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AFRIQUE DU SUD
Les hommes combattent les violences basées sur le genre
Davison Makanga

LE CAP, 7 avr (IPS) - Lorsque Mbuyiselo Botha a décidé de poursuivre Julius Malema, président de la Ligue du congrès national africain pour incitation à la haine contre les femmes, il était dès le début persuadé que l'affaire avait une valeur certaine.

Mais il savait également que c'était le test le plus dur depuis ses 15 années d'activisme pour l’égalité entre les sexes.

"Mes collègues depuis la période d'activisme anti-apartheid ont annoncé que j'avais adopté une position préjudiciable à ma carrière; j'étais considéré comme quelqu’un qui était en train de défier le leadership noir", a déclaré Botha.

Malgré le découragement et la probabilité de se faire des ennemis au sommet, il a continué avec la poursuite judiciaire et gagné.

Le 15 mars, le controversé Malema a été reconnu coupable d'incitation à la haine pour avoir insinué que l’accusatrice du président Jacob Zuma pour viol en 2005 avait aimé l’acte. S'adressant aux étudiants au Cap l'année dernière, Malema a fait une affirmation largement citée: "Quand une femme ne l'a pas apprécié, elle quitte tôt le matin. Celles qui se sont bien amusées attendront jusqu'au lever du soleil, exigeront un petit déjeuner et demanderont l'argent de taxi".

Le leader des jeunes du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir, a été ordonné de payer 50.000 rands (6.700 dollars) ou de présenter publiquement des excuses pour ses remarques dans un délai d’un mois partant de la date de décision.

"Malheureusement, les commentaires de Malema reflètent une mentalité générale que les hommes en Afrique du Sud et en Afrique en général ont. Ils pensent qu'ils ont un droit de domination sur les femmes, ce qui est faux", a expliqué Botha, père de trois enfants.

Dissiper les mythes de la supériorité masculine

Ayant été impliqué dans des manifestations anti-apartheid dans les années 1980, Botha connaît très bien la dynamique de l'activisme. Il a participé à une série de manifestations; il a été fusillé et blessé pendant les protestations et laissé avec une infirmité permanente. La lutte contre l'apartheid, dit-il, l’a amené à se rendre compte que "toutes les formes d'oppression sont inacceptables".

"Après la fin de l'apartheid en 1994, j’ai pensé que nous ne pouvons pas prétendre avoir la liberté totale lorsque des femmes sont toujours soumises à des souffrances à travers des perceptions et des pratiques culturelles inutiles".

Botha a fait allusion, par exemple, au mariage forcé appelé en langues nguni 'ukhutwala' et encore très répandu dans d'autres parties de l'Afrique. "Ceci n'est pas différent du viol. En Afrique du Sud en particulier, c’est choquant. Nous avons les cas de viol les plus nombreux", a-t-il déclaré.

Une étude réalisée en 2009 par le Conseil sud-africain de recherche médicale a révélé qu'un homme sur quatre interrogés reconnaît avoir violé une femme: le taux le plus élevé au monde. La recherche a constaté en outre que peu de cas sont signalés. Ces résultats effrayants constituent ce que Botha, à travers les organisations avec lesquelles il travaille, comme le Réseau pour la justice entre les sexes de Sonke et le Forum des hommes, cherche à inverser.

Des hommes agissant contre les violences basées sur le genre

Lorsque le Réseau pour la justice entre les sexes de Sonke (Sonke) a été créé en 2006, l’organisation a constaté que la majorité des hommes qu’elle a interrogés à Johannesburg croyaient qu’ils ne faisaient pas assez pour mettre fin aux violences conjugales. Depuis ce temps, l'organisation sensibilise et forme les garçons et les hommes au "réajustement de leur pensée".

"Nous travaillons dans six des 10 provinces du pays et nous attendons impatiemment d'étendre notre intervention", a dit Regis Mtutu, le coordonnateur national des programmes de l'organisation.

Sonke signifie "ensemble" en langues nguni. Et c'est la stratégie de l'organisation dans sa tentative de réaliser l'égalité entre les sexes. "Nous croyons simplement qu’en travaillant dans le contexte des hommes, en leur parlant ensemble avec des organisations qui font pression pour les droits de la femme, nous pouvons atteindre notre objectif", a ajouté Mtutu.

Diffuser le message

Actuellement, l'organisation se lance dans son programme phare, "One Man Can" (Un seul homme peut). "Nous voulons montrer aux hommes qu'ils peuvent respecter, aimer leurs femmes avec passion, changer leurs valeurs et lutter pour l'égalité dans leurs communautés", a expliqué Mtutu.

Ce projet a vu l'organisation former les garçons et les hommes dans plusieurs communautés - en particulier les communautés rurales à forte densité. La formation, déclare l'organisation, est réalisée en utilisant des images et des témoignages par des moyens audiovisuels. Les groupes les plus sophistiqués sont ciblés par les médias de réseau social comme Facebook et Twitter. Sonke vise à atteindre au moins 20.000 hommes dans les trois prochaines années et à installer plusieurs branches qui seront en permanence situées au sein des communautés.

L'organisation travaille avec les chefs traditionnels pour établir une présence permanente dans la plupart des régions du pays. Le but, souligne Mtutu, est de changer le faux ego de la domination de l'homme à travers les dépositaires de la culture. Le sens de la suprématie des hommes est un produit de la culture, de la tradition et de la religion, affirme Mtutu.

"Lorsque ce faux sens de masculinité sera inversé, nous verrons une baisse du VIH, simplement parce que les activités sexuelles forcées et les mythes sur le viol auraient été éliminés".

Ailleurs en Afrique, Sonke travaille en collaboration avec des organisations similaires telles que Padare/Enkundleni au Zimbabwe, 'Men can ' (L’Homme peut), basée au Kenya et le Centre de ressources des hommes du Rwanda. Ensemble, ces organisations ont décidé au cours d’un symposium en 2009 d’aider les gouvernements africains à travers le renforcement des capacités et la mise en œuvre de la politique. (FIN/2010)

 

 

 

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