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AFRIQUE DU SUD
Quelle attitude face au trafic d’êtres humains?
Jabulani Sikhakhane

JOHANNESBURG, 29 juin (IPS) - L'arrivée de 350.000 fans de football en Afrique du Sud pour la Coupe du monde, qui bat actuellement son plein, a provoqué les craintes d’une augmentation des taux de trafic d'êtres humains.

Une nouvelle étude indique que l'un des principaux obstacles pour prévenir cela est le manque d'informations précises sur l'ampleur du problème.

L’Afrique du Sud est considérée comme une grande zone de trafic d’êtres humains en Afrique et l’Autorité nationale des poursuites judiciaires (NPA) a chargé le Conseil de recherche en sciences humaines (HSRC) de mener une étude sur le problème dans le cadre de son programme de lutte contre ce trafic, connu sous le nom de Tsireladzani.

Le Professeur Carol Allais, qui a dirigé l’équipe du HSRC, a déclaré à IPS que le travail de l’équipe a été rendu difficile par le manque de données sur le trafic d’êtres humains aussi bien que par l’absence de coopération entre les ministères et l’équipe de recherche. Certains ministères, a-t-il dit, ont refusé à l’équipe l’accès à l’information, même après que la NPA a envoyé des correspondances pour appuyer les demandes des chercheurs.

Une étude similaire publiée en 2007 par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a également fourni des données fiables sur le trafic humain en Afrique du Sud, mais elle est restée sommaire parce qu’il n’y avait pas de statistiques officielles.

Des dossiers de la police intègrent des données sur le trafic d’êtres humains dans une gamme de crimes, notamment l’enlèvement, le viol et l’agression.

L’étude faite par la NPA intervient dans un contexte de pression exercée sur l’Afrique du Sud, tant par le gouvernement américain que par des organisations non gouvernementales, pour l’amener à mettre en œuvre des mesures contre ce trafic. L’Afrique du Sud est signataire du protocole de Palerme, qui l’oblige à ouvrir des enquêtes et à engager des poursuites judiciaires contre le trafic, aussi bien qu’à former des agents d’exécution, à assister et à protéger les victimes.

De 2005 à 2008, le ministère des affaires étrangères des Etats-Unis a cité l’Afrique du Sud comme un pays ne respectant pas totalement les normes internationales minimales pour l’élimination du trafic d’êtres humains – y compris la collecte insuffisante de données. Aux pays qui ne respectent pas toujours les protocoles internationaux, les Etats-Unis peuvent refuser d’accorder de l’aide, en dehors de celle humanitaire et commerciale.

L’Afrique du Sud a évité cette classification de "niveau 2" en 2009 en raison des efforts plus grands et des engagements pour faire davantage de progrès en 2010 conformément à son engagement au protocole de Palerme.

Les Organisations non gouvernementales (ONG) ont suscité les craintes d’une escalade du trafic pendant la Coupe du monde de la FIFA en juin.

Le manque de données sur le trafic d’êtres humains signifie que les chercheurs ne pourraient pas donner une estimation du nombre de victimes du trafic, même s’ils essaient encore de mettre en évidence les principales caractéristiques du phénomène.

Cette étude, qui inclut aussi le cas du Lesotho, du Swaziland et du Zimbabwe, contient quelques surprises: elle indique que les victimes du trafic étaient principalement des femmes, des jeunes filles et des jeunes garçons qui étaient trafiqués à des fins diverses, notamment la prostitution, la pornographie, les travaux domestiques, le travail forcé et des activités criminelles.

En fin de compte, dit Allais, l’équipe de recherche s’est servie des données de l’Organisation internationale pour la migration (IOM) dont les informations se limitent aux cas que l’organe intergouvernemental a traités. Les données provenant des ONG n’étaient pas fiables parce que ces organisations ont gonflé leurs chiffres dans le cadre de leurs stratégies de mobilisation de fonds, a déclaré Allais.

L’équipe de recherche recommande que l’Afrique du Sud se lance dans une grande campagne de sensibilisation et d’éducation qui comprendra la formation des agents du système judiciaire pour améliorer leur compréhension du trafic d’êtres humains.

"Il y a beaucoup d’ignorance dans tous les domaines", a déclaré Allais.

D’autres recommandations comprennent l’amélioration de la patrouille au niveau des frontières; une meilleure formation à l’endroit des inspecteurs du travail; l’amélioration de la collecte des informations et le changement de la politique des visas pour les groupes vulnérables.

Dans une interview accordée à la chaine de diffusion publique de l’Afrique du Sud, Malebo Kotu-Rammopo, coordonnateur du service des délits sexuels et des affaires communautaires de la NPA, a déclaré qu’une base de données sur les cas de trafic d’êtres humains ne sera mise en place qu’après l’adoption de la loi sur la prévention et la lutte contre le trafic des personnes, qui a été soumise au parlement en mars dernier.

Kotu-Rammopo a declaré que le rapport va aider le gouvernement à affiner sa politique sur le trafic d’êtres humains, y compris la conception de mécanismes spécifiques pour aider à protéger ceux qui sont les plus vulnérables au trafic. (FIN/2010)

 

 

 

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