsable de la mairie. «Notre rôle est de chercher des partenaires pour la réalisation de ces souhaits», ajoute Dr Hajatiana Raharinandrasana, directrice des affaires sociales et de la santé publique auprès de la mairie.

Pour l’instant, les infrastructures d’approvisionnement en eau potable ne couvrent pas les besoins de la population tananarivienne. Les statistiques du ministère de l’Eau indiquent un taux d’accès d’environ 77 pour cent dans les milieux urbains de la région d’Analamanga dont Antananarivo est le chef-lieu.

Razafindrazaka affirme que l’eau de la Jirama ne dessert que 66.000 foyers, soit environ 400.000 personnes sur les 1,9 million habitant la capitale. Les autres doivent ainsi utiliser les quelque 900 bornes fontaines et 126 lavoirs publics disponibles dans les 192 quartiers de la ville, selon Dr Raharinandrasana. (FIN/2010)

 

 

 

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